Quelques pirouettes arrogantes
Un préalable insurmontable
Quoi qu'il en soit rien de tout ça ne permet d'échapper à ce piège infernal. Sur le moment ça peut marcher, ça semble prometteur, l'horizon se dégage, et puis au bout du compte cela ne change rien. C'est toujours aussi lourd, aussi insupportable, et malgré ça il faut toujours le supporter. D'où la difficulté, le découragement...
Rester caché
Car il faut se montrer, si on veut exister. On ne peut pas rester caché et être remarqué. Ou il faut une chance qui n'arrive qu'à ceux qui ne la cherche pas. Ce qui paraît idiot, et même un peu injuste, quand on y songe.
D'un autre côté
Mais d'un autre côté ça ne gêne personne...
Un peu plus sérieusement
S'amuser oui bien sûr, mais bon il ne faudrait pas trop en abuser. Non que ce soit mauvais, mais on sait bien qu'au bout du compte on en reste frustré. Qu'il vaut mieux s'amuser un peu plus sérieusement, sans quoi c'est trop facile, et ce n'est pas satisfaisant. Qu'en somme tenter l'impossible est bien plus amusant. Mais comment faire quand l'impossible est vraiment résistant ?
Un supplice raffiné
Et puis bon je l'avoue j'ai tout abandonné. C'était trop difficile et j'ai dû renoncer. Cela s'est fait sans y penser, simplement en ayant plein d'autres choses à faire. Du moins l'ai-je prétendu, pour ne pas avoir à accepter cet échec manifeste. La douleur était telle, et tout ce déshonneur ! J'aimais mieux éviter d'avoir à m'y plonger. Et si j'en parle maintenant c'est juste pour cesser de me traîner ce boulet usagé. Pas pour recommencer à essayer de me forcer. Si ce n'est pas possible il vaut mieux l'accepter. La culpabilité ne peut rien arranger. Voilà ce qui arrive quand on veut jouer trop au-delà de ses capacités ?
En somme je crois avoir déjà raconté tout ce qu'il m'était possible de raconter. Le reste est trop confus, trop lointain, trop abstrait. Ce ne sont même pas de vagues sentiments, encore moins des méthodes ni de chastes idées. C'est du drame vécu en toute intensité, une folle échappée très loin du labyrinthe de l'entendement. Pas de fil à tirer, ni de cailloux à retrouver. Juste cette stupeur, cette impression d'avoir tranché dans le vif du sujet, d'avoir franchi le fleuve sans avoir su nager, de s'y être noyé et malgré ça d'avoir réussi à passer. En somme d'avoir dû abandonner ce que j'étais, de n'en avoir gardé que quelques souvenirs sans aucun intérêt. Simplement parce que plus rien ne m'y rattache. Que j'ai la sensation de ne pas être concerné. Et ça vraiment c'est très idiot, pour ne pas dire de plus gros mot. Car je suis concerné, que je le veuille ou non. Et personne n'en sait plus long que moi sur le sujet.
Vais-je alors continuer ? Pour le moment je n'y crois pas, cela me semble peu probable. Car j'y vois beaucoup trop d'impossibilités. Mais puis-je me contenter de ce constat d'échec ? C'est tout de même lamentable, quoi qu'on puisse prétendre pour se justifier... Pas tout à fait vexant, mais un peu humiliant. Et tout le reste en prend une teinte plus sombre, un peu décourageante. Renoncer c'est aisé, c'est même profitable... Mais, se décourager. Ce n'est pas acceptable. D'autant que je suis sûr que le problème n'est qu'affaire de méthode. Qu'il faut juste tenter de s'y prendre autrement.
Enfin je ne sais pas. Et ça ne m'aide pas à changer de sujet. Car dire que j'abandonne ce n'est pas difficile. Mais fermer le chantier et ne plus y penser, alors que cela fait cinq ans que ça m'obsède, ce n'est pas évident. Avant de renoncer j'aimerais être sûr d'avoir tout essayé. Et là le compte n'y est pas. J'ai l'impression d'être parti avec des idées fausses, et de ne pas avoir compris qu'il fallait en changer. Mais ça, c'est évident, et ça ne me dit pas de quelle manière il faut aborder le sujet. Ni même s'il est bon de s'obstiner à essayer.
