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Pas la moindre ouverture

J'ai rattrapé le ciel, et je l'ai oublié. Il y avait des mots qui ne me plaisaient pas. Des expressions d'amour, inoubliables et inutiles. Pas la moindre confiance, pas la moindre ouverture.
Pourtant il y en avait, des choses à raconter. Des espoirs et des joies. Des fausses repentances.

Si ça lui fait plaisir

Je ne vais pas cesser de trouver de la peur. Il vaut mieux décider de la laisser tomber. C'est juste un élément constitutif du décor. Pas de quoi s'inquiéter, ni se sentir visé. Chacun est libre d'avoir peur, si ça lui fait plaisir.
Je ne suis pas sournois. Tout juste un peu pressé de m'éloigner de moi.

Se défigurer

C'est drôle comme cette idée de me défigurer me paraît pertinente. Comme si le désir était assez puissant pour ne pas s'épuiser au cours de l'expérience. Car il est évident qu'on ne pas mourir sans cesser de souffrir ? Si j'avais la réponse je ne serais plus là.
En attendant je suis déterminé à faire ce qu'on voudra de moi. De toute façon je n'ai pas réellement le choix. La maladie me tient et ne me lâche pas. Cette lourde fatigue, ce lent épuisement. Cette difficulté à parler, à écrire. Exactement ce qu'il fallait pour me faire désespérer. Ou plutôt pour finir de me désespérer. Après tous ces échecs, ces erreurs de parcours. Et surtout la prégnante conscience de mes fautes. Bien sûr irréparables, sinon ce ne serait pas drôle. Car le but est bien sûr de me faire plier. Pas seulement s'imposer la culpabilité, pas seulement s'arracher de sincères remords, mais enfin réussir à me défigurer, à faire de moi un autre. Peut-être plus joli, agréable, efficace. Peut-être plus conforme à la nécessité… Qu'importe, en vérité. Si j'avais ce pouvoir je ne serais plus là. J'aurais enfin trouvé le moyen d'oublier ce qui me souffrir. Trouvé enfin moyen d'effacer le passé, ou mieux de le changer.
Pour l'instant je ne suis que pressé de partir. Pour pouvoir enfin cesser de me traîner ainsi. Pour pouvoir enfin cesser d'accommoder mon désespoir sans parvenir à le chasser.
Je ne sais pas s'il faut se contenter de ça. Je veux dire du désir de ne plus être là à m'entendre gémir sur mes erreurs passées. Ceci sans même parler de la futilité de ce vain exercice.
Si ce n'était que moi je pourrais te parler. Et tu m'écouterais, et tu me répondrais, et on pourrait trouver moyen de se comprendre… Ce serait inédit, et sans doute agréable. Du moins je l'imagine. Autant dire que je suis vraiment trop éloigné de la réalité. Et qu'il existe encore moyen de s'amuser. Par exemple en comptant les squelettes cassés. Sans même décider de les reconstituer.
Et la boucle est bouclée. Il n'a jamais été question de se défigurer. C'est plutôt le contraire. Il vaut mieux arrêter de lutter contre soi. Ça ne marche jamais.

Un peu anesthésié

C'est un monde solide, un peu anesthésié. Un monde qui se meurt sans cesser de penser que la réalité est juste à sa mesure, conçue pour le servir, n'ayant pas d'autre utilité ni même d'existence en-dehors de ce but. Un monde déplaisant, où il est conseillé de ne pas s'attarder.

En dehors du sujet

Enfin du vent, de l'amertume, des envies de savoir où l'on pose les pieds. Des crânes défoncés, des corbeilles d'osier. Des retours à la source qui ne se savent pas, ne se doutent de rien. De ce rien qui n'est loin que parce qu'on le veut bien. Et tout un chapelet de folles vanités, absurdes vérités en dehors du sujet. Il vaut mieux décider de ne plus en parler.

Un profond repentir

La culpabilité ne veut pas me lâcher. Je sais qu'il n'y a pas moyen de l'effacer. Et du coup rien n'y fait, je suis anesthésié. Rien ne m'est interdit, mais je n'ai pas le temps pour ces bêtises-là. Il faut d'abord que je cultive un profond repentir. Car il n'est pas question d'échapper à la punition. Des bonnes intentions ne sauraient effacer ce qui est arrivé. C'était une folie, mais il n'est pas question qu'elle soit passagère : il faut qu'elle reste là, qu'on ne l'oublie jamais. Il y a des offenses que l'on peut pardonner, mais celle-ci était trop grande en vérité. Le mal qu'elle a causé continue à sévir. Et ce n'est pas très amusant, de n'avoir plus de dents. On s'en fait mettre des fausses, mais ce n'est pas pareil. Car on n'a plus jamais sa conscience pour soi. On ne peut même plus rire de ses erreurs. Car il y a des choses qui ne font pas rire, qui sont vraiment trop graves, et vraiment trop honteuses.

