Arrêter de frimer

Non mais bon je veux bien, arrêtez de crier.
Alors voilà j'y suis, et je dis que c'est bien. Jusque là j'ai tout bon.
Je m'applique, je suis vraiment très consciencieux. Pas du tout négatif. Plein d'ambition, d'entrain, de bonne humeur. Je fais taire le démon qui me dit de souffrir.
Malgré ça je ne suis pas au bout de mes peines. Au contraire, dirais-je, si j'étais attaché au respect de la forme. Ce n'est pas que soudain j'aie envie de me plaindre, mais parfois j'aimerais arrêter de frimer.

Ramasser les morceaux qui sont tombés par terre ? Pour en faire un réseau de chemins détournés ? Ça ne me donne pas le droit de contester ce qui est arrivé ?
Peut-être, mais s’il y a moyen de négocier… Ça reste à étudier.

C’est le fait de savoir que tout est terminé, qui me met de côté. Je ne raisonne pas, je n’ai pas l’impression de faire des calculs ou des fausses sorties. Juste envie d’essayer de ne pas y penser. Non pas de renoncer, mais de me défiler.
S’il y a calcul il est au niveau du désir de tout recommencer, ce qui évidemment n’est que pure hypothèse, tant il y a de barrières en travers du chemin — et pas de celles que l’on peut sauter d’un pied léger.

Sortir de soi

Enfin si, il y a certainement de quoi se poser des questions… Mais les questions, en fait, ça ne manque jamais. C’est l’envie d’y répondre qui souvent fait défaut.
Et puisqu’il n’y a pas de façon de penser qui ne soit contrariée… Puisqu’en somme il n’y a plus rien à espérer… On peut sortir de soi et n’y plus revenir.

Pas si loin

Je ne vois pas pourquoi je devrais m’inquiéter. Ma vie s’est arrêtée depuis longtemps déjà. Le reste n’est qu’attente de ma renaissance… Que ce soit un moyen de retrouver le fil, ou que c'en soit un autre, que je n’ai jamais vu. Et puis qu’apporte l’inquiétude ? Quel est son résultat pratique ?
Il n’y a pas si loin, du désir à la tombe.

Hors du cercle magique

Les phrases se bousculent, pressées de se cacher… Le jeu est devenu : comment ne pas montrer que l’on est concerné. N’y aurait-il pas là un peu de complaisance ? (Il y en a partout, donc peu de chance de se tromper.)
Qu’importent les besoins que l’on croit deviner ? On ne pourra jamais aller voir au-delà. Et de toute façon la question n’est pas là, ça n’a jamais été le sujet du débat.
Il y a des perspectives un peu exaspérantes. Un monde qui n’est pas conforme à mes souhaits. Des manières brutales, des mœurs de chiens de garde. Et puis des stratégies d’occupation du territoire qui obligent à laisser celui-ci s’effacer…
Et à quoi bon penser que le monde déteint sur celui qui l’observe ? Pourquoi se protéger sans qu’il y ait danger ?
Il est sûr que parfois on voudrait qu’il y ait moyen de transgresser, d’aventurer un pas hors du cercle magique… Mais puisque c’est promis à la désolation ou à la dérision… En somme il n’y a pas motif à s’inquiéter. « Que chacun fasse son métier, et les veaux seront bien gardés. »
Ce n’est pas le désir qui me fera mourir, mais la crainte du rien ; de ce rien qui sait bien que nos cœurs sont à prendre… À vendre aussi, bien sûr, mais ce n’est qu’un détail.

Retard à l’allumage

Ce que j’ai désiré, ce que j’ai décidé… Les phrases assassines que j’aurai avalées.
Ce n’est pas le passé, qui me pose problème, mais le peu d’avenir que je pressens venir.
Car aussi il faut voir ce qui est proposé, et l’environnement qui n’est pas rassurant…
Mais non, je ne fuis pas. Du moins je ne crois pas. J’essaye d’avancer, mais je reste coincé. Je fais le rond-de-cuir en attendant le pire. Ce qui est observé semble se diluer.
En somme j’aime mieux sourire et puis chanter. Puisque je sais le faire, je ne vois pas pourquoi je devrais m’en priver. Même si évidemment il n’y a pas de quoi être si satisfait…
Cela va se passer d’une façon que pour l’instant je n’imagine pas. Mal, sans doute. De quoi justifier tout ce retard à l’allumage… Comme s’il était question de légitimité !
C’est toute l’illusion, qu’il faut reconstituer. Toute la sensation de faire quelque chose qui comptera demain. Comme avant le silence. Comme avant que le bruit écrase le mystère. (Et ce n’est pas contradictoire.)

