Un peu plus présentable

Je n'ai pas de mérite, seulement des otites.
Je n'ai pas de désir, seulement des sourires.
Je n'ai pas le loisir d'explorer au-delà des limites permises.
Et pourtant le courage ne m'a jamais manqué.
Ni la folie de faire absolument n'importe quoi.
Tant qu'à ce niveau-là ça devient légendaire.
On en parle, on en rit, on en rougit de joie.
Cela ne me plaît pas, mais que pourrais-je y faire ?
Je suis bien obligé de faire comme si tout ça ne me dérangeait pas.

Et pendant ce temps-là le fil de mon histoire est encore à revoir...
Pas moyen d'en trouver une interprétation stable.
Ça bouge sans arrêt, chaque jour ça raconte le contraire de la veille.
Ça brode des miroirs, ça ouvre des tiroirs là où il n'y en a pas.
Ça oublie de réel pour pouvoir l'inventer, le rendre soi-disant un peu plus présentable.

Dans ma morosité

Je ne sais plus écrire, je ne sais plus parler. J'essaie de m'expliquer, mais je me prends les pieds dans le tapis de mes prières, prières d'insérer. Ça pourrait être drôle si je savais en rire, mais je reste coincé dans ma morosité.

Toute proche du cœur

J'exprime le besoin, le trouble extrême de la plèbe
La folle envie de dire les choses simplement
Et de ne plus pouvoir ne serait-ce que lire sans arrière-pensées
Le calme avant le vent, les amours oubliées, les regrets effacés
L'extrême volupté de la réminiscence qui ne veut pas venir
Et qui pourtant paraît toute proche du cœur
Mais il faudrait les mots, les phrases, le courage
Pas seulement l'envie de vivre le passé, mais l'envie de le dire, de le faire exister
D'une façon nouvelle, celle qui n'a jamais pu trouver à s'exprimer
Pas forcément tel que je l'imaginais, le pensais, le croyais
Plutôt de la façon dont je le savais vrai, en toute honnêteté
Même si je préférais ne pas me l'avouer.

Et remonter ainsi jusqu'aux mirages primordiaux
Quand l'imagination régnait seule dans la maison
Avant cet âge de raison qui a tant fait de mal
Et qui pourtant prétend savoir où est le vrai, être seul à le dire

Je sais bien que je mens, que je cours après l'ombre
De celui que je n'ai jamais essayé d'être
Mais quoi j'ai bien le droit de m'inventer un personnage
Qui dira à ma place ce que j'aurais dû dire
Au lieu de le penser et d'avoir honte de le faire

Un semblant de sincérité

On a le choix entre vieillir et ne plus regarder où on pose les pieds. Alors bon forcément on ne veut pas choisir, on rejette le tout, et plus tard on comprend que c'était inutile, que le choix était fait de toute éternité. Refuser de vieillir ? C'est une bonne blague. Quant à vouloir savoir où on pose les pieds, il ne faut pas rêver.
Le difficile est de garder un semblant de sincérité. Non qu'on veuille tricher, mais ça se fait tout seul, on pare au plus pressé, et on a en mémoire toutes sortes de solutions. Et même en prenant son temps cela ne marche pas. Car on n'aime jamais se remettre en question, aller vers l'inconnu, peut-être le danger.
Enfin bon, c'est égal. Cela ne change rien à la nécessité. Il faut se retrouver près du point de départ, sans être trop chargé. Et puis en profiter pour tout revisiter, ça peut toujours servir.
Le plaisir là-dedans n'a pas son mot à dire. On l'a trop écouté, pour ne rien y gagner. Ou du moins pas grand-chose, il ne faut pas exagérer.