C'est vraiment embêtant, tout ce ressentiment. Il n'y a pas moyen de s'en débarrasser. Même en voulant tourner la page, cela reste accroché.

Peur de bien faire

Des drames cutanés, énervements à fleur de peau, idioties domestiques... On en rirait si on pouvait, si on savait en rire. On n'a pas tellement intérêt à le dire. Et ça ne change rien au processus en cours. Hélas, en vérité. Car on rêve d'un drame assez puissant pour démembrer ce dragon endormi sur son ressentiment et sa peur de bien faire. Car enfin le courage ce n'est pas d'oublier ce que l'on a à faire sitôt qu'on imagine une difficulté.

Un peu plus présentable

Je n'ai pas de mérite, seulement des otites.
Je n'ai pas de désir, seulement des sourires.
Je n'ai pas le loisir d'explorer au-delà des limites permises.
Et pourtant le courage ne m'a jamais manqué.
Ni la folie de faire absolument n'importe quoi.
Tant qu'à ce niveau-là ça devient légendaire.
On en parle, on en rit, on en rougit de joie.
Cela ne me plaît pas, mais que pourrais-je y faire ?
Je suis bien obligé de faire comme si tout ça ne me dérangeait pas.

Et pendant ce temps-là le fil de mon histoire est encore à revoir...
Pas moyen d'en trouver une interprétation stable.
Ça bouge sans arrêt, chaque jour ça raconte le contraire de la veille.
Ça brode des miroirs, ça ouvre des tiroirs là où il n'y en a pas.
Ça oublie de réel pour pouvoir l'inventer, le rendre soi-disant un peu plus présentable.

Dans ma morosité

Je ne sais plus écrire, je ne sais plus parler. J'essaie de m'expliquer, mais je me prends les pieds dans le tapis de mes prières, prières d'insérer. Ça pourrait être drôle si je savais en rire, mais je reste coincé dans ma morosité.

Toute proche du cœur

J'exprime le besoin, le trouble extrême de la plèbe
La folle envie de dire les choses simplement
Et de ne plus pouvoir ne serait-ce que lire sans arrière-pensées
Le calme avant le vent, les amours oubliées, les regrets effacés
L'extrême volupté de la réminiscence qui ne veut pas venir
Et qui pourtant paraît toute proche du cœur
Mais il faudrait les mots, les phrases, le courage
Pas seulement l'envie de vivre le passé, mais l'envie de le dire, de le faire exister
D'une façon nouvelle, celle qui n'a jamais pu trouver à s'exprimer
Pas forcément tel que je l'imaginais, le pensais, le croyais
Plutôt de la façon dont je le savais vrai, en toute honnêteté
Même si je préférais ne pas me l'avouer.

Et remonter ainsi jusqu'aux mirages primordiaux
Quand l'imagination régnait seule dans la maison
Avant cet âge de raison qui a tant fait de mal
Et qui pourtant prétend savoir où est le vrai, être seul à le dire

Je sais bien que je mens, que je cours après l'ombre
De celui que je n'ai jamais essayé d'être
Mais quoi j'ai bien le droit de m'inventer un personnage
Qui dira à ma place ce que j'aurais dû dire
Au lieu de le penser et d'avoir honte de le faire

Un semblant de sincérité

On a le choix entre vieillir et ne plus regarder où on pose les pieds. Alors bon forcément on ne veut pas choisir, on rejette le tout, et plus tard on comprend que c'était inutile, que le choix était fait de toute éternité. Refuser de vieillir ? C'est une bonne blague. Quant à vouloir savoir où on pose les pieds, il ne faut pas rêver.
Le difficile est de garder un semblant de sincérité. Non qu'on veuille tricher, mais ça se fait tout seul, on pare au plus pressé, et on a en mémoire toutes sortes de solutions. Et même en prenant son temps cela ne marche pas. Car on n'aime jamais se remettre en question, aller vers l'inconnu, peut-être le danger.
Enfin bon, c'est égal. Cela ne change rien à la nécessité. Il faut se retrouver près du point de départ, sans être trop chargé. Et puis en profiter pour tout revisiter, ça peut toujours servir.
Le plaisir là-dedans n'a pas son mot à dire. On l'a trop écouté, pour ne rien y gagner. Ou du moins pas grand-chose, il ne faut pas exagérer.

Raisonnable

Ce n'est pas comme si j'avais tout essayé. Car à la vérité je n'ai rien essayé. J'ai juste réussi à tout laisser tomber. Et à tout oublier. Enfin, pas tout à fait, mais j'en prends le chemin. J'y étais obligé. Enfin, je le prétends. Mais je sais que c'est faux. Que j'ai juste choisi de ne pas insister. Puisqu'il paraissait clair que c'était raisonnable. Oui c'est bien ce mot-là qui m'avait convaincu. Raisonnable. Ah la charmante ivresse. Et pourtant tout cela ne me ressemble pas. Enfin, j'aime à le croire. Je n'ai jamais été et ne serai jamais quelqu'un de raisonnable. C'est juste un air que je me donne. Un autre genre de folie. Mais c'était inédit, et forcément si c'est nouveau cela paraît intéressant. Enfin je ne sais plus. Et je n'ai pas envie de m'en préoccuper. Je suis juste énervé. Pressé de retrouver le paradis perdu. Ou quel que soit le nom qu'on veut bien lui donner.

