Ni vagues ni remous

Ça se précise, et puis cela s’égare en route… Ce qui en revanche apparaît a une étrange allure… Pas vraiment dégoûtant, mais très inhabituel ! En tout cas l’énergie recommence à se concentrer… Ce qui paraît de bon augure. Quant au reste… Le jeu de piste est embrouillé. Les éléments du rêve se modifient sans cesse. Mais il faut reconnaître qu’il y a de quoi !
On subit des pressions à peine imaginables. C’est très intéressant, mais ça complique un peu la vie. Quant aux benêts qui continuent à croire tout savoir… Le mieux reste de refuser d’y attacher de l’importance. On peut prêcher la vérité sans espérer être écouté. Mieux vaut penser que la patience sera récompensée. L’essentiel est de parvenir à se reconstituer. De cesser de s’éparpiller en tâches accessoires.

On pourrait croire que le rêve va toujours durer… Parfois je tends la main, je demande de l’aide, mais personne n’est là pour m’entendre pleurer. Aussi je suis bien obligé de m’y habituer… Que pourrais-je faire d’autre ? On croit qu’on a le choix, et puis on ne l’a pas… C’est ainsi, et basta ! À quoi bon réfléchir à ce que j’aurais dû faire afin de réussir ? Cela ne change rien. Cela ne fait que me miner lentement le moral. Il faut attendre qu’une idée nouvelle se présente. Une qui semble avoir des chances d’aboutir. Et pourquoi renoncer ? Cela ne change rien à la nécessité. Puisqu’il y a problème, il faut chercher à le résoudre. Même s’il n’est qu’une illusion.
Défricher le terrain sans jamais s’arrêter… Il serait bon d’avoir le courage de le faire ! Ne pas se contenter de triomphes factices… Ne pas toujours penser que le rêve suffit.
Pourtant cela semblait une très bonne idée… Au moins, cela cadrait avec ce qu’on savait. Mais, bon. Il n’y a pas non plus de quoi se lamenter. La mise était minime, et l’espoir n’est jamais réellement perdu. On a connu plus lourde chute, et on s’est relevé.
On ne peut pas savoir quand le succès viendra. Ni même si on sera capable de le voir. Il faut continuer à le chercher tranquillement, sans jamais s’inquiéter…

Le plus étrange est l’impression d’irréalité qui découle de tout ce silence… Tout se dérobe. On croit qu’on va pouvoir construire quelque chose, à tout le moins provoquer quelques réactions… Et puis, rien. Ni vagues ni remous. Les pierres jetées dans l’eau s’y enfoncent sans bruit. C’est plutôt amusant ! Ne serait-ce qu’un effet de la timidité ? Les pierres qu’on a jetées étaient-elles trop petites ? Comment doit-on les mesurer ?
Enfin, ce n’est pas grave. On n’a rien inventé de mieux que la patience pour faire passer le temps. Quant aux complications… Si on pouvait les éviter, ce serait déjà fait.
Rien n’empêche de s’amuser à supposer le pire. Ça n’a pas grande utilité, mais ça permet d’envisager quelques moyens de l’affronter. Tout en sachant évidemment qu’il sera toujours là où on ne l’attend pas… Il vaut mieux appliquer ce qui est décidé.
Pourquoi ne pas penser que cela va s’ouvrir à force d’insister ? A-t-on une meilleure méthode à proposer ? Au moins pour ça on n’a pas besoin d’être aidé… On n’a aucune idée d’où on pose les pieds. On peut tout supposer, et puis tout oublier. Ça ne changera rien à la situation. Tout ce qui est caché demeure hors de portée. Donc on avance et on bouscule ce qui paraît gêner… À force, on finit par glaner quelques informations. Des pièges aussi, bien sûr, mais cela fait partie du jeu. L’essentiel est de réussir à dresser une carte de tout ce territoire. On gobe tout, et on essaie d’analyser ce que c’était… C’est un peu lent, mais bon. Puisqu’il n’y a pas moyen d’avancer autrement… Mieux vaut se contenter que se ronger le cœur à vouloir être différent.
Tout de même, quel dommage… Mais ce n’est que partie remise ? Ça, j’aimerais le croire ! Car cela promettait quelques félicités de bonne qualité… Enfin quoi, c’est ainsi. On ne va pas non plus se rendre malheureux. Pour si peu ? Difficile à juger… Il faudrait essayer, pour bien savoir ce qu’il en est. Demain sera un autre jour. Et les mirages passagers seront vite oubliés. On se consolera du mieux qu’on le pourra. Il ne faut pas exagérer.

Le pouvoir attendu est bien long à venir… Heureusement, l’espoir est là, sinon on ne sait pas ce qu’on ferait de soi… Bien sûr, la vie en cette cage est plutôt monotone, mais puisqu’on sait que même les barreaux les plus épais finissent par s’user… Au moins, on peut les étudier, voir de quoi ils sont faits… On peut même parfois penser qu’ils nous protègent… Il faut bien s’occuper, et tâcher de tirer profit de la situation ! Et puisqu’on a fait pire… On peut s’imaginer qu’il s’agit simplement d’une dette à payer. Cela ne suffit pas à être pardonné, mais ça permet peut-être de s’équilibrer. Pourquoi ne pas penser qu’il suffit de subir ce qu’on a fait subir pour être délivré de la culpabilité ? Cela semble léger, mais si cela permet de s’acheter une conscience… Pourquoi ne pas tenter ? Quelle meilleure solution a-t-on à proposer ? Celle-ci est bancale, mais au moins elle existe ! C’est déjà mieux que rien ! En attendant d’enfin trouver moyen de réparer… En admettant que cela soit utile ? Hélas on est encore loin d’être aussi léger…

