Sous ses habits de carnaval

Il faut que j’exagère. Il faut que je découvre la sérénité sous ses habits de carnaval. Et même quelque chose de plus saisissant que la sérénité. La bienveillance douce, l’amour de la vertu. Le cycle des saisons, aimé et adopté. Allons voir le pouvoir là où il s’est réfugié.

Trop fragile

Ah si j’avais encore cette foi insolente qui jadis m’entraînait… Mais il n’en reste rien. Je ne me souviens même plus du parfum qu’elle avait. Et d’un autre côté ce que j’ai à subir est de plus en plus grand, de plus en plus pesant. Le rêve est trop lointain. Le lien qui m’unit à lui est beaucoup trop fragile. Je sens que ça s’étiole, que ça se désagrège. Qu’il n’y a plus moyen de désirer y croire.

Une merveilleuse idée

La première fois que j’ai vu ça, j’ai été horrifié. Qu’une telle chose soit possible semblait abominable. Et pourtant, quelque part, j’aurais dû m’en douter… D’ailleurs je le savais, que cela existait, mais jusque là je prenais ça pour de la bonté pure. Jamais je n’avais envisagé que cela soit si intrusif, et surtout à quel point c’était insupportable et humiliant pour celui qui le subissait. Et c’est d’ailleurs étrange, car en somme ça paraît une merveilleuse idée. En tout cas prodigieuse.
Si seulement c’était vrai, cela serait si doux, si beau, si généreux…

Pris pour un autre

Et puis à quoi ça sert, de ne pas se tromper ? Cela suffirait-il à faire revenir tous les êtres aimés ? Mais non. On sait très bien qu’ils sont partis, qu’il n’y a rien à faire pour les faire revenir. Que même les attendre est une perte de temps. On sait très bien que le bonheur auquel on a goûté était là par erreur, qu’il n’avait jamais eu l’intention de s’attarder, que déjà c’était beau d’en avoir profité car sans doute le rôle était fait pour un autre. Et ce n’est pas si mal, d’être pris pour un autre, en y réfléchissant. Parfois c’est même beaucoup mieux que n’être pris que pour soi-même.

Des limites

Je ne suis pas si difficile, mais bon il y a quand même quelquefois des limites. Ce n’est pas de la haine, mais ça le deviendra si les dites limites ne sont pas respectées. Oh non je ne crois pas que ce soit raisonnable. Mais il faut bien admettre que ça me semble plus prudent.
Quant au besoin de dire, de rire et de sentir, on sait très bien qu’il n’y a plus depuis longtemps de place pour ça ici. Il serait même envisagé de reconsidérer le droit de respirer. Car après tout cela paraît quelque peu menaçant… En tout cas insolent, et pour tout dire suspect.

S’échapper de l’ordinaire

C’est peut-être plus simple, mais je n’en suis pas sûr. Je n’ai pas décidé de faire ceci ou bien cela. Le terme décider est dans mon cas aventureux, beaucoup trop audacieux. Quant à prétendre que je cherche à me mettre en avant, c’est bien mal me connaître. Je suis plutôt du genre à cumuler les masques.
Mais d’un autre côté il faut bien exister, et s’échapper de l’ordinaire…

Un peu plus loin

Ah bon, et où es-tu ? Si je ne t’entends pas je ne peux rien savoir. Ça ne m’amuse pas qu’on dise ça de moi.
Ce n’est pas simplement de la gentille fantaisie. Il y a quelque chose d’un peu plus consistant. Et ce n’est même pas vraiment dissimulé. C’est juste un peu plus loin que là où tu regardes.

Le perdant de l’affaire

Moi je veux bien tout dire, ce n’est pas le problème. Mais serais-je entendu ? Non, ce n’est pas qu’un faux prétexte. Je ne suis pas d’accord. À quoi bon s’exprimer si personne n’écoute ? Après tout je m’en fous, qu’on ne me croie pas. Ce n’est pas moi qui suis le perdant de l’affaire.

