Les occasions manquées

C’est le goût de détruire, qui a tout abîmé. C’est le goût de détruire, et puis de dominer. Cette idée insensée qu’il fallait profiter, exploiter et piller. Que tout était à prendre, y compris tout ce qui n’était pas mérité.
Tout ça, et puis aussi une peur de manquer qu’on ne peut pas imaginer.

Mais bon, c’est effacé. Du moins il est plaisant de se l’imaginer. On invente des drames dont on n’a pas idée, et puis on va danser avec les macchabées. C’est frais, ça se retient, ça voudrait tant trouver l’obscure échappatoire ! Et du coup ça oublie même de remercier des cadeaux rencontrés… Les prodiges parfaits, les longues traversées, l’exemplaire romance dont on a tant rêvé.
Et c’est ainsi qu’on se retrouve, avec la vie qui fuit et le temps qui se fait de plus en plus pesant, à se dire que la prochaine fois on ne refera pas les mêmes erreurs, qu’on sera moins pressé, plus conscient, plus humble et plus sensible… Alors que rien ne permet de croire à une fois suivante, hormis le besoin qu’on en a.

Autant se consacrer à extraire le sel de ce qui s’est passé, des images, des sons, des mots accumulés. Et cesser de pleurer les occasions manquées.

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