De honte et de désir

Et puis arrivé là j'ai buté contre un mur, fait de passion, de haine, de honte et de désir. On me refusait tout, je n'avais que le droit de me taire et trembler. Si je voulais survivre je devais me cacher. Et le temps a passé, et le temps a passé... Je n'ai pas oublié ce que je désirais, mais je l'ai adapté à la nécessité.

« Est-ce que quelque chose a changé ? » J'aimerais le savoir, et j'attends de le voir... Ce qui est sûr c'est que cette histoire m'a coûté des années — mais m'a tant rapporté que j'en suis satisfait. Sauf peut-être ces murs, immuables, tranquilles, m'empêchant d'espérer, et par-là même d'oser. Car à quoi bon tenter si je comprends déjà que c'est peine perdue ? Car qui me remarquerait, et qui m'écouterait ? Ce que je crois n'existe pas, et ce qui me fascine n'intéresse personne. Ou du moins la manière dont je parviens à l'exprimer.
Et puis je me sens vieux, défait et misérable. Chargé d'une tristesse dont plus rien ni personne ne pourrait me défaire. Si ce n'est celle par qui cette peine m'est venue ? Et quand je dis la peine il s'agit de détresse, d'intense désespoir, méthodique et ineffaçable...
Je sais que j'ai fauté, je sais que j'ai chuté, sans doute mérité ce qui m'est arrivé... Mais cela change quoi ? À quoi bon m'accabler au point de ne plus pouvoir bouger ?

Le drame de l'absence est bien évidemment que la situation ne peut plus évoluer, qu'elle reste figée, que les questions demeurent, et qu'aucune réponse ne semble suffisante, puisqu'elle ne suffit pas à combler le silence.

Tout remettre en place

Je dois bien avouer que ça m'amuse un peu, même si je suis conscient que je ne devrais pas. Ça me paraît idiot, et presque pitoyable. Comme un masque trop grand et qui en fin de compte en montre davantage que ce qu'il veut cacher. Et puis cette arrogance, ce mépris institué... C'est comme une faiblesse, un genre de maladie de l'âme.
Mais bon, je ne suis pas responsable de ça. Je n'ai pas à m'en soucier. Et pourtant, et pourtant... J'y reviens malgré moi. Mais pas comme l'assassin. Je ne suis pas coupable. J'ai plutôt l'impression d'avoir laissé en plan une affaire qui n'est pas terminée. Et que c'est mon devoir de tout remettre en place, de ne pas oublier ce que j'aurais dû faire.
L'ennui étant évidemment que j'ignore tout à fait ce que j'aurais dû faire ?

Épouvantable et majestueux

Je veux juste comprendre, je veux juste savoir ce qui m'est arrivé. Car c'était incroyable, épouvantable et majestueux.

Rien à prouver

Je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas du courage, mais de la vanité. Je n'ai pas de raison d'expliquer davantage ce que je sais être vrai. Car que m'importe qu'on me croie ou non ? Je n'ai pas de combat à mener. Je n'ai rien à prouver. Tout cela m'indiffère. Et même si je me trompe, ça n'a pas d'importance. Je suis bien plus embarrassé par mes rapports humains, toujours un peu guindés.

Mais pas beaucoup de sens

C'est idiot, et puis rien. Ça fait certes du bruit, mais pas beaucoup de sens. On discute du droit, on évacue la peur de ne pas se connaître... C'est assez pitoyable.