Cependant je suis sûr qu'il y a dans la confusion quelque chose de bon. Que cela dit qu'il y a là un trésor à trouver. Que forcément cela ne peut que s'arranger. Certes cela paraît impossible à ranger, mais justement ça vaut la peine d'essayer de le faire. Car si c'était déjà rangé cela serait sans intérêt... Une aimable pirouette, mais rien de passionnant.
Mais pour l'instant je n'ai aucune envie de me lancer. Et quand bien même en aurais-je envie que je ne saurais pas par quel bout commencer. Il me paraît bien plus aisé de tout laisser tomber. Non seulement plus aisé, mais aussi et surtout beaucoup plus raisonnable. Responsable, sérieux. Enfin toutes ces choses qu'on dit quand on est vieux. Quand on commence à s'habituer à ce souffle glacé qui dit que tout est vanité, et bientôt terminé. Qu'en somme s'échiner à devenir meilleur que soi n'a plus la moindre utilité. Ceci en supposant que c'en ait eu un jour...
Si ce n'était si drôle on pourrait en pleurer. Et quelque part cela rejoint le cœur de mon sujet ? Sans jamais l'épuiser, ni même vraiment l'entamer... À peine l'effleurer, le caresser et lui parler. Tenter de le flatter pour le pousser à se montrer. En somme admettre qu'on n'est pas beaucoup plus avancé. Qu'on ne sait toujours pas de quoi il s'agissait. Ce qui finit par ressembler à un supplice raffiné !
Ah vraiment je n'ai pas beaucoup de goût pour ça, et je m'en passe volontiers. Je préfère m'occuper à des choses plus sensées, et surtout bien moins compliquées. Même si je sais qu'elles n'ont aucune utilité. Qui a dit qu'on n'avait jamais le droit de s'amuser ?
Faute d'écho
Avec les élégants
Je vais me regarder. Je vais même essayer de ne pas en parler. Et je jouerai peut-être avec les élégants, s'ils sont encore vivants. Même si c'est improbable. Même si je ne vois pas à quoi ça servirait. Du moment que je peux enfin me soulager, ne pas garder pour moi ce vertige sacré, je suis prêt à signer tous les papiers que vous voulez.
Je sais bien que ce n'est pas drôle. D'ailleurs je n'ai pas dit que c'était censé l'être. J'ai juste prétendu avoir le droit de dire absolument n'importe quoi. Je ne m'en prive pas.
Une plate injustice
Entre deux couches d'air
Le passé, le passé... Certes on peut en sourire. D'autant que je m'explique mal, que ce que je veux dire est sans cesse dévié. Il s'agit d'achever ce qui est commencé mais est resté flottant entre deux couches d'air. Non pas chercher ce qu'il y a de bon à en tirer, mais justement cesser de croire qu'il pourrait y avoir du bon à en tirer. Que ce soit terminé, et non pas oublié.
Et puis même au-delà il y a quelque chose que je ne saurais dire... Quelque chose qui ressemble à des portes ouvertes qu'il faudrait retrouver pour pouvoir les ouvrir en d'autres circonstances. Et même à volonté, s'il y a nécessité. Quelque chose qui me parle d'un monde bien plus vaste, et même d'une vie en-dehors de ce monde. Mais là cela devient presque impossible à dire. Les pièges sont partout, à chaque coin de phrase, et même à chaque mot, chaque intonation. D'obstinées tentations d'ironies assassines, de réductions de sens, et de malversations soi-disant innocentes... Alors mieux vaut se taire qu'avoir à discuter sans espoir d'aboutir à un progrès quelconque, sauf à celui de se trouver à la fin convaincu d'un genre d'hérésie.
Car il ne s'agit pas d'ignorer le réel, ni de le mépriser. Mais allez donc tenter de démontrer cela à des gens qui déjà ont eu le plus grand mal à quitter le confort de la malédiction, et de voir que le monde était peut-être beau...
Il ne faut pas tant se presser. Et après tout il n'y a pas grande nécessité à se faire comprendre...
Mais quand même, mais quand même... Parfois j'aimerais bien savoir représenter ces masques oubliés. Expliquer la saveur et la tonalité. Dire ce que j'en pensais et tout ce que j'y voyais. Non pas la nostalgie, mais la littérature, à l'ancienne dirais-je... Car sans doute il y a moyen d'y retrouver un chemin égaré ? Ou peut-être d'en jouir, avant que cela n'ait plus la moindre importance.
