De honte et de désir

Et puis arrivé là j'ai buté contre un mur, fait de passion, de haine, de honte et de désir. On me refusait tout, je n'avais que le droit de me taire et trembler. Si je voulais survivre je devais me cacher. Et le temps a passé, et le temps a passé... Je n'ai pas oublié ce que je désirais, mais je l'ai adapté à la nécessité.

« Est-ce que quelque chose a changé ? » J'aimerais le savoir, et j'attends de le voir... Ce qui est sûr c'est que cette histoire m'a coûté des années — mais m'a tant rapporté que j'en suis satisfait. Sauf peut-être ces murs, immuables, tranquilles, m'empêchant d'espérer, et par-là même d'oser. Car à quoi bon tenter si je comprends déjà que c'est peine perdue ? Car qui me remarquerait, et qui m'écouterait ? Ce que je crois n'existe pas, et ce qui me fascine n'intéresse personne. Ou du moins la manière dont je parviens à l'exprimer.
Et puis je me sens vieux, défait et misérable. Chargé d'une tristesse dont plus rien ni personne ne pourrait me défaire. Si ce n'est celle par qui cette peine m'est venue ? Et quand je dis la peine il s'agit de détresse, d'intense désespoir, méthodique et ineffaçable...
Je sais que j'ai fauté, je sais que j'ai chuté, sans doute mérité ce qui m'est arrivé... Mais cela change quoi ? À quoi bon m'accabler au point de ne plus pouvoir bouger ?

Le drame de l'absence est bien évidemment que la situation ne peut plus évoluer, qu'elle reste figée, que les questions demeurent, et qu'aucune réponse ne semble suffisante, puisqu'elle ne suffit pas à combler le silence.

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