Un certain sentiment de supériorité

Avec tout ça on a encore une fois omis de préciser pourquoi on se faisait tant de tracas… Mais n’est-ce pas le but du jeu ? Réussir à couvrir tout d’un brouillard épais ? Il faut que tout soit vrai, mais paraisse factice… À tout le moins qu’on ne puisse jamais identifier ce qu’il en est. À croire qu’on a la sensation d’être exposé au vent mauvais… De ne jamais, jamais être assez protégé ! Il y a tant de gens qui nous veulent du mal ! Qui sont bien décidés à nous persécuter ! Tant de gens qui sont au courant du mal que l’on a fait ! Qui veulent nous punir ! Nous infliger ce qu’on mérite !
Car il n’est pas toujours facile d’être né différent… Souvent, on aimerait être comme les autres… Mais comment faire ? On est bien obligé de s’assumer tel que l’on est ! D’autant qu’il y a des bons côtés… Un certain sentiment de supériorité… Le sentiment d’appartenir à une certaine élite… On se console comme on peut !
Rien de tout ça n’est très sérieux… C’est de la poudre aux yeux, un labyrinthe destiné aux curieux enragés… Les soi-disant porteurs d’une bonne nouvelle… On leur a pourtant dit et répété que l’on n’avait besoin de rien ! Ils veulent nous sauver, c’est si gentiment dit… Ils ne se sont pas vus ! L’autosatisfaction leur dégouline des narines ! Qu’ils nous laissent chanter comme chantaient nos pères, et leurs pères avant eux… En vérité, ils sont envieux. Ils aimeraient bien posséder une aussi belle certitude ! Et c’est là qu’on se fait piéger à les prendre en pitié ? Ça ne mérite pas qu’on s’inquiète pour si peu. Quand ils en auront marre, ils iront voir ailleurs, sauver d’autres pécheurs… Tout du moins, d’après eux ! Car leur charmante vérité est plutôt rapiécée… Un bricolage infâme ! Voilà ce qui arrive quand on veut tout changer… Il faut être fidèle, ne pas se dévoyer… Ne jamais discuter la consigne donnée. Au moins cela permet de ne pas s’inquiéter. Quitte à faire semblant d’être inquiet pour rassurer ceux qui le sont… Il n’est pas interdit de s’amuser un peu ! Certes, c’est un péché, mais il est si petit… Ça console des misères que l’on doit endurer.

Cela faisait des nœuds

En vérité ça ne vaut pas la peine d’en parler. C’est quelque peu chétif. Plutôt inconsistant.
Il y a quelque chose de purement ludique qui paraît faire obstacle. Il faut que cela soit très léger et très doux. Pas de drame cosmique.
La première partie de sa vie venait de s’achever. Une suite de défaites, de désillusions. Et il était plutôt content que ce soit terminé.
Mais il s’était bien amusé. Il avait profité sans discontinuer. Elles avaient été nombreuses, à lui courir après ! Et son petit baigneur avait pu faire trempette autant qu’il le voulait…
Évidemment il y avait eu quelques aspects pénibles… Il avait eu du mal à se dépatouiller de certaines histoires… Et puis il avait cru à ses propres mensonges, ce qui est souvent fatigant.
Néanmoins il voyait que quelque chose lui manquait. Une certaine aisance, le confort assuré. Il n’était pas inquiet, mais ça semblait dommage.

Cela faisait des nœuds, cela s’entremêlait. Il était impossible d’aller plus loin que ça. Ça se perdait dans la marée, dans le courant du temps. Ça se donnait des airs prétentieux, insolites… Il n’y avait apparemment rien d’autre à en tirer. C’était peut-être plus léger que ce que l’on savait. On n’avait pas encore fini de retourner les étiquettes. On n’avait pas encore trouvé la discipline nécessaire. Et c’était embêtant. Même plutôt gênant.
Tout cela méritait d’être considéré. À croire qu’il suffisait d’un léger coup de pouce pour être à la hauteur de la tâche entreprise. Pas vraiment de l’espoir, mais de la vanité. Le pouvoir de rêver, et puis d’imaginer que tout serait possible. L’obstacle n’était pas là où on le voyait. Il était là, à l’intérieur, dans la façon de regarder. On pouvait tout imaginer, et refuser d’y croire. C’était un exercice dépourvu d’intérêt. Le plaisir de se dire que l’on n’était pas dupe. Alors qu’on savait bien qu’il aurait fallu l’être ! Mais c’était fatigant, peut-être dangereux. Du moins était-ce ainsi que l’on voyait la chose. Un genre de bêtise, d’entêtement livide. Comme si l’on craignait d’avoir à exposer une faiblesse singulière, peut-être imaginaire mais bien argumentée.
C’était un petit homme qui pour la première fois mettait un pantalon. Et il pensait que celui-ci était un peu trop long. Néanmoins il faisait comme s’il était content. Il se donnait des airs et faisait l’important. Heureusement sa mère est venue le chercher pour l’emmener dîner. Il commençait vraiment à nous casser les pieds.

Évidemment il y aurait beaucoup de choses à avouer. Et j’ignore par où il serait bon de commencer. Un peu « la longue nuit du cœur itinérant »… Il est sûr qu’en vidant le sac je serais au courant de ce qu’il y a dedans… Et que j’aurais moins peur de le montrer sans le vouloir… Et de toutes façons cela me permettrait de mieux cerner le rôle… De le considérer en tant que phénomène pouvant être étudié…
Il avait beaucoup lu. Beaucoup trop lu, peut-être. Et surtout il avait écouté des chansons… Il y avait de quoi avoir l’esprit faussé !
Il se donnait un genre, alcoolique anonyme, mais il ne savait pas vraiment qui il était. Rien qu’une « marionnette un peu trop indiscrète » ? Pour un peu, il aurait aimé pouvoir le croire… En tout cas il savait qu’il n’avait « pas ce qu’il fallait pour réussir dans les affaires »… Mais jusque là jamais il n’en avait été gêné.
Il aimait qu’on lui dise qu’il était nul à chier. Ça lui donnait l’occasion de penser le contraire. Son esprit de contradiction lui causait du souci ! Il n’était pas toujours facile de ne jamais être d’accord. Surtout quand on lui proposait la réussite clé en main.
Il avait tant souffert de ce petit travers qu’il en était venu à chercher un moyen de s’en débarrasser… Mais pour ça il était forcé de se ruser. De se faire croire qu’il y avait de quoi se révolter.
On lui avait tant reproché de toujours se tromper ! Mais il faisait ce qu’il pouvait, et était désolé que cela soit si peu… Comment aurait-il pu se détacher de ce penchant à la révolte perpétuelle ? Il crachait dans ses mains, il retroussait ses manches, mais finissait par refuser tous les cadeaux qu’on lui faisait.
Il avait épuisé tous ses rêves d’enfance. Il préférait penser que ce qu’il désirait était incompatible avec la vérité. Il fallait bien qu’il trouve un semblant d’équilibre ! Quoi qu’il puisse tenter, il ne faisait jamais ce qu’il aurait dû faire. Il cassait tous ses jouets de peur de les aimer. Il préférait tout refuser qu’avoir à remercier. Il n’était pas malade, mais il était certainement quelque peu perturbé !

