Le mauvais fils

C’est dommage et pourtant je vois bien qu’il n’y a pas moyen de bouger, que ce que j’envisage ne va jamais plus loin, que je m’agite en vain, sans jamais obtenir de résultat concret.
Évidemment le droit n’est pas de mon côté, il ne faut pas rêver. J’aurai beau découper suivant les pointillés, j’aurai toujours figure de coupable idéal. Le rôle que je dois jouer est depuis très longtemps écrit : je suis le mauvais fils, celui qui ne fait pas ce qu’on attend de lui, mais à qui on pardonne tout — pour mieux l’humilier. Rien de vraiment méchant, mais rien de vraiment gentil non plus. De l’abus de pouvoir. Mais puisqu’en somme c’est pour une bonne cause… Pour la reproduction de nos chères valeurs… (Sans compter le plaisir de se croire conforme.)
Et pendant ce temps-là au pays des zéros on me fait triste mine. On a l’air de penser que je dois négocier — de préférence à perte, comme de bien entendu ! Au moins ça me fournit une raison de rire. À défaut d’autre chose…
La charmante colère que je découvre en moi ? Oh non, elle est ancienne, je la connais déjà. C’est un coup de grisou, une envie de grogner, et de me rappeler comment c’était, d’aimer.
Sans doute ai-je le tort de ne pas respecter les procédures habituelles. D’imaginer trouver un chemin au milieu des broussailles sévères. D’avoir omis de dire que j’aime bien jouer sans songer à gagner, et composer des mélopées de phrases associées.
Je ne mens pas souvent, mais quand je m’y décide je ne lésine pas. Tant même que si j’osais j’irais imaginer quelques intimités de baisers échangés et de peaux échauffées. Ne plus jamais sortir du cercle où le désir nous aurait enfermés.

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