Une plate injustice

J'avoue je suis déçu. J'ai essayé poussé dépassé la frontière, mais j'avoue je n'ai pas, enfin je suis déçu. À part ça, ce constat, je n'ai pas réellement quelque chose à en dire. C'est un trouble divin, un genre d'amertume, une douce salaison... un trouble vénéneux, pas vraiment respectable, encore moins vénérable. Comme le sentiment d'une plate injustice. Pas vraiment de relief, aucune aspérité. Aucune indignation pour se justifier. Juste la sensation que ce n'est pas rangé comme ça devrait l'être. Et ça glace le sang. Ça donne des couleurs un peu plus grises, un peu plus froides. Ça raconte que rien ne sera comme avant, que ce qui va venir sera forcément pire.

Entre deux couches d'air

Ce n'est pas tout à fait comme si le silence avait cessé de nuire, car vraiment il n'y a pas moyen d'en sortir. Mais enfin il faut bien de temps en temps tenter de se donner courage...
Le passé, le passé... Certes on peut en sourire. D'autant que je m'explique mal, que ce que je veux dire est sans cesse dévié. Il s'agit d'achever ce qui est commencé mais est resté flottant entre deux couches d'air. Non pas chercher ce qu'il y a de bon à en tirer, mais justement cesser de croire qu'il pourrait y avoir du bon à en tirer. Que ce soit terminé, et non pas oublié.
Et puis même au-delà il y a quelque chose que je ne saurais dire... Quelque chose qui ressemble à des portes ouvertes qu'il faudrait retrouver pour pouvoir les ouvrir en d'autres circonstances. Et même à volonté, s'il y a nécessité. Quelque chose qui me parle d'un monde bien plus vaste, et même d'une vie en-dehors de ce monde. Mais là cela devient presque impossible à dire. Les pièges sont partout, à chaque coin de phrase, et même à chaque mot, chaque intonation. D'obstinées tentations d'ironies assassines, de réductions de sens, et de malversations soi-disant innocentes... Alors mieux vaut se taire qu'avoir à discuter sans espoir d'aboutir à un progrès quelconque, sauf à celui de se trouver à la fin convaincu d'un genre d'hérésie.
Car il ne s'agit pas d'ignorer le réel, ni de le mépriser. Mais allez donc tenter de démontrer cela à des gens qui déjà ont eu le plus grand mal à quitter le confort de la malédiction, et de voir que le monde était peut-être beau...
Il ne faut pas tant se presser. Et après tout il n'y a pas grande nécessité à se faire comprendre...

Mais quand même, mais quand même... Parfois j'aimerais bien savoir représenter ces masques oubliés. Expliquer la saveur et la tonalité. Dire ce que j'en pensais et tout ce que j'y voyais. Non pas la nostalgie, mais la littérature, à l'ancienne dirais-je... Car sans doute il y a moyen d'y retrouver un chemin égaré ? Ou peut-être d'en jouir, avant que cela n'ait plus la moindre importance.
C'est difficile à dire, ce qui est arrivé, ça ne veut pas sortir, cela reste coincé. Et il n'y a pas là qu'effet de modestie. C'est difficile à dire parce que c'est sacré, et qu'on sait qu'en parler ne pourra que le modifier.

Attrait du passé

En fait ce qu'il faudrait ce n'est pas le montrer, mais plutôt le revivre, même le corriger. Je sais, c'est insensé, mais c'est là la réponse au problème posé par l'attrait du passé. Et non, je ne crois pas que ce soit nostalgie, ni même vanité. Plutôt nécessité de remettre en bon ordre les éléments éparpillés. De ne pas conserver ces friches désossées.

Agencement

C'est assez amusant. Pas du tout inquiétant, mais quelque peu troublant. Ces lents méli-mélos, ces incises maussades... Cette impression d'avoir quelque chose à gagner, mais sans deviner quoi.
Quoi qu'il en soit l'agencement est vraiment magnifique. Et pas si compliqué qu'on pourrait le penser. Juste fait sur mesure, et sans doute imparable. Et d'ailleurs qui aurait l'idée de le contrer ? Ce serait pitoyable, et sans la moindre utilité.

L'enfer en paradis

Et même en admettant, et même en comprenant... Ça ne changerait pas ce scénario pourri. Ça ne transformerait pas l'enfer en paradis.

Des impatiences

Ben oui, mais si c'est ça, ça ne m'intéresse pas. Je veux dire, le désir, le miracle divin. Le roulement à billes de la désespérance. Rien qu'à l'imaginer, j'en ai des impatiences... Alors songe au silence que ça provoquerait !

Un morceau de miroir

La conscience de soi n'est pas un privilège. Et c'est encore moins un morceau du divin. C'est une façon de faire sortant de l'ordinaire. Un morceau de miroir qui est tombé par terre.