Il est certain qu’ainsi on pourrait faire le bonheur des petites grands-mères… Mais, bon. On voit très bien où ça pourrait mener, et on n’a jamais dit qu’on voulait y aller. On a la méchanceté très fermement ancrée ! On préfère crever que dire la vérité. D’autant que celle-ci est plutôt tendancieuse… Cela revient toujours à se défigurer. On aime mieux être sincère que s’appliquer à ressembler au modèle imposé. Et on se contrefout de l’efficacité ! S’il faut perdre l’acquit, autant ne rien gagner. On préfère donner plutôt que recevoir. C’est plus satisfaisant, et moins compromettant. Et puis on ne voit pas à quel titre on devrait se montrer agréable ! On n’a pas obtenu ce que l’on désirait. Et pourtant on estime avoir fait tout ce qu’il fallait afin de l’obtenir ! On s’est couché par terre et on a fait le beau ! On a léché la main qui nous assassinait ! Enfin, un gros paquet de rancunes stériles, d’émotions malhonnêtes et surtout très exagérées… Ce n’est pas avec ça que l’on va réussir à être présentable.

De la paresse sous les ongles

Jamais il n’y aura d’aussi profondes ruses que celles que j’imagine. Ce serait ridicule. Et disproportionné. Il n’y a pas besoin d’aller chercher si loin ce qui est là, tout près. Cependant, il y a comme une cohérence dans toute cette histoire qui la rend plutôt intéressante… Il est certain que cela fait un délire bien juteux…
Je ne désespère pas de parvenir à ce que tout soit publié un jour. En espérant que ce ne soit pas à titre posthume ! Enfin, ça fait de la misère à gratter au couteau… De la paresse sous les ongles.
Pourtant ça fait de la colère dont on ne sait que faire… Ce n’est pas insultant, ni même menaçant, mais c’est de temps en temps légèrement déprimant. On en viendrait à croire que l’on est condamné à rester dans l’armoire. Et celle-ci est loin d’être très bien aménagée !
Bien sûr, j’ai déconné. D’ailleurs, j’ai l’impression de ne faire que ça à longueur de journée. Mais ce n’est pas un parti pris ! Du moins n’ai-je pas l’impression de l’avoir décidé. Je veux croire que je peux réussir à m’en arracher. Ne plus avoir à supporter toutes ces injustices. Pourquoi devrais-je croire que ce n’est pas possible ? Qui donc a décidé de m’enterrer vivant ? J’ai besoin d’air et de lumière. Je ne veux pas rester ici.

C’est charmant, et pourtant à force ça finit par faire mal aux dents… Quoi qu’on en dise c’est pénible. Aucun rêve ne pourrait combler tout ce manque à gagner. C’est minable et minant, quand ce n’est pas désespérant. C’est lourd et lent, et ça prétend ne plus jamais bouger. L’idée que c’est définitif demeure inadmissible. Il faudrait réagir, ne pas se laisser faire. Mais comment ? C’est tellement pesant !

Quelque chose de trouble

Peut-on faire autre chose que chercher à rejoindre ce qui demeurera toujours hors de portée ?
On ne peut pas savoir ce qu’il faut en penser. À peine convient-on qu’il y a là-dessous quelque chose de trouble. Mais il ne s’agit pas d’une intention de nuire. À peine des combines. Et le reste, vraiment, ce n’est pas très intéressant… Ce n’est pas avec ça qu’on va trouver moyen d’échapper à la ronde.
Je sais qu’il serait bon de décrire en détail le monde parallèle… De montrer l’influence qu’il a sur celui-ci… Et aussi d’expliquer et de justifier les choix qu’on a dû faire… Mais ?
Mais vraiment rien de rien, c’est ça le plus marrant. Ça ne peut pas se justifier. Ça ne mérite pas qu’on y prête attention. Mieux vaut continuer à regarder ailleurs. À chercher la lumière parmi tous ses reflets. Ce qui évidemment ressemble à une excuse pour se dissimuler… Mais cela fait partie du jeu. On ne peut pas montrer ce que personne ne veut voir. Il faudrait insister, et pour ça il faudrait y trouver avantage. À tout le moins y croire. Où l’on voit qu’avant tout c’est le soutien qui manque. L’ouverture d’esprit. Et puis ce n’est vraiment pas très intéressant. On ne sait que trop bien que ce n’est pas réel. Ceci dit sans malice. Avec même une vague nuance de tristesse et de mélancolie. Parce qu’on a envie de se faire des amis, malgré ce qu’on en dit. Qu’on n’est pas sûr d’aimer être dissimulé. Qu’on n’aime pas se dire que cette solitude est dans l’ordre des choses. Que quoi qu’on fasse on ne pourra jamais y échapper. Mais à quoi bon pleurer ? Ça n’a jamais rien arrangé. Ça défoule, bien sûr, mais ça ne donne pas de meilleure solution.

Quand bien même on pourrait, oserait-on le faire ? La nuance est de taille, car il y a l’idée qu’il faudrait affronter certaines conséquences… C’est factice, bien sûr, mais plutôt amusant. Ça montre qu’il y a toujours moyen de défier l’adversité quand on l’a décidé. Ce qui évite de laisser la question de côté… Et qui permet peut-être d’enclencher un processus qui pourrait amener un changement de perspective. Nul doute qu’il y ait là de quoi réfléchir !
Mais souvent on se dit qu’on passe beaucoup trop de temps à réfléchir… Que cela paraît nuire à la poursuite des projets… Qu’il faut savoir agir sans le moindre prétexte, par simple impulsion… Ce qui évidemment paraît très séduisant. Du moins en théorie. Car, au niveau de la pratique, il faut bien essayer de comprendre pourquoi cela ne marche pas comme on l’a décidé ! Au moins, cela permet d’essayer de s’améliorer ! De ne pas toujours croire que l’on sait tout de tout ! Et la ronde reprend… On attend le déclic, tout en disant qu’on aimerait pouvoir le provoquer… Alors qu’en vérité on fait tout pour le fuir ! De peur d’avoir à tout changer ?

Quelque chose de vrai

C’est très intéressant, mais ça n’empêche qu’on ne peut pas continuer ainsi. La lâcheté ne saurait être la meilleure solution. Même si elle permet de se glisser partout. Enfin… à ce qu’on dit !
Autant se laisser faire que discuter sévère… Il est vrai que la légèreté semble un peu imprudente. Surtout sans disposer des moyens nécessaires. Et puis, il faut bien faire acte d’autorité. On ne peut pas se contenter de ne rien décider. Il faut de temps en temps montrer que l’on existe, et puis élaborer quelque chose de vrai, même si ce n’est jamais aussi beau que ce qu’on a rêvé. Le pouvoir ne vient pas sans qu’on l’ait désiré, recherché, qu’on ait fait quelque chose pour le mériter. Invoquer la fatalité est une lâcheté.
Quant aux problèmes qu’on nous pose… Ce n’est pas en baissant les bras qu’on pourra les régler. Il faut tâcher de les résoudre, même si on aimerait ne pas être obligé de s’en préoccuper. Il y a sûrement du bon à en tirer. Ne serait-ce que de l’assurance. Celle-ci n’a rien de négligeable ! Au contraire !
La vie n’a rien d’une galère. On sait depuis longtemps que ce n’est qu’une question d’interprétation. La voir ainsi n’est qu’une méthode, et pas des plus efficaces !
Évidemment on aimerait que ce soit plus facile… Et il est bien certain que c’est envisageable… Mais pour y arriver, il faut faire de l’impossible un joyeux souvenir… Au lieu de s’exciter en exigeant que les épreuves soient à notre portée. D’autant qu’en vérité elles le sont sûrement.