J’ai comme l’impression que le froid qui s’installe aura raison de moi. Mais comme je suis d’avis que cela reste préférable… On ne va pas non plus en faire toute une histoire !
Ai-je bien précisé que j’étais occupé ? Je n’ai aucune envie que cela réussisse à percer le miroir de mon indifférence. Ceci dit sans mentir — ou juste ce qu’il faut pour être pardonné.

Le mauvais fils

C’est dommage et pourtant je vois bien qu’il n’y a pas moyen de bouger, que ce que j’envisage ne va jamais plus loin, que je m’agite en vain, sans jamais obtenir de résultat concret.
Évidemment le droit n’est pas de mon côté, il ne faut pas rêver. J’aurai beau découper suivant les pointillés, j’aurai toujours figure de coupable idéal. Le rôle que je dois jouer est depuis très longtemps écrit : je suis le mauvais fils, celui qui ne fait pas ce qu’on attend de lui, mais à qui on pardonne tout — pour mieux l’humilier. Rien de vraiment méchant, mais rien de vraiment gentil non plus. De l’abus de pouvoir. Mais puisqu’en somme c’est pour une bonne cause… Pour la reproduction de nos chères valeurs… (Sans compter le plaisir de se croire conforme.)
Et pendant ce temps-là au pays des zéros on me fait triste mine. On a l’air de penser que je dois négocier — de préférence à perte, comme de bien entendu ! Au moins ça me fournit une raison de rire. À défaut d’autre chose…
La charmante colère que je découvre en moi ? Oh non, elle est ancienne, je la connais déjà. C’est un coup de grisou, une envie de grogner, et de me rappeler comment c’était, d’aimer.
Sans doute ai-je le tort de ne pas respecter les procédures habituelles. D’imaginer trouver un chemin au milieu des broussailles sévères. D’avoir omis de dire que j’aime bien jouer sans songer à gagner, et composer des mélopées de phrases associées.
Je ne mens pas souvent, mais quand je m’y décide je ne lésine pas. Tant même que si j’osais j’irais imaginer quelques intimités de baisers échangés et de peaux échauffées. Ne plus jamais sortir du cercle où le désir nous aurait enfermés.

L’amour de son prochain

Ça va, ça vient, ça se retient — le masque est déchiré, mais il reste collé. J’obtiens des crânes perforés, des phrases à double tranchant, gavées de double sens et de liens inédits.

En parallèle il y a des coutumes barbares, adorations stupides de discours mal traduits, sacrifices humains au nom d’un paradis qui est toujours plus loin… Pas de quoi s’inquiéter, ni même s’amuser. Les petites malices ont toujours bonne presse. Tant qu’on n’est pas forcé d’admettre qu’on a peur, au fond on se sent prêt à dire n’importe quoi… On s’y installe et on oublie pourquoi on est venu. Et qui oserait dire que c’est sans intérêt ? Au moins cela permet de ne pas s’affoler, de ne pas faire face à ce vide effrayant où tout est mélangé…

L’amour de son prochain ne peut pas faire de mal — à part au dit prochain, bien sûr. Encore faut-il savoir en quoi cela consiste ! Car bon, il n’y a pas de règle définie, et du coup le besoin revendique la place, prétendant sans sourire que sa nécessité signale sa vertu…

Mais qu’importe. Après tout on a bien le droit de s’amuser à se faire du mal… Chacun est libre d’oublier ce qu’il y a de meilleur en lui. Puisque la Foi permet de se croire immortel, la sensibilité peut attendre son tour… D’abord on se protège, ensuite on réfléchit, et puis, dans une vie prochaine, ou peut-être plus tard… on ouvre son esprit.
Sympathique optimisme ! Il y a toujours moyen de faire n’importe quoi.