C'est difficile à dire, ce qui est arrivé, ça ne veut pas sortir, cela reste coincé. Et il n'y a pas là qu'effet de modestie. C'est difficile à dire parce que c'est sacré, et qu'on sait qu'en parler ne pourra que le modifier.
Attrait du passé
Agencement
Quoi qu'il en soit l'agencement est vraiment magnifique. Et pas si compliqué qu'on pourrait le penser. Juste fait sur mesure, et sans doute imparable. Et d'ailleurs qui aurait l'idée de le contrer ? Ce serait pitoyable, et sans la moindre utilité.
L'enfer en paradis
Des impatiences
Un morceau de miroir
Une échappatoire
Ça ne justifie rien, mais ça explique tout. Ou alors le contraire, mais ça revient au même. C'est une échappatoire, une façon d'éviter de dire la vérité. Qui pourtant ne doit pas être si compliquée. Ni même si coupable.
Désirs et rêves s'effacent
Changer de méthode
Face à l'adversité
Pourtant c'était plus simple que je le pensais. En somme il n'y avait rien de spécial à faire. Juste se retrouver face à l'adversité sans céder à l'envie de courir se cacher. C'est d'autant plus facile qu'en somme il n'y a pas d'endroit où se cacher.
Les masques du passé
Quant à mourir au lieu de vivre, ce n'est pas une mauvaise idée. Mais il faut mastiquer, avant de recracher. Sinon c'est du vomi, pas de la marmelade.
Les affabulations et les dissipations
Je ne vais pas trembler, je ne vais pas souffrir, je ne vais pas penser que j'aurais dû m'enfuir... Je vais plutôt tenter de tout reconstituer, y compris les miracles et les songes sacrés. Mais s'il vous plaît cessez de tant me regarder. Je n'ai pas l'intention de me défigurer pour mieux vous ressembler.
Tout le reste vraiment doit pouvoir s'expliquer, les affabulations et les dissipations. Tous les principes creux que j'aurais pris plaisir à trahir et courber. Et la réalité de mes folles pensées, décoiffées, déchaussées, jamais amidonnées.
Les cycles infernaux sont tout ce qui me reste. Pas vraiment de passion, ni même de chanson... À peine quelques mots cherchant à se cacher pour se faire oublier.
Pas un raz-de-marée
Les chances et les drames
La vie, la vie, la vie… C’est un étrange charme. On ne sait pas du tout ce qu’il faut en penser, alors on fait comme si c’était sans importance. Et pourtant…
Le désert
Mais il en reste quoi ? Quelques bruits de couloir, des vérités trop crues et des sentiments gras… Rien qui donne l’envie de se recommencer.
Mais non. C’est nettement plus complexe que ça.
Masque futile
D'inédits éclairages
Un peu plat
Parfois c’est un peu gras, aussi, sur le côté. Mais je n’y suis pour rien. Je ne fais que citer ce que l’on m’a confié. Je ne peux pas toujours raconter le sublime. Pour le coup j’aurais l’air d’une vraie montgolfière.
Des bruits de pas dans le désert
Je repousse le drame du bout de ma godasse. Je n’ai pas encore dit que j’allais obéir. J’ai juste fait comme si je me reconnaissais. Ce que j’en ai pensé ne s’est pas échappé.
J’aime la sensation de la décrépitude. L’instant adolescent où l’on se regarde, avant de se frotter très gentiment le nez. Où les extrêmes se détendent, avant de se glisser au sein du moule proposé.
Sécurisé mais empêché
Et pourtant c’est dommage, car je vois bien qu’il y a là de la matière à raconter. Des sentiments complexes, une histoire puissante. Et puis je ne vois pas quelle morale en tirer. Ça devrait me suffire pour m’y intéresser.
Mais serais-je assez libre pour le raconter ? Ou du moins pour jouer autour de cette idée ? N’y a-t-il pas d’abord des serments à défaire ?
C’est vrai qu’il s’agissait des méfaits de la force. D’où le titre d’ailleurs. De la vision faussée qu’on a de l’existence derrière cette barrière. Et de l’idée qu’on peut retrouver la lumière en cessant de s’en protéger.