Rien de tout ça ne nécessite qu’on se prenne le chou. Ce qu’on ne comprend pas n’a rien d’une fatalité. Et de toutes façons cela n’est pas si grave. Il n’est pas nécessaire d’insister pour que tout ressemble à ce qu’on aime. Il faut laisser le temps aux choses de se faire. L’impatience n’a jamais permis de transformer le monde. Et ça n’a rien à voir avec de l’impuissance. C’est juste la méthode qui est incorrecte.
Ce qui ne marche pas comme on l’a désiré ne doit pas nous pousser à tout sacrifier. C’est disproportionné. Extrêmement exagéré. Il faut se contenter de faire ce que l’on peut en attendant le jour où on pourra faire plus. Et ce n’est pas se résigner. C’est juste conserver le sens de la mesure. C’est compatible avec l’espoir et la confiance en soi. Ce qui est impossible peut devenir possible. Il suffit de trouver la méthode adéquate. Et puis d’entretenir une résolution sans faille. Ne jamais se laisser abattre. Ne jamais accepter ce qui est imposé. Le défaitisme n’a jamais eu le moindre avantage.
Reste qu’on aimerait ceci ou bien cela qui semble inaccessible… Et que certains désirs semblent contradictoires. Il est certain qu’on ne peut pas avoir le tout et son contraire, du moins en même temps. Il vaut mieux s’attaquer à ce qui est possible avant de s’épuiser sur ce qui ne l’est pas. Il faut être à l’écoute des signes et présages… Et surtout éviter les conflits insolubles.

Les sentiments bien sûr sont difficiles à maîtriser… D’autant qu’on est plutôt tenté de s’y livrer sans jamais réfléchir… Et que ça vaut peut-être mieux. On ne peut espérer les faire disparaître. Du moins sous le prétexte que ce serait plus confortable. Il faut savoir ce qu’ils expriment avant de les juger. Comprendre dans quel sens ils veulent nous entraîner. Et même ainsi parfois cela ne suffit pas. Il faut aussi savoir de quelle façon ils se sont accrochés. S’il y a une erreur, il faut la découvrir. Aller jusqu’à pouvoir tout réinterpréter. S’ils semblent insensés, il y a forcément une erreur quelque part. Ça correspond à un défaut de sensibilité. Quelque chose dont on a préféré ne pas tenir compte, parce que sur le moment ça semblait plus facile. Tout est enchevêtré, mais tout est cohérent. Chaque déséquilibre correspond à un choix. Et chaque abus se paye.

D’autres masques encore

Tout se complique vite. Je crois qu’il vaudrait mieux s’abstenir de juger. On n’est pas là pour établir un catalogue des manières de faire et de défaire. On veut juste échapper à la cage en osier où on est enfermé. Sans pour autant sacrifier ce que l’on a gagné. Sans pour autant trahir.
On vient de se mentir, mais on ne s’entend pas. On est toujours suspect de désirer mourir.
Je ne vais pas vous dire que ça me fait plaisir. J’aime bien le silence, et parfois celui-ci est trop long à venir. Les masques sont tombés, mais derrière il y a d’autres masques encore. Il n’y a pas de fruits, pas de branches à couper. Le trésor qu’on recherche n’est pas de ceux qu’on peut garder dans une boîte à chaussures.
Le chemin que l’on suit se perd dans les broussailles, mais ce sont des broussailles où on aime se perdre…

Tout ça est trop éloigné des affaires publiques. Et puis il faut élaborer quelques méthodes plus austères. Quelque chose dont on puisse faire semblant d’être fier. Pas toujours se livrer à des conflits secrets sans aucun intérêt.
L’horizon se dégage, mais il y a encore d’étranges phénomènes… On croit avoir besoin de se justifier à longueur de journée. Ce n’est pas avec ça qu’on va réinventer l’enthousiasme perdu !
Plus près du cœur, encore en train de raconter comment ça s’est passé… Pensant de bonne foi qu’il faut tout expliquer… Mais qui pourrait trouver du plaisir à l’apprendre ? Il faut se contenter de raconter ce que l’on fait. Pas besoin d’insister, de répéter encore une fois ce qu’on a déjà dit.
N’importe quoi pour justifier l’appétit de silence… On veut juste étudier le décor et le rôle avant de se lancer. Essayer d’éviter les mauvaises surprises.
Il n’y a pas vraiment de système à trouver. Les recettes s’imposent au fur et à mesure.
Je n’avais pas encore trouvé ce que j’aimais. Je me fiais aux rumeurs, j’essayais d’imiter ce que faisaient les autres. Le but que je visais me semblait incroyable. J’avais envie de l’épuiser avant d’être contraint de vraiment le rejoindre. Ne plus être appelé, ne plus sentir le rêve m’aspirer vers demain. J’imaginais avoir compris qu’il fallait renoncer avant même d’essayer. L’ambition n’avait soi-disant aucun secret pour moi.
C’était une existence austère et méprisable. Il n’y avait aucun moyen de deviner comment ça allait évoluer. Le point le plus certain était que ça participait d’une fuite en avant. Il y avait beaucoup plus de choses à conter que de mots pour le faire. C’était une avancée, une dilatation épouvantable et fantastique. Les moyens de lutter contre une telle fièvre étaient autant de pièges.
Il est certain qu’il faut découvrir une analogie. Ne pas chercher à raconter ce qui est arrivé, mais le faire revivre. Montrer en quoi le thème est toujours efficace. Montrer que les situations se répètent sans cesse.
Quant à la préfiguration des longues solitudes… On doit pouvoir arranger ça avec délicatesse. Il n’y a pas encore de quoi se résigner à la fatalité. C’est embêtant, bien sûr, mais pas désespérant. Ça vaut sans doute mieux que ce qu’on imagine.