Un chemin vraisemblable

Ça ne s'est pas du tout
Passé de cette manière
Mais ce n'est pas si grave
Même c'est presque mieux
Car l'essentiel n'est pas
De tout refaire à l'identique
Au contraire il faut faire en sorte
Que cela soit plus simple
Débarrassé des contresens
Et des ambiguïtés

Ceci dit il faudrait surtout
Se remettre au travail
Sonner la fin de la récréation
Cesser de baguenauder
Sous les ombrages orangés
De la contre-culture

Nul besoin de savoir
Ce qui est vrai ou faux
Nul besoin de déterminer
Le bon ou le mauvais
Il faut juste tracer
Un chemin vraisemblable
Assez aventureux pour ne pas s'ennuyer
Mais pas trop encombré
Pour ne pas s'égarer

Dommage que la peur
Ait tout amidonné
Il serait plus aisé
De ne pas avoir à fréquenter
Les fantômes glacés
Des cauchemars oubliés

Les idées libres

C'est amusant et puis
On peut s'en inspirer
Pour se régénérer ?
 
Je n'ai pas fait comme si
J'avais les idées larges
J'ai plutôt fait comme si
J'avais les idées libres
Il ne faut pas confondre
C'est assez différent

J'ai changé de costume
Et me suis inspiré
De tout ce que j'aimais

Ça n'a rien de méchant
Par moments on peut même
Dire que c'est amusant.

La fatale question

Mais alors bon les mots, il faudrait arrêter de ne plus rien me dire. Je ne peux pas me contenter de ne jamais parler. J'ai des erreurs à justifier, des oublis à combler. Je voudrais parvenir à ne plus me poser la fatale question du jugement de l'autre. Du jugement critique, férocement critique, mais cela va sans dire.

Après la mascarade

J'ai dit que je devais avoir priorité, que les porosités aromatiques et vénéneuses que l'on m'a proposées ne sauraient l'emporter. J'ai dit que le besoin refuserait de négocier, et je n'ai pas menti.
J'ai dit que le silence n'était qu'une façade, ce qui nous attendait après la mascarade, quand tout serait tombé, y compris le désir d'encore se relever.

De plus vertes prairies

Ce n'est pas amusant, d'être toujours vivant quand tout ce qu'on aimait a disparu depuis longtemps. Ce n'est pas simplement le manque d'enthousiasme, c'est la décrépitude annoncée, redoutée, d'ores et déjà présente, présente et insolente. Cette envie de finir proprement et sans bruit, sans déranger personne... Enfin ne plus avoir à subir ce mélange de mépris et de haine, sans cesse renouvelé, indémodable et increvable.

Certes il faudrait oser s'aventurer plus loin, voir s'il y a là-bas de plus vertes prairies, d'inouïes embellies... Mais ça finit par être légèrement vexant, d'avoir toujours besoin de voir un peu plus loin, comme si la fuite était la seule solution.
Parfois j'aimerais bien me concentrer et puis rêver une autre vie et qu'en ouvrant les yeux elle devienne vraie. Mais ça ne dure pas. Je suis vite rattrapé par la réalité. De quoi désespérer sans pouvoir s'arrêter. Et ne plus essayer.

Une erreur

Ce n'est pas évident, de tout recommencer. Il y a ce trou énorme, si grand que c'est le reste, qui paraît ajouté. Et de quoi est-il fait ? Ce n'est pas une absence, encore moins une errance... Ça fait penser plutôt à un cercle magique. Mais peu importe. Ce qu'il faut c'est tenter de se refaire un monde où ça n'existe pas. Où ce n'est qu'une erreur, et pas des plus glorieuses.
C'est vrai qu'il y a encore beaucoup à effacer...

Des choses compliquées

Ce n'était pas un rêve, ça désignait la chance mais ne la disait pas. Je pouvais retourner chaque phrase maudite et ne pas oublier de m'en débarbouiller. Ça donnait les moyens d'assigner le silence en toute indépendance.
Ça faisait espérer des choses compliquées. Des choses qui bien sûr n'arriveraient jamais. D'où le plaisir d'y croire et de s'y projeter. Pour savoir que le doute serait toujours présent. Mais pas forcément plus grand — même si plus méchant.
Quant à la vérité... On se contentera d'en faire du papier. Mais ce n'est pas encore ainsi qu'on va s'en échapper.

Pour une éternité

Et maintenant que je te hais cela n'a plus de sens, la discussion est close, il vaut mieux t'oublier... Même si je sais bien que ce n'est pas possible, même si cette colère, ce dégoût insidieux resteront gravés là pour une éternité.