Fantaisies et vertiges… Certes on pourrait en faire mille phrases malignes… Et sans doute serait-ce à se tordre de rire.
Mille fois au tombeau
Si ce n’était que l’amertume… Mais c’est bien plus profond, bien plus profond que ça. C’est de la solitude et de la tragédie, ça remonte de loin et ne veut pas partir. C’est comme une asphyxie et un chagrin intense, c’est l’absolu désir de savoir où tu es, et la sourde conscience que tu n’existes pas. Que ce que j’ai rêvé qui s’approchait de toi était sans doute trop réel pour bien te ressembler. Que l’idiotie naïve qui m’a fait te vouloir aurait dû me conduire mille fois au tombeau, car c’est sans doute ma seule chance de me rapprocher de toi. Pourtant je ne sais pas… Évidemment je suis stupide. Évidemment je ne fais pas du tout ce qu’il faut faire.
Plus de lien
Si c’était du venin ce serait aussi bien. On se regarderait et on saurait enfin qu’il n’y a plus de lien. Qu’il n’y a plus que l’âge, et la peur de mourir avant d’avoir tout dit. Tout en sachant déjà que ce sera inévitable.
Des opinions, vraiment ?
C’est du sang de navet, c’est de la marge antique, c’est une projection de troubles compulsifs. De là à estimer qu’on a des opinions et qu’elles doivent compter, il ne faut pas exagérer. Des opinions, vraiment ? Alors qu’il ne s’agit que de pans de désir qui tardent à tomber…
Ah ! s’il y avait eu au moins un peu de vérité dans les fausses promesses, ça aurait tout changé. Car séduit je le fus, même bouleversé. C’était plus que troublant, c’était plus que tentant : c’était enthousiasmant. Ça construisait un pont reliant les deux rives de mon innocence. Ça effaçait d’un coup un gros paquet d’erreurs.
C’était beaucoup trop beau pour oser l’espérer.
Bâtir un pont
Mais as-tu remarqué que c’était le silence, qui te manquait le plus ? Oui, on peut en sourire, mais ça n’y change rien : il faut que ça se taise, pour que tu puisses t’écouter. Parler, penser, imaginer, ou même rêvasser… Au fond, quelle importance ? L’essentiel est de bâtir un pont entre le monde du dehors et le monde du dedans, de le consolider et de l’entretenir.
Les occasions manquées
Tout ça, et puis aussi une peur de manquer qu’on ne peut pas imaginer.
Et c’est ainsi qu’on se retrouve, avec la vie qui fuit et le temps qui se fait de plus en plus pesant, à se dire que la prochaine fois on ne refera pas les mêmes erreurs, qu’on sera moins pressé, plus conscient, plus humble et plus sensible… Alors que rien ne permet de croire à une fois suivante, hormis le besoin qu’on en a.
Un monde plat
C’était un monde plat, qui ne me parlait pas, qui exigeait de moi ce que je n’avais pas.
C’est difficile à exprimer. Ça ne peut pas se dire avec des mots qui servent à raconter n’importe quoi. Il en faut de spéciaux, précis et ajustés.
Un peu plus sage
Enfin si, c’est certain, il y avait du sang, des mots d’amour glacé, des lettres parfumées… On ne peut pas le nier. Et d’ailleurs nul ici n’a cherché à le faire. Mais au-delà pourtant c’était un peu plus sage, on savait où était la porte des WC, et pourquoi il fallait qu’elle reste fermée.
Oh non ce n’était pas des sacrements d’hiver, des festins de pervers à la pomme de terre… C’était plutôt l’envie de toucher le réel dans ce qu’il a parfois de plus inattendu. Quelques pas côte à côte, et des gestes pressants, de l’amour exigeant… Penchant la tête de côté, des bouts de sentiments réussissant à s’échapper.
Un honneur
Oh oui c’est un honneur, je dois le préciser. Ça me donne l’impression de me dévergonder, mais ça me flatte énormément. C’est le genre de plaisir qu’on ne refuse pas. Mais ceci dit y a-t-il autre chose à conter ? Et je ne parle pas de faire le bilan. Car après tout il n’y a pas de raison de s’affoler.
Sans pouvoir s’échapper
Les causes du décès — le désarroi des sphères… Des liens si compliqués qu’on n’ose plus imaginer de pouvoir les trancher. Des excuses bidon, et par camions entiers. Des envies d’autre chose, qui n’ont évidemment aucune chance d’aboutir. C’est tellement merdique, c’est tellement maussade…
Ah oui ça aurait pu, ah oui ça aurait dû, mais ça n’a pas marché, ça s’est ratatiné au travers des années, ça a tout essayé et ça s’est retrouvé les pieds et mains liés, sans pouvoir s’échapper.
Oh ce n’est pas si grave. Mais c’est un peu gênant. Et même plutôt vexant.
Les barrières mentales
C’est gênant et pourtant on trouve ça normal, comme s’il s’agissait de la fatalité, d’un mécanisme hors de portée, comme si la liberté y était prohibée. C’est vrai qu’il vaudrait mieux en rire que lutter ? Je ne suis pas d’accord. Car il n’y a pas vraiment de combat à mener. Les barrières mentales n’existent que pour ceux qui acceptent d’y croire. En somme il suffirait de décider qu’elles sont nuisibles pour s’en débarrasser. Et à partir de là ne plus avoir besoin de tant se protéger.