Il n’est pas si certain que l’on prenne plaisir à ne croire qu’au pire. Car il est bien présent, consistant, menaçant. Il faudrait pour en rire se sentir à l’abri. Et on est trop sujet à des sautes d’humeur pour espérer compter sur soi. On craint d’avoir à affronter des dangers bien réels. Même en cherchant toujours à prendre ça à la légère, on craint que le courage finisse par manquer.
Il y aura toujours des raisons de douter. Du moins dans la mesure où on voudra le faire. Le silence des pères ne devrait pas sembler aussi exaspérant. Au contraire, il y a un avantage à y trouver. L’occasion de comprendre, de s’ouvrir et d’apprendre. Il n’y aura jamais de véritable trahison. Pour ça, il faut des engagements, et on s’est efforcé de les éliminer. On peut même penser que le ciel se dégagera quand on aura fini d’éliminer tous ceux qui restent. « La prison est en toi… » Car l’inconnu est toujours là où on ne l’attend pas. L’inconnu n’est jamais ce que l’on sait déjà. C’est tout ce que l’on croit savoir qui empêche de le voir.
Tout ça ne me dit pas à quel instant je vais oser faire le premier pas. J’attends l’inspiration, l’évidence aveuglante, mais rien ne prouve que ce soit là la meilleure solution. Il faut que je me force, que je me pousse au cul. Que je décide d’accrocher le premier rêve qui passe.
C’est vraiment embêtant de ne pas se sentir assez déterminé. On sait qu’il faut le faire, mais cela se disperse. Tout est bon pour ne pas oser. Les bons prétextes à ne rien faire se comptent par milliers.

Il faudrait que la crise soit encore plus sévère pour qu’enfin on décide qu’il faut réagir. Ne pas se laisser faire par les marchands de bonnes manières. Ne pas abandonner tout espoir de survivre. Il faut que l’exaspération atteigne enfin son comble. Dès qu’on aura fini de faire le mariole… De croire qu’il suffit de jouer la fille de l’air… De jouer à l’éternel illustre méconnu… De croire qu’on a droit à de plus grands égards… Dès qu’on aura fini de jouer à faire semblant au lieu de jouer à être pour de bon ce que l’on prétend être.
Cela n’a l’air de rien, mais cela fait beaucoup… Il faut s’exténuer à se discipliner… Se relever les manches, s’appliquer à la tâche… Affronter des difficultés qu’on n’imagine pas. Par la même occasion se mesurer à celles qu’on connaît déjà… Enfin, prendre des risques, au lieu de se bercer d’une gloire illusoire… Le même processus se répète sans cesse. Il serait bon de découvrir un moyen d’en sortir définitivement. C’est fatigant, désespérant. On n’a pas besoin de monter si haut pour redescendre ensuite. Il serait bon de cultiver le sens de la mesure. C’est peut-être grisant, mais c’est exténuant. L’énergie gaspillée doit être conservée pour faire du meilleur travail. Pour gagner en intensité.

Le démon du bien

Il faudrait que ça dure des semaines entières, pour qu’on soit délivré. Mais délivré de quoi ?
Bien sûr, que ça fait mal. Mais, quand on aime… Et puis, autant le dire : on veut se faire du mal. Changer de peau.
Mais à quoi bon se justifier ? On est toujours suspect de ne penser qu’à soi. Ce qui hélas est vrai dans la plupart des cas. On cherche à s’accomplir, et à s’équilibrer. On veut jouer le rôle qui nous est imposé par la nécessité. Du moins, celle que l’on voit. Le choix n’existe pas.
On pourrait faire semblant, mais pour ça il faudrait un peu plus d’assurance, un peu plus de courage… Être absolument sûr de ne pas se faire prendre. Défier le contrôle sévère de l’autorité. Et pour ça il faudrait être plus motivé. Tout compte fait, il est plus simple de se laisser manipuler et diriger… Renoncer au contrôle semble plus confortable. D’autant qu’on n’est pas sûr que ce que l’on propose puisse être préférable… La liberté de se tromper n’est pas toujours tentante. Comment être certain de ce que l’on ignore ?
On n’aime pas se faire avoir, mais il faut reconnaître qu’on l’a bien cherché. On n’a pas réfléchi. On a cru que les conséquences étaient sans importance. On a fait du mauvais esprit. On a voulu se battre avec plus fort que soi. On a cru qu’on avait le pouvoir de transformer le monde en battant des paupières. On a cru qu’on n’était plus attaché à rien, ou du moins on a cru qu’on pouvait réussir à se le faire croire. Que ce que l’on savait était si important qu’on pouvait piétiner les fleurs de son voisin. Qu’il serait satisfait qu’on sème le désastre dans ses plates-bandes.
Mais non. En vérité, c’était plus droit que ça. On voulait tout donner, au lieu de le garder pour soi. On était dévoré par le démon du bien. On croyait qu’il fallait déborder de bonté. Donner sans s’arrêter, et quel que soit le prix. Conserver l’avantage en se montrant toujours plus généreux qu’autrui. Quitte à se sacrifier pour qu’il puisse être heureux.

Sans doute aurait-on dû tracer des arabesques, et surtout expliquer où était l’intérêt de ce que l’on faisait… Mais on avait besoin de se dissimuler. Sinon ça n’aurait pas marché ! Il n’y a pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures… Et, de toutes façons, le reste importait peu… Le but que l’on visait était si éloigné de ce que l’on vivait qu’on était obligé de tout laisser tomber. On l’avait aperçu, et on avait compris qu’on devait le rejoindre à n’importe quel prix. Quitte à mentir, quitte à trahir, à se défigurer… Quitte même à mourir, pour ce qu’on en savait ? Cela faisait partie des risques acceptés ?
C’était comme une ivresse. Une illumination. On voulait témoigner, prouver la vérité, mais ça semblait si vaste ! On pouvait juste le montrer, sans pouvoir l’expliquer. Les mots semblaient insuffisants à dire ce prodige. Il fallait en priorité apprendre à s’en servir. Et cette science-là faisait aussi partie de ce qu’on voulait dire. Et on était toujours en train de faire semblant de s’égarer ?
On ne peut pas nier qu’on ait fait des progrès en matière de misère… Celle que l’on pratique est plus argumentée ! Pour un peu, on aurait la sensation d’être parfait… Seule la prudence nous retient. Tout ça n’a rien de sympathique, mais c’est très amusant. On irait même jusqu’à pouvoir en rire des jours entiers !