À tout prendre il vaut mieux se contenter de jouir de ce qui est offert. Au moins cela permet de ne pas se miner, de ne pas s’épuiser en luttes intestines. L’amour est là, quand on y songe, et non dans le besoin. Il est vain d’y mêler des calculs à long terme — de toute façon ce genre de chose ne marche pas comme ça. Mais c’est une autre histoire ? Je n’en suis pas si sûr.

Une rivière gelée

Ça finit par faire peur, à force de chercher à nous impressionner…
« On n’est jamais si bien… », mais quand même il y a de l’abus, quelquefois !

Un peu plus loin il y a une rivière gelée… Je m’y pose et je glisse jusqu’à rejoindre l’autre rive — trop aisément, peut-être.

Des lois à observer

C’est parce qu’il n’y a vraiment pas de quoi rire. Ni même discuter ?
Des copies de copies de copies de copies… À force on ne sait plus quel était le projet.
Pas mal de directions qui sont autant de pièges à cons. Au début c’est plaisant, c’est même séduisant, et puis ça tourne court, et ça pousse le vice jusqu’à faire la morale ! Soi-disant il y a des lois à observer, des orifices à combler… Mieux vaut ne pas trop s’attarder.
Dans un sens il y a avantage à se taire. Ça évite d’avoir à trop se justifier.
On ne peut pas savoir où commence l’histoire… La mémoire paraît en-dehors du sujet. Les sensations étaient sans doute trop sauvages pour être racontées. Il n’y a pas assez de continuité. Ni beaux raisonnements, ni gentilles pensées. Que des phrases hachées, des sentiments outrés. Un grand méli-mélo de colère et de peur. Avec, dissimulé, un secret bien gardé ?
Quelquefois les dragons n’ont rien à protéger.

Beaucoup plus grand que ça

Le silence après l’ange, et puis le rien du tout, comme une vérité peut-être universelle… Des enquêtes subtiles ne débouchant sur rien, du moins rien de concret. Des méthodes sauvages, des rêves à demi… Des allitérations en forme de questions.
Quelques dégoûts aussi, pour faire bonne mesure. Des larmes atténuées et des vagabondages. L’impression que l’issue n’est pas si belle qu’on le pense.
Souvent on aimerait que ce soit plus présent, que cela prenne corps… Et puis en même temps on voudrait que ce soit beaucoup plus grand que ça. Il faut choisir et s’y tenir !
Ou alors en sourire, et puis tout oublier.

Aux abords de soi-même

Il y a tellement de choses à défendre qu’il vaut mieux tout de suite renoncer à le faire — une vie n’y suffirait pas. Et de toute façon où serait l’intérêt ? À moins évidemment que l’on y soit contraint… Que ce choix-là n’existe pas…
J’aime la variété des plaisirs associés. Et puis la vanité de se le répéter jusqu’à satiété. L’oubli des règles proposées, et la dilatation jusqu’à l’extrémité. La pratique nocturne de la poésie et le vagabondage aux abords de soi-même.
À quoi bon instaurer une autre liberté ? Celle-ci me suffit, me convient tout à fait. Ne reste qu’à tracer mon chemin vers le rien. Et au passage dire que j’avais des désirs et des projets inouïs, de quoi faire partie du cercle très fermé des mémorables institués… Et même davantage, pour ce que j’en connais.
Heureusement je n’ai jamais eu le courage d’aller plus loin que ça ? En quelque sorte, oui. Ou alors le contraire.

Petites boîtes vides

Parce qu’au fond je crois ça ne me fait pas rire. Je veux dire le désir, et puis les souvenirs. Ces masques qu’on enlève, et puis ces opinions de cancre repentant. Ces fausses rébellions, et ces timidités avides de douleurs, d’une âme à consoler, d’une plaie à soigner. Ça ne me fournit pas matière nécessaire à gymnastique intellectuelle. Il n’y a pas de quoi être choqué — ni attendri.
Évidemment je sais je manque de sommeil. Ça finit par produire un état où plus rien de peut me concerner. Ça se passe là-bas, dans un pays lointain… Il y a des couleurs, des musiques légères… Je vois bien qu’il faudrait que j’y retourne vite, mais pour l’instant je ne suis pas capable de bouger. Je n’ai que des petites boîtes vides à proposer, portes d’éternité ne payant guère de mine… et pourtant efficaces.

