Un combat à mener
Un chemin vraisemblable
Passé de cette manière
Mais ce n'est pas si grave
Même c'est presque mieux
Car l'essentiel n'est pas
De tout refaire à l'identique
Au contraire il faut faire en sorte
Que cela soit plus simple
Débarrassé des contresens
Et des ambiguïtés
Ceci dit il faudrait surtout
Se remettre au travail
Sonner la fin de la récréation
Cesser de baguenauder
Sous les ombrages orangés
De la contre-culture
Nul besoin de savoir
Ce qui est vrai ou faux
Nul besoin de déterminer
Le bon ou le mauvais
Il faut juste tracer
Un chemin vraisemblable
Assez aventureux pour ne pas s'ennuyer
Mais pas trop encombré
Pour ne pas s'égarer
Dommage que la peur
Ait tout amidonné
Il serait plus aisé
De ne pas avoir à fréquenter
Les fantômes glacés
Des cauchemars oubliés
Les idées libres
On peut s'en inspirer
Pour se régénérer ?
J'avais les idées larges
J'ai plutôt fait comme si
J'avais les idées libres
Il ne faut pas confondre
C'est assez différent
J'ai changé de costume
Et me suis inspiré
De tout ce que j'aimais
Ça n'a rien de méchant
Par moments on peut même
Dire que c'est amusant.
De la condensation
En attendant je pleure, simplement parce que je ne vois pas du tout ce que je pourrais faire d'autre. Ce n'est pas que ce soit spécialement triste, mais ça soulève le couvercle, et de l'eau s'en échappe. De la condensation. C'était facile à deviner.
Au-delà, au-delà, j'aperçois quelques tonnes de culpabilité. Rien de bien important, des figures de style. Des moyens de combler l'attrait du temps passé. Car il n'y avait pas autant de vérité que je le prétendais dans ce que je disais. Ça ne me parlait pas. Ça ne me racontait que des phrases glacées. Et tout ce qu'il m'en reste n'est que jus de colère. J'évite d'y penser, mais ça reste présent, quelle que soit la façon dont je le considère. C'est du bruit, de la viande, une envie d'écraser ce qui veut s'échapper. Et tout le ciel en ribambelle, pour ce que j'en ferais...
Et pourtant je l'aimais. Et pourtant quelquefois je m'en souviens encore. Même s'il me manque le parfum, cette ambiance précise... La joie que j'y trouvais, qui s'est évaporée.
C'est fou que ce besoin ne soit pas effacé. Car à la vérité il ne servait à rien. Juste à cacher la peur, à essayer de l'oublier. Pas la peur de manquer, mais la peur de se voir tout nu en son miroir ? C'est peut-être plus simple que je l'avais imaginé ?
De là à raconter qu'on pourrait s'en passer, il ne faut pas exagérer. Ni même l'espérer.
La fatale question
Une perte de temps
Car la gloire était là, on en était certain. On n'avait pas encore compris que c'était un marché de dupes. D'ailleurs il n'y avait pas lieu de le comprendre. Ce n'était pas très raisonnable, mais c'était réaliste, cela le paraissait. La seule question qui méritait que l'on y réfléchisse était celle de la méthode. Car discuter du but était assurément une perte de temps.
Sans ironie
Non ce n'était pas la colère. Ce n'était pas non plus cet absurde dégoût. C'était plutôt la tentative sincère, désespérée, de suivre le modèle jusqu'au bout de son ambivalence, de ses contradictions. Sans ironie, sans jugement. Le jugement était là, bien sûr, mais il était conforme. Il était au service de la cause entendue, sans révolte, sans fièvre, au contraire appliqué à démontrer que la révolte était une sottise, une voie sans issue.
Au degré le plus bas
Je n'ai rien inventé, et pourtant j'ai caché tout ce qui existait. S'il reste quelque chose c'est nécessairement une sorte de mensonge. Mais de là à savoir que cela va durer, il ne faut pas exagérer. Il faudrait un courage que je suis loin d'avoir.
Mettre en partage
Pourtant il y a encore cette nécessité, ce besoin de tout dire, justifier, expliquer — enfin, si c'est possible... Et puis plus simplement de raconter la vie que j'ai imaginée, de la mettre en partage. Qu'on soit plusieurs à y penser, pour qu'elle puisse s'étendre.