Et puis je ne sais pas. Peut-être y avait-il un espoir à trouver à tout foutre par terre… Comme s’il ne s’agissait que de prendre la tête d’un convoi mortuaire. Peut-être pouvait-on espérer s’échapper… Mais s’échapper pour aller où ? Les sirènes chantaient… Et on les écoutait, charmé et envoûté. Pensant ne plus jamais avoir besoin de respirer. Mais avait-on le choix ? Qui aurait pu nous empêcher de plonger pour les suivre ? Qu’avait-on à nous proposer qui soit plus séduisant ?
Il y avait de l’enthousiasme. Un enthousiasme fol. Il a fallu longtemps avant qu’il se dissipe. Il a fallu apprendre à appliquer ce qu’on savait. Apprendre à s’exprimer, et à se faire entendre. Étudier le tourment sous toutes ses facettes. Apprendre qu’il fallait aussi le respecter.

Tout cela est vraiment très difficile à dire. C’est trop énorme, multiforme, changeant. On est vite saturé d’informations apparemment contradictoires. Néanmoins il faut bien tenter de le ranger. D’essayer d’en tirer un témoignage cohérent.
Évidemment c’est avant tout une question d’angle de vue. Si on se place bien, on peut envisager l’ensemble du problème. Ce n’est pas une question de style ni de vocabulaire. « Ce qui se conçoit bien… » Le style vient après, une fois qu’on sait ce qu’on veut dire. À moins que ?…
Il est certain que l’esthétisme permet de progresser rapidement. Il y a des fulgurances, des courts-circuits avantageux… Mais enfin, il faut bien maintenir l’équilibre. Et laisser la priorité à la compréhension. Interpréter trop vite conduit à se mentir. Il faut tout embrasser avant d’être capable d’en porter témoignage. En conséquence il faut ôter ce qui empêche d’accepter. La confusion n’est pas dans le langage. Elle se trouve en amont, et on ne fait que l’exprimer. Il y a des conflits, des visions refusées. On croit être incapable de se faire entendre. On croit qu’il faut absolument trouver des compromis. Et ainsi on altère ce qu’on a à transmettre. On fait face à de l’insistance, à de l’intolérance. On n’est pas toujours sûr de la nécessité de s’imposer.
Tout semble se réduire à une question d’honnêteté. On pense volontiers que la sincérité pourrait la remplacer… Ne peut-on pas plutôt les faire coïncider ? Ça semble bon à étudier… Avant de se noyer dans la futilité ? L’amour a des vertus que l’on ne connaît pas. Et il n’a pas besoin de se justifier.

Un dérangement considérable

Conversations interrompues… Car pour moi c’est peut-être ça le plus magique. L’amusant sentiment de solitude surpeuplée.
C’est vrai qu’il faut s’y croire un peu, se reconnaître en son miroir… Et que le seul danger est de s’arrêter là.

Voulez-vous vraiment voir à quoi cela ressemble ? C’est assez ordinaire, et pas du tout joli.
C’est le briseur de rêves qui veut toujours parler.
Quant au silence qui nous aspire… On se doute qu’il faudrait oser y succomber. On fonctionne en roue libre, sans savoir où aller, et parfois on voudrait pouvoir se retrouver. Il est invraisemblable de ne pas parvenir à se déterminer. D’autant qu’on se connaît : on sait qu’on n’est jamais en accord avec soi, du moins en apparence. On est toujours en train de faire ceci ou bien cela, qui exige l’oubli.

Il est sûr que l’élan ne pourra plus être le même. Néanmoins, quel qu’il soit, il saura s’imposer. Trouver moyen de provoquer l’impression de nécessité urgente et absolue. Pas simplement un passe-temps de dilettante fatigué. Pas simplement cette prudence extravagante habillée de patience. Il y aura la certitude, le goût de transgresser. Et puis la vanité auréolée de gloire… De quoi penser que l’on pourra faire de grandes choses. Pas simplement s’exténuer à vouloir être différent.
Il faut un ennemi, un combat à mener. Pouvoir justifier le désir d’avancer. Pas simplement se protéger : conquérir quelque chose. De la rage peut-être, ou de la volupté.
Faut-il attendre une éclaircie qui ne viendra jamais ? Sur qui peut-on compter pour se désengager ? D’ailleurs sait-on de quoi il faudrait se désengager ? Cette prison mentale est-elle si confortable ? Qui cherche-t-on à vaincre, à entraîner à notre cause ? De quelle nature est le soutien qui paraît faire défaut ?

Et puis pourquoi ne pas plutôt en faire tout un plat ? Quel mérite y a-t-il à tolérer n’importe quoi ? Pourquoi est-ce si fatigant, et si exaspérant ? Pourquoi est-on si triste aussitôt qu’on y pense ?
Il faudrait ausculter l’impossibilité. La laisser raconter tous ses petits secrets. Le flux des circonstances, accablantes, fatales. Les pièges, les menaces, peut-être imaginaires, certainement étranges. Toute la complexité de la médiocrité. Les fameux souvenirs dont on voudrait sortir. Les appétits frustrés, jamais rassasiés. Et la difficulté à se croire incroyable.
Et pourtant ce n’est pas vraiment de la tristesse. Ni même du dégoût. C’est plus sournois que ça. Ça parle d’injustice, de rancune, de crainte. Il n’y a pas moyen de se tirer de là. Il faudrait quelque chose que je ne connais pas, dont je n’ai pas la moindre idée. Aucune phrase dite ne semble convenir. Aucun événement parmi tous ceux qui sont répertoriés. Aucune stratégie, combine ou comédie. Il faut être sincère, oublier ce qu’on sait. Abandonner l’espoir de pouvoir tout prévoir. Enfin se laisser surprendre. Que l’inconnu se manifeste, propose quelque chose qu’on n’imaginait pas. Il y a forcément un moyen d’en sortir. Un petit changement de perspective ou d’habitudes.
Et puis en même temps cela semble si pur… Dénué d’artifices… On ne voit pas pourquoi on n’en sourirait pas.
Quoi qu’il en soit ça va faire mal, même si pour l’instant on ne sait pas à qui. Il est certain qu’à force le vernis va craquer. Qu’à force on va se dire que c’est trop humiliant. Qu’il faut faire quelque chose pour que cela s’arrête.