Piège glacé

Il va de soi que si le retour de Sophie était envisageable cela changerait tout. Mais dans ces conditions, à quoi bon s’exciter ? Il est clair qu’il n’y a plus rien à espérer. Pourquoi ferais-je l’effort d’essayer de sortir de ce piège glacé ? Tout semble avoir été prévu. Et plus je me débats pour essayer de m’en sortir, et plus le piège se referme sur moi.

Des mirages à dire

Si tu crois qu’il y a des mirages à dire, il faut les retrouver, et ne pas les lâcher.
Mais si tu n’y crois plus ça ne sortira pas.

Ce qu’il y a derrière

C’est un crâne percé, c’est un ventre d’acier, c’est de la vie pourrie qui s’échappe sans bruit… C’est l’absolu courage de la réalité.
Tu ne viens pas d’y croire. Tu ne sais pas du tout ce qu’il y a derrière.
Et puis en fin de compte il n’y a que la vision oblique que j’en ai qui me pose problème.

Serrer les fesses

Puisqu’on peut continuer il n’y a pas de raison pour que cela s’arrête. Il suffit de serrer les fesses et d’oublier.

Un naufrage

Évidemment c’est un naufrage. On peut difficilement nommer ça autrement. Qu’on choisisse d’en rire ne change rien aux faits. C’est même pire qu’un naufrage, puisqu’en somme on n’a même pas l’occasion de se débattre, d’essayer de nager…

Pour mieux oublier l’ombre

Si ce n’était que la colère, si ce n’était que la détresse, on en ferait du vin, on en ferait du sang, on n’en parlerait plus. Mais il y a l’amour, déraisonnable et fou, aspirant les nuées, et recherchant sa proie pour mieux oublier l’ombre. Et comment s’effacer, alors qu’il y a tant de bonheur à chanter ?

En rond dans sa paresse

C’est vrai qu’on a envie parfois de se meurtrir, et de faire quelque chose pour disparaître tout à fait. Inutile d’en rire, il n’y a rien à y gagner. Quant au masque de cire qu’on aimerait porter… on sait bien qu’il n’est pas aussi beau qu’on le pense, que c’est juste un cousin de la Bérézina, rien qui vaille la peine de se fatiguer.

Ce n’est pas comme s’il y avait de la haine, ou toute autre douleur provoquant des rancœurs… En somme c’est très clair, ça s’est trouvé rangé dans le sac à malice de la folie légère, celle qui c’est vrai parfois a de belles idées mais qui la plupart du temps se contente de patauger en rond dans sa paresse et ses voies sans issue.

Cependant il y a des points de suspension, et des correspondances.

Et puis en attendant

Si encore on avait la force d’en sourire, la force de se dire que la boucle du temps reviendra forcément, qu’il suffirait d’être patient, de regarder dehors et puis en attendant de faire le causeur, le bel esprit, le gentil… Si encore on avait les moyens de juger.

Ça ne va pas très loin — à peine quelques traits et tout est effacé.

Des manières de Grand Khan

C’est calme, discourtois, entièrement dominateur. Des manières de Grand Khan visitant ses vassaux. C’est habitué à dire des tonnes de mensonges, et ça en tire une sorte d’outrageante assurance, quelque chose qui paraît sorti des ateliers du Diable.

Un peu trop audacieux

Ce n’est pas inutile, mais c’est assurément un peu trop audacieux. De là à supposer qu’il y a un rapport avec cette torpeur qui s’accroche et torpille mes belles espérances…

Un monde bizarre

C’est un monde bizarre, où les gens sont méchants sans vraiment le savoir, où il suffit de dire qu’on a le repentir pour être autorisé à tout recommencer — en pire, si besoin est.
Je ne vais pas partir dans un discours outré, ça ne m’intéresse pas. Cette histoire m’intrigue par ses implications morales, mais surtout parce qu’elle semble être la clé permettant d’accéder au niveau supérieur, parce qu’à travers elle je peux apercevoir un bout de ce réel après lequel je cours sans jamais le rejoindre…