Je ne me souviens pas, je fais juste semblant. Le monde disparaît, s'enfonce dans le rien. Les choses et les gens, les doux attachements, les meilleurs souvenirs... C'était là, c'était grand, je pouvais le sentir, et puis ça n'y est plus. Et que s'est-il passé ? Le temps de se tourner, d'oublier d'y songer, de répondre à ceci, de regarder cela, et puis ce qu'on aimait a profité de l'occasion pour se sauver sans bruit, pour jouer l'ambiguïté, le courant d'air, l'illusion passagère... Ce n'est pas amusant. C'est même assez vexant. Ça donne l'impression d'être un lourdaud incapable de saisir les infinies subtilités de la vie quotidienne. Pas vraiment une brute, pas de ceux que l'on fuit, plutôt de ceux qui voudraient bien mais n'y arrivent pas, qui restent plantés là et ne comprennent pas. D'ailleurs tout semble dire que ce n'est pas qu'une impression. C'est la réalité.
Après la mascarade
J'ai dit que je devais avoir priorité, que les porosités aromatiques et vénéneuses que l'on m'a proposées ne sauraient l'emporter. J'ai dit que le besoin refuserait de négocier, et je n'ai pas menti.
J'ai dit que le silence n'était qu'une façade, ce qui nous attendait après la mascarade, quand tout serait tombé, y compris le désir d'encore se relever.
J'ai dit que le silence n'était qu'une façade, ce qui nous attendait après la mascarade, quand tout serait tombé, y compris le désir d'encore se relever.
Pathologique
Pas trop logique. Car quand ça marche de travers on a vite fait de dire que ça marche à l'envers. Mais il n'est pas toujours blessant d'être traité de grand malade. Car tout dépend de qui a établi le diagnostic. Alors laissez-moi rire. Souvent la maladie est dans l'œil de celui qui veut la dénoncer.
Enfin laissez tomber. Ça ne peut pas durer. Il est aisé de voir où ça pourrait mener. Mais pardon d'insister. Qui sait si la logique n'est pas elle-même le symptôme d'une plus grave maladie ? Car enfin la santé ce n'est pas de juger que tous les autres sont malades... Ça, c'est juste un effet de la méchanceté. Une façon stupide de se protéger.
Et pourtant, et pourtant. Il y a vraiment des cas où le mot est utile. Où le désordre gagne en toute liberté, où il faut l'arrêter. Mais comment en juger avec sérénité ? Qui peut dire où commence la nécessité d'imposer à autrui notre subjectivité ?
Enfin laissez tomber. Ça ne peut pas durer. Il est aisé de voir où ça pourrait mener. Mais pardon d'insister. Qui sait si la logique n'est pas elle-même le symptôme d'une plus grave maladie ? Car enfin la santé ce n'est pas de juger que tous les autres sont malades... Ça, c'est juste un effet de la méchanceté. Une façon stupide de se protéger.
Et pourtant, et pourtant. Il y a vraiment des cas où le mot est utile. Où le désordre gagne en toute liberté, où il faut l'arrêter. Mais comment en juger avec sérénité ? Qui peut dire où commence la nécessité d'imposer à autrui notre subjectivité ?
De plus vertes prairies
Ce n'est pas amusant, d'être toujours vivant quand tout ce qu'on aimait a disparu depuis longtemps. Ce n'est pas simplement le manque d'enthousiasme, c'est la décrépitude annoncée, redoutée, d'ores et déjà présente, présente et insolente. Cette envie de finir proprement et sans bruit, sans déranger personne... Enfin ne plus avoir à subir ce mélange de mépris et de haine, sans cesse renouvelé, indémodable et increvable.
Certes il faudrait oser s'aventurer plus loin, voir s'il y a là-bas de plus vertes prairies, d'inouïes embellies... Mais ça finit par être légèrement vexant, d'avoir toujours besoin de voir un peu plus loin, comme si la fuite était la seule solution.
Parfois j'aimerais bien me concentrer et puis rêver une autre vie et qu'en ouvrant les yeux elle devienne vraie. Mais ça ne dure pas. Je suis vite rattrapé par la réalité. De quoi désespérer sans pouvoir s'arrêter. Et ne plus essayer.
Certes il faudrait oser s'aventurer plus loin, voir s'il y a là-bas de plus vertes prairies, d'inouïes embellies... Mais ça finit par être légèrement vexant, d'avoir toujours besoin de voir un peu plus loin, comme si la fuite était la seule solution.
Parfois j'aimerais bien me concentrer et puis rêver une autre vie et qu'en ouvrant les yeux elle devienne vraie. Mais ça ne dure pas. Je suis vite rattrapé par la réalité. De quoi désespérer sans pouvoir s'arrêter. Et ne plus essayer.
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