Après tout le passé on peut s’en séparer sans que ça change rien. Si bien qu’on ne voit pas pourquoi on le ferait. On n’a pas l’impression d’en être très gêné. Et, vu ce qu’il en reste, cela paraît précieux. Au moins, ça donne envie d’être un peu plus heureux. On sait qu’on peut le faire, qu’il suffirait de s’y remettre. De trouver un moyen de renouer le fil qui a été brisé. En admettant bien sûr qu’il ait été brisé. Ce qui pour le moment n’a pas l’air évident.
Tout ça ne semble avoir que si peu d’importance ! Car ce n’est pas ainsi qu’on pourra retrouver l’audace nécessaire. Il y a un certain nombre de désillusions entêtantes, encombrantes, dont on ne sait que faire… On voit bien qu’il faudrait faire sauter la poudrière. Mais pourquoi faire ? Pour faire des pirouettes et se trouver joli ? C’est dépourvu de sens, de légitimité. Au moins, en continuant comme on a commencé, on est certain de ne pas faire de nouvelles erreurs. Tout du moins, on l’espère, tout en se rendant compte que c’est sans doute pire.
C’est bien le désespoir qui me pose problème. Il n’y a pas de proie ni d’ombre, pas d’avenir à l’horizon. Il faut le décider, et j’ai la sensation d’être trop fatigué, ou de ne pas le mériter. Décider quelque chose reste toujours pour moi un dérangement considérable. Je ne sais pas le faire avec légèreté. Ou alors je le fais sans m’en apercevoir… Et cela vaut peut-être mieux.

Trouver un compromis

En vérité ce qui se passe est entièrement nouveau. Du moins est-ce la première fois que j’en ai connaissance.
Quelle ironie jolie ? Je fais ce que je peux pour me sentir au mieux de mes capacités. Et ce n’est pas toujours facile !
Il est certain que vue ainsi l’histoire est différente… Et par certains côtés beaucoup plus séduisante. Cela explique des malaises, des incompréhensions et des absurdités… Mais il manque encore trop d’éléments importants. Ce n’est pas cohérent, on ne peut pas l’utiliser. Et puis c’est si sérieux ! N’y a-t-il vraiment pas moyen de rire un peu ?
Je veux bien croire que c’est moi qui prend tout au tragique. Je ne me vois pas faire, mais je ne peux pas dire que j’en sois étonné. Je me sens humilié, légèrement vexé. Peut-être me faut-il le temps d’assimiler la nouveauté. Et puis j’aimerais bien trouver un compromis, une interprétation un peu plus confortable. Ne pas être obligé de me cacher pour exister.
Et puis surtout je ne veux pas oublier mon travail. J’ai un livre à écrire, d’autres à publier… De façon générale, j’ai ma vie à construire et à améliorer, pour qu’elle me paraisse un peu plus agréable. Trouver l’indépendance qui me manque depuis si longtemps. Pouvoir être content de moi, et m’accorder quelques loisirs… Corriger mes erreurs sans faire trop de dégâts…
Cette histoire de bouquin que je ne parviens pas à commencer me prend vraiment la tête. Je ne sais pas quoi faire pour que l’impulsion vienne. Je ne sais pas ce qui me manque, mais ça devient pénible !
Ce que j’ai à sortir est-il si difficile ? Ai-je honte du rôle que je vais devoir jouer ? Ai-je peur d’avoir l’air plus con que je le suis ? Ai-je la sensation que c’est trop important pour être dévoyé ? Quel est le sentiment qui m’empêche d’oser ? Une fidélité ? S’agit-il d’un accord secret ? Qu’est-ce que je pourrais faire pour en prendre conscience ? Comment pourrais-je me convaincre de laisser la lumière pénétrer jusque là ?
Je vois le thème et la manière, mais je ne parviens pas à l’extérioriser. Il va falloir que je me force à en parler plus librement. Que je ne craigne plus de dire la vérité.

De lourdes insolences

C’est de la viande froide, et pourtant ce n’est pas du tout ce que l’on recherche. En tout cas c’est très loin de ce qu’on dit généralement… On a juste besoin de comprendre comment cela reste attaché. Le reste importe peu. Ça fait juste partie du paysage à étudier. Le conflit n’est pas là, et n’y sera jamais.
Coexistence pacifique en forme d’ignorance… Chacun prie Dieu de son côté, et ne tient jamais compte des prières d’autrui. On se voit convié à des danses macabres… Et le travail à faire attend le lendemain. Tout est réduit aux dimensions d’un transport en commun. Alors on fait semblant de charmer les serpents… Et on est fasciné par la beauté de leur regard.
Quant au passé, évidemment, il reste silencieux. Sérieux, peut-être pas, mais parfois prétentieux. De lourdes insolences qui finissent à la longue par être séduisantes… On ne va pas creuser la question plus longtemps, dit-on à chaque instant… C’est comme s’il manquait une pièce essentielle pour tout reconstituer. Alors on est bien obligé de continuer à la chercher ! On donne des petits coups de pioche au hasard… Là où l’on sait que c’est obscur… Là où l’on continue à ne rien comprendre… Mais c’est sans doute ailleurs qu’il convient de chercher. Et puis, c’est le regard, qu’il faudrait transformer… Ces choses-là mettent toujours un certain temps à se produire… Même en le désirant, en le cherchant de tout son cœur… C’est l’ancienne vision, qui gêne, qui s’obstine à veiller sur ses prérogatives… Qui ne veut pas abandonner. Heureusement, à force, ça finit par se faire… Mais ça semble si long !

Nos chers colocataires

En même temps on continue à faire des pirouettes… Et cela semble aller de soi. Il faut bien qu’on essaie de trouver ce qu’on cherche. Et puis que l’on transmette le message à son voisin…
Je ne sais pas. Je joue l’obscur incorruptible, mais je ne possède pas suffisamment mon rôle. En plus, incorruptible… N’insistons pas. Celui qui aime se faire mal n’est pas incorruptible. Tout est question de taux de change.
Cela ne me dit pas où est la clé que je recherche. Dans ma poche, sans doute. Mais je dois réfléchir avant de m’en servir. Aux conséquences, et au profit que je compte en tirer. J’ai envie de concret. Je ne veux pas continuer à m’humilier pour rien. Je veux des résultats, quelque chose de tangible, de solide, de net. Sinon cela démontre que la stratégie est encore à revoir…

Le discours est encore curieusement désabusé. Comme si on avançait sans désirer le faire, uniquement sous la pression de la nécessité. Comme si on n’avait pas de message à transmettre. Ou plutôt comme si on n’avait pas vraiment envie de le transmettre. Comme s’il fallait d’abord obtenir quelque chose avant de s’y résoudre. Que la réalité paraisse enfin conforme à ce que l’on attend. Comme s’il y avait beaucoup d’inadmissible. Beaucoup trop pour prétendre y trouver du plaisir. Comme si on avait d’abord besoin de se faire respecter avant de consentir à donner son avis. C’est quoi, ce caca mou ? On n’a aucune envie que ça salisse le parquet. Nos chers colocataires sont priés d’aller faire leurs saletés ailleurs. Quand ils seront sincères, on pourra discuter. Sincères, et plus honnêtes. Pour l’instant, on ne voit que leurs vices cachés. Et leurs impertinences.
C’est quoi, ce gouffre sans issue ? Ça n’a aucune utilité. On a besoin de voir ce qu’il y a à gagner avant de continuer. S’il n’y a rien à espérer, autant ne pas jouer. Il y a des limites à la légèreté. Où est la volupté à combiner des artifices dépourvus de pouvoir ? Si ça ne marche pas, il faut se résigner à être plus sévère. Voire à se résigner à refuser de faire le moindre compromis. Ce jusqu’à obtenir le minimum d’attention dont on estime avoir besoin.