Mais pour ça il faudrait être un peu moins craintif. Raconter la passion et ses affolements. Ses étreintes mortelles où l’on croit retrouver le secret de la vie. L’essence, l’origine, et le but de la vie. Et ça, cela fait peur. Ça donne l’impression qu’on va être entraîné vers l’animalité et y rester piégé.
Je crois que c’est la clé. Je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas vue avant, mais maintenant ça me paraît tout à fait évident. Non pas la force en tant que question théorique, mais le bouchon lui-même, celui où on se sent sécurisé mais empêché.
Une forme de grandeur
Il y a
Le désespoir
Le tout et son contraire
On dit que l’araignée — j’entends, celle du soir — est celle de l’espoir. Mais on dit tant de choses, le tout et son contraire. Que chacun puisse y trouver son préjugé préféré.
Pour l’heure j’ai l’espoir qu’un peu plus loin tout aille bien, mais ça ne change rien. Surtout j’aimerais bien ne pas être envahi par des soucis d’ordre pratique.
Araignée du matin
Araignée du matin, rêve d’après-demain. C’est l’heure enfin de dire que cela doit finir.
Une chose affreuse
Mais non mais, le silence, c’est une chose affreuse, tu ne peux pas comprendre. Ça te prend, ça t’étouffe, ça te rigole dans le crâne. Ça te dit tu vois bien, j’avais raison et puis, t’aurais dû m’écouter. Ça te dit que tu n’es pas digne d’essayer, qu’il vaut mieux renoncer.
Changer de style et de méthode
Assurément il faut changer de style et de méthode, car il n’y a par là rien de bon à trouver. Il faut se rapprocher, rejoindre le réel, le lieu où le mensonge est moins évanescent.
Et puis abandonner à la première difficulté, ça ne fait pas sérieux. Il ne faut pas lâcher, même si c’est coincé, même si c’est bouché. Il est idiot de croire que ce qu’il faut dire est impossible à dire. Car c’est justement là qu’est la fonction de l’art. Seuls les lieux communs, les banalités et les petits mensonges sont faciles à dire. La vérité exige que l’on fasse l’effort de l’extraire du trouble de l’indifférencié. Y restent accrochés des lambeaux d’illusions, de tromperies et de mythes que l’on doit nettoyer.
Au cœur au ventre et au cerveau
Il est toujours question de tout remettre en cause. Le bon et le mauvais, les passions et les plaies… On occupe le ciel et on s’y trouve bien, quasiment admirable, en tous les cas utile.
Qu’importent les serments qu’on avait échangés ? La culpabilité a tout laissé tomber. Oh oui c’était charmant, c’était envahissant mais si désespérant, c’était tant de bonté qu’on ne peut l’oublier…
C’est resté gravé là, au cœur au ventre et au cerveau. Inutile de dire que ça le restera.
Par intermittences
Et les pages du cœur, qui les effacera ? Sans doute y aura-t-il quelques minables tentatives de rébellion organisée… Mais on sait où ça mène, et personne ne craint que cela dégénère.
Du pâté
On en fait du pâté qu’on ne sait où cacher, et on n’est pas plus avancé…
C’est amusant et puis, on pourrait presque y croire, à force d’y penser.
Du courage
Enfin si, du courage, on en aura toujours besoin, je ne vois pas comment on pourrait en arriver à se dire qu’on en a assez, que tout ce qu’on veut faire on le fait sans effort, que plus jamais on est victime des démons associés qui empêchent d’agir…
Destin salé
Un songe passager
Quand plus rien ne dormait,
Quand tu avais vieilli…
Ce n’était pas des jours
Où on aurait pu dire
Que la vie ne valait
Pas la peine de vivre.
Dieu que j’aurais aimé
Que cela ne soit pas
Qu’un songe passager.
Dieu que j’aurais aimé.
Des accidents d’ivoire
Tu n’as pas faim, je vois.
Tu n’as pas cru à mes rumeurs, à mes demandes d’incendie.
Au-delà il n’y a pas de systèmes à trouver.
Des accidents d’ivoire ne font pas un chemin.
L’inutile et le superflu tiennent toujours autant de place.
Mais en somme je suis heureux d’avoir enfin trouvé une âme à qui parler ?
Bien sûr on peut le dire. Ça ne me gêne pas.
Mais c’est une ironie, après l’espoir que j’avais inventé.