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Handicapé

Ce que j’en dis n’est pas assez intéressant pour être consigné. C’est de la vanité peu assaisonnée. Ça ne mérite pas que je fasse l’effort de retrouver les mots et de les arranger. Que je le veuille ou non je suis handicapé.

De l’espoir

Ce n’est pas de la fièvre
Ce n’est pas du tourment
Ce n’est pas d’habitude qui ne veut pas finir

C’est plutôt de l’espoir qui n’ose pas y croire
C’est plutôt la mémoire

Désordonné et impuissant



Le siècle se termine, et nous avons vingt ans. Et là je m'aperçois que j'ai tout mélangé. Ce n'est pas amusant, mais c'est un peu vivant. Du moins le genre de vie que je peux encore vivre. Bien sûr c'est ridicule, c'est mélodramatique bien au-delà du raisonnable, mais ça correspond bien à ce que je ressens. Une vie à refaire qui ne le sera jamais. Bienheureux si je puis au moins écrire ces mots, et rire un peu de ma tristesse. Et Dieu sait pourtant que celle-ci me pénètre, me traverse, m'abat. Je ne veux pas mourir avant d'avoir chanté combien je vous aimais, vous les partis trop tôt, vous que je n'ai pas su garder auprès de moi. Je n'ai pas de passion, je n'ai pas de maison, juste un paquet d'amour désordonné et impuissant. Tout ça n'est pas très drôle, décoratif ni amusant. C'est juste pitoyable. Un gros paquet de larmes qui demandent à sortir et qui sont si nombreuses qu'elles débordent de partout. Enfin cela n'est rien. Cela me passera. Rapidement j'espère.

« Je vous fais toutes mes excuses. »

Perdu d'avance

« Rêve, rêve, rêve ta vie,,, »

Le ciel est incertain. Le besoin de souffrir se fait encore sentir, mais il est épuisé. Il vaut mieux renoncer à vouloir effacer la culpabilité. C'est un drame maussade, une épopée grotesque. Ce qui est arrivé était peut-être grave, mais c'était inutile, et surtout dérisoire. D'une inefficacité tout à fait ridicule. Quelle que soit la façon dont on le considère, il n'y avait absolument rien de bon à en attendre. Quand il aurait fallu jouer l'indifférence, et même la choisir sans arrière-pensée, je m'étais embarqué dans un combat perdu d'avance où chaque point gagné m'en faisait perdre dix, cent, mille... et même m'enlevait la possibilité de jouer. Alors pensez, gagner, c'était un autre monde, qui n'existait pas.

De la condensation

Ce n'est pas une question de passion ou de drame. Il semblerait fautif de le justifier de cette façon-là. C'est une vocation, une préméditation. Quelque chose d'insensé, qui ne peut s'expliquer. Une étrange manie, qui palpite en douceur, et parfois par bonheur vous chavire le cœur. Des mots qui se caressent avant de s'effacer.

En attendant je pleure, simplement parce que je ne vois pas du tout ce que je pourrais faire d'autre. Ce n'est pas que ce soit spécialement triste, mais ça soulève le couvercle, et de l'eau s'en échappe. De la condensation. C'était facile à deviner.

Au-delà, au-delà, j'aperçois quelques tonnes de culpabilité. Rien de bien important, des figures de style. Des moyens de combler l'attrait du temps passé. Car il n'y avait pas autant de vérité que je le prétendais dans ce que je disais. Ça ne me parlait pas. Ça ne me racontait que des phrases glacées. Et tout ce qu'il m'en reste n'est que jus de colère. J'évite d'y penser, mais ça reste présent, quelle que soit la façon dont je le considère. C'est du bruit, de la viande, une envie d'écraser ce qui veut s'échapper. Et tout le ciel en ribambelle, pour ce que j'en ferais...

Et pourtant je l'aimais. Et pourtant quelquefois je m'en souviens encore. Même s'il me manque le parfum, cette ambiance précise... La joie que j'y trouvais, qui s'est évaporée.

C'est fou que ce besoin ne soit pas effacé. Car à la vérité il ne servait à rien. Juste à cacher la peur, à essayer de l'oublier. Pas la peur de manquer, mais la peur de se voir tout nu en son miroir ? C'est peut-être plus simple que je l'avais imaginé ?

De là à raconter qu'on pourrait s'en passer, il ne faut pas exagérer. Ni même l'espérer.

Le courant d'air

Je ne me souviens pas, je fais juste semblant. Le monde disparaît, s'enfonce dans le rien. Les choses et les gens, les doux attachements, les meilleurs souvenirs... C'était là, c'était grand, je pouvais le sentir, et puis ça n'y est plus. Et que s'est-il passé ? Le temps de se tourner, d'oublier d'y songer, de répondre à ceci, de regarder cela, et puis ce qu'on aimait a profité de l'occasion pour se sauver sans bruit, pour jouer l'ambiguïté, le courant d'air, l'illusion passagère... Ce n'est pas amusant. C'est même assez vexant. Ça donne l'impression d'être un lourdaud incapable de saisir les infinies subtilités de la vie quotidienne. Pas vraiment une brute, pas de ceux que l'on fuit, plutôt de ceux qui voudraient bien mais n'y arrivent pas, qui restent plantés là et ne comprennent pas. D'ailleurs tout semble dire que ce n'est pas qu'une impression. C'est la réalité.

Grille de lecture

C'est un peu ridicule de dire je me souviens et de ne pas savoir ce dont on se souvient. Et pourtant la mémoire est sans cesse présente, et prend beaucoup de place. Chaque événement entraîne inévitablement son lot de réminiscences. Il y a même un bon paquet de souvenirs qui mériteraient d'être appelés obsessions, tant ils s'adaptent facilement à toutes sortes de situations pour parvenir à imposer leur grille de lecture, comme si le monde en dehors d'eux ne pouvait exister, n'en avait pas le droit.