Avec l’ombre du Diable

D’accord on ne va pas s’empêcher de souffrir. De souffrir et de dire qu’on l’a bien mérité.
Tout à la fois on joue avec l’ombre du Diable ? Cela revient à lui donner une telle importance qu’on croit s’être trompé. Et de toutes façons ce n’est pas le Démon qui nous pose problème. Il y a confusion. Transfert de responsabilité.
Ce qu’il y a, c’est qu’on sent qu’on n’a aucune chance de s’en tirer vivant. C’est un jeu de massacre. On gagne d’une main ce que l’on perd de l’autre. Et encore. Souvent, on gagne moins. On insiste, on se fige, on ne fait plus aucun progrès. Que celui-ci soit relatif n’empêche qu’il vaut mieux ne pas rester sur place à se croire parfait. D’autant qu’on sait très bien qu’on est très loin de l’être !
Oui mais on a envie de se faire plaisir, de goûter aux délices qui nous sont proposés… Toujours y renoncer par soi-disant prudence finit par être usant. Déshonorant et humiliant. Est-on vraiment si faible qu’on se l’imagine ? Peut-être, mais on n’a aucune envie de le rester. On voudrait vivre plus à l’aise. Ne pas toujours se dire que le risque est trop grand. Ne pas toujours subir en essayant de ne jamais gémir. C’est tellement injuste ! Tellement malhonnête ! Au nom de quoi la loi aurait-elle le droit d’être toujours hostile ?
Quant aux bêtises que l’on fait… Il semble un peu bizarre qu’on ne soit pas capable de s’en apercevoir. Puisqu’on tient à les faire, c’est qu’on croit y trouver un quelconque avantage, non ? Par exemple affirmer qu’on a le droit de faire exactement ce que l’on veut ? Ça paraît peu sérieux. Ça ne causerait pas d’aussi profonds désordres. Il faut qu’il y ait un intérêt beaucoup plus consistant. Un avantage qu’on ne peut pas obtenir autrement. Sinon on n’irait pas jusqu’à se faire du mal. Il faut que le bilan paraisse positif.

On fait toujours semblant de se poser mille questions… Mais ce n’est qu’un système. Une façon de déplacer les pions sur l’échiquier. On tâte le terrain avant de se lancer. Ou bien on justifie ce qui est décidé. Une façon de prouver que cette décision était inévitable. Mais qui a décidé ? Et dans quel intérêt ? On voudrait obtenir des réponses valables, ne jamais se tromper.
Tout cela donne au doute que l’on croit cultiver une couleur factice… On ne doute jamais. On prépare le terrain. On pose des jalons. D’où l’aspect ridicule de toutes les questions posées. On ne s’interroge pas. On ne fait que prouver qu’il serait inutile de le faire.
Le lien est là, et il convient de le mettre en valeur. En tout cas, le filon semble très prometteur ! Nul doute qu’il s’agisse de la voie la plus sincère.

Un pli doux-amer

Et puis pourquoi se retenir ? Et puis pourquoi ne pas plutôt accepter de mourir ? Parce qu’on nous a promis une vie éternelle ? C’est bien beau, mais laquelle ? Une vie où il faut renier ce que l’on aime ?
Évidemment tout ça n’est qu’un pli doux-amer… Le temps s’est arrêté, et pourtant continue. Je ne sais pas pourquoi ça semble si injuste. Tout est si nébuleux !
Et maintenant je sais que ça ne suffit pas. Et je crains de comprendre que rien de ce que je pourrai faire ne suffira jamais. Qu’il faut faire son deuil du passé enterré.
Ce qu’il faudrait ôter ne peut pas être ôté. Du moins pour le moment. L’idée est trop pénible. Et puisqu’il faut se fustiger… Pourquoi ne pas le faire de cette façon-là ?
Je ne sais pas pourquoi j’ai tant de mal à croire à la réalité… Ni pourquoi celle-ci ne veut pas me sourire. Mais c’est peut-être lié ?

Choisir son piège

Reste le changement flagrant de perspective et d’environnement… Le manque d’ouverture. Même si on s’en fout, cela reste gênant. Pourtant n’y a-t-il pas moyen de profiter de la situation ? Sans doute, évidemment. Mais la contrepartie est vraiment très sévère ! Il faut perdre beaucoup de privilèges nécessaires. Heureusement il n’y aura jamais la moindre preuve de ce que j’avance… Tout est imaginaire, et finira par être visible de partout. Et puis le droit ici n’a jamais existé… On est déjà content de commencer à voir comment cela fonctionne ! Et puis on est nourri. Il ne faut pas se plaindre. Il n’y a pas de quoi. C’est juste qu’on aurait aimé pouvoir choisir son piège… Tant qu’à faire ! Mais, bon. Ce qui est fait est fait, et finira par se défaire… À force de chercher, on reviendra un jour dans le monde des vivants. Ce n’est qu’une question de détermination. C’est lourd et lent, ça tient toute la place disponible, mais il doit exister un moyen d’en sortir. C’est plutôt le moment où ça va s’écrouler qui est à redouter ? Disons qu’au mieux il y aura une certaine agitation… Quant au pire, il vaut mieux ne pas s’en inquiéter. Et puis on sait qu’il y aura d’autres pièges encore, que c’est inévitable… Peut-être même pires, car là au moins on sait qu’on ne l’a pas choisi, ce qui donne une sorte de légitimité à l’ambition d’y échapper. Ce qui est agaçant, c’est de ne pas savoir exactement de quoi on parle… Mais ça peut s’arranger. De l’imagination, de la bonne volonté… Rien n’est définitif. Du moins faut-il le croire, si on veut avancer.

Être plus conciliant

Car il y a beaucoup de choses insensées se déroulant au même instant… Ce qui bien sûr finit par sembler fascinant !
Tout compte fait, on ne voit pas où serait l’intérêt de se croire immortel… Mais ça n’a rien à voir ? Disons que ce n’est pas entièrement gentil… Et puis qu’on aimerait que ce soit plus facile.
C’est vrai qu’on ne peut pas se consacrer à soi et garder le contrôle de tout ce que l’on fait… Il faut s’en