La théorie et la pratique

Ce que c’est bon, et puis… Ce qu’on ne dit jamais. La multiplicité des désirs associés. Un peu de nostalgie, et de mélancolie. En même temps l’envie d’aller plus loin que soi et celle de s’y complaire. Car ce qu’on a aimé n’est pas qu’un souvenir. On peut y retourner, même le transformer. Ce qui est arrivé ne peut plus s’effacer, mais l’interprétation qu’on en a conservée est affaire de choix. Suivant le point de vue choisi le même événement paraît tout différent.
Encore faut-il cesser de prétendre imposer celui que l’on préfère… L’insistance est jolie quand elle est efficace, mais devient vite pitoyable quand elle patine dans le vide. D’où la nécessité de renoncer. À quoi bon insister quand ça ne marche pas ? Il devient évident que d’importantes informations ont été négligées… Ces points de vue annexes, que l’on a écartés… Et qui sans doute étaient beaucoup mieux assurés.
Il faudrait raconter d’autres subtilités… Mais bon, cela devient un peu trop compliqué. Je ne me souviens plus pourquoi je tiens à en parler. De toute façon ça ne réussit plus à me convaincre. L’écart entre la théorie et la pratique ne cesse de grandir. Ça devrait me réjouir, mais c’est enquiquinant. Encore une fois il faut tout reprendre à zéro, écarter les projets qui paraissaient envisageables…
Pour le coup je me sens un peu contrarié. J’aime la nouveauté, mais je préférerais qu’elle se présente doucement, sans tout briser sur son passage. Je sais bien qu’il y a un moment où il faut admettre ses erreurs, mais cela reste déplaisant.
Oh ! et puis je m’en fous. J’ai concocté un piège dont à l’avance je savoure les réjouissants effets pervers… Cruel, moi ? Mais non, voyons, mais non… J’ai un sens de l’humour un peu particulier, voilà tout. (On laisse entrer n’importe qui, dans cette boîte pourrie !)

Pour le plaisir de dire

Étrange dérision… Évidemment on n’a pas le temps de songer à ce qu’il faudrait en penser… En cas de doute c’est toujours le délire qui l’emporte… Et en somme ça vaut peut-être mieux comme ça. Il y a quelque chose de plus intéressant un peu plus loin, mais là… Ça dit oui, ça dit non, ça fait comme si c’était plein de bonne volonté, mais c’est plutôt stérile ! Mais d’un autre côté il faut bien faire avec… Parce que bon ça ne va pas disparaître comme ça. On aura beau lancer des lignes, des filets, aller jusqu’à rêver et parfois espérer… De toute façon ça restera irrémédiablement bloqué. Mieux vaut n’y pas songer, ou faire comme si on désirait que ce soit encore pire. C’est amusant, et puis ça fait passer le temps. Ça évite d’avoir à trop se lamenter. Et pourtant, et pourtant…
Je crois bien que la longueur d’onde que je chercher à capter n’est plus très éloignée. Bien sûr ça peut durer encore pas mal de temps, mais ça semble faisable… Il y a encore des émotions que je ne me sens pas capable de décrire, mais je commence à croire que ce n’est pas si grave.
Le plus embarrassant est le manque d’images, l’impression qu’il n’y a rien à raconter… Et pourtant il y a beaucoup de choses à dire ! C’est seulement qu’à chaque fois que je veux l’attraper ça réussit à se sauver…
En somme il vaudrait mieux éviter de penser en termes de message. C’est culpabilisant, et au final cela paraît beaucoup trop exposé. Il faut se délivrer de la nécessité du contrat à remplir. Il y a juste à faire des phrases et des mots pour le plaisir de dire. Même si a priori cela paraît confus ce n’est jamais n’importe quoi.