Désirs et rêves s'effacent

Ce n'est pas de la honte, c'est bien plus compliqué, difficile à soigner. C'est l'impossibilité de se faire comprendre, d'obtenir le soutien dont j'imagine avoir besoin. Je n'ai pas de raison de donner de mon temps, d'étaler la sagesse ou la délicatesse patiemment cultivées. Il est clair que personne ne désire m'entendre, et qu'au fond j'ai tout fait pour en arriver là. Ceci dit je ne sais quelle conclusion tirer de cet idiot constat. Le temps est dépassé, et les épreuves n'auront apparemment jamais de fin. Je ne peux plus me dire que ce n'est qu'un mauvais moment à passer. C'est la vie qui m'est proposée, imposée, que je dois assumer car je n'en aurai pas d'autre. Celles et ceux que j'aime me méprisent peut-être, en tout cas ils se tiennent à distance respectable de moi. Si ce n'est du mépris, c'est au moins de la haine, ou de l'indifférence... Enfin je ne sais pas, et sans doute est-il mieux de ne pas y penser. Désirs et rêves s'effacent, ce que je voulais faire n'est plus qu'un souvenir que je refuse de voir mourir. Quant aux options offertes, aucune ne me convient, mais je n'ai pas le choix. C'est ça le plus bizarre, cette fatalité qui me serre et m'étreint, qui lentement m'étouffe... Pas moyen de savoir pourquoi je m'y soumets, pourquoi je ne fais rien pour ne plus la subir. J'ai des amusements, mais rien d'intéressant. En somme ce sont plutôt des passe-temps abrutissants. Pour éviter de réfléchir à la fatalité. Pour éviter de voir qu'à ce train-là bientôt je n'aurai même plus le goût de respirer. Car après tout pourquoi devrais-je me forcer ? Je n'ai plus rien à y gagner. Souvent j'ai fait semblant de me désespérer, mais c'était une feinte, parfois ça ne durait que le temps de le dire... Cette fois-ci je ne sais pas. J'ai peur que ce soit vrai, c'est trop bien imité. J'ai beau attendre, patienter, tenter d'imaginer d'autres angles d'attaque, rien ne semble changer. Et le désir d'agir me paraît exténué. Ce qui me motivait est bien trop éloigné pour que je puisse croire que je vais le rejoindre, mais aucune folie n'est venu remplacer celles qui m'habitaient. Je suis juste trop sage, tristement raisonnable, quasiment résigné. Je ne suis pas d'accord, mais la force de fuir ou de me révolter m'a tout à fait quitté. À peine si j'ai encore le pouvoir de le dire. Encore un peu d'effort et ce sera fini. Je serai condamné à subir en silence, sans oser protester. Et cette fois mes rêves seront tous oubliés. Je n'aurai rien pu faire de ce que je voulais. À peine un peu de bruit avant de disparaître. Très peu, en vérité. Rien qui soit remarqué par qui devrait l'entendre. Celles et ceux à qui je voulais témoigner un amour insensé. En somme tout ce qui les a déjà menés à ne plus m'écouter. Donc, pourquoi continuer ? C'est au-delà de tout ce qu'on pourrait imaginer comme folle vanité. C'est inutile et creux... Et tout à fait embarrassant.

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