Pas un raz-de-marée

Pourquoi tu t’endormais, pourquoi tu regardais, pourquoi tu ne disais pas ce que tu pensais… Pourquoi tu racontais ce qui n’était pas vrai.
Ce n’était pas abstrait. Ce n’était même pas tellement compliqué. C’était la corrida qui ne s’achève pas. L’envie de commencer, et de recommencer. De ne pas dépasser les prémices sacrés.
Plus loin c’était aussi le sein de la discorde. L’élément fondateur de la séparation et du malentendu. Cette impression d’avoir un miracle à construire, et de ne pas savoir par quel bout l’attraper. Car il fallait changer une réalité qui depuis quelques siècles se désagrégeait. On ne pouvait pas faire comme si le silence était la solution. Il fallait résister, s’arc-bouter sévère, renverser la vapeur, et enfin insuffler une puissante dynamique. Qu’à compter de ce jour le monde soit penché dans le bon sens du vent. Que les nôtres n’aient plus besoin de se coucher pour espérer survivre. Que l’on oublie enfin ces ivresses légères de négation de soi, ces folles soumissions…

Mais maintenant bien sûr tout ça est oublié. C’était un clapotis, pas un raz-de-marée. Et même, en y pensant, c’était une sottise. Mieux vaut que ça n’ait pas réellement marché. Car sinon nous serions encore plus éloignés de la réalité.
Enfin je ne sais pas. Au fond j’aurais aimé que cela soit ainsi que je l’avais prédit. Mais c’était plus coriace que je le pensais.

Les chances et les drames

C’est un moment de calme avant que tout s’affale. C’est un moment peut-être où rien ne peut se dire. Où le besoin de s’oublier se fait encore sentir, malgré l’envie de rappeler les chances et les drames. Où l’on sait qu’on n’aura jamais le droit de vivre un peu plus sagement. Car sans cesse il faudra faire mille sottises, défier les interdits, se ridiculiser, sans jamais y trouver ne serait-ce qu’un peu de gloire méritée.
La vie, la vie, la vie… C’est un étrange charme. On ne sait pas du tout ce qu’il faut en penser, alors on fait comme si c’était sans importance. Et pourtant…

Le désert

Je connais le désert, je m’y suis endormi. Il y avait des lions, des poissons, des oisons. On s’amusait sans rien en dire, on dansait tous en rond mais sans changer de place, de voix ni de méthode.
Mais il en reste quoi ? Quelques bruits de couloir, des vérités trop crues et des sentiments gras… Rien qui donne l’envie de se recommencer.

Mais non. C’est nettement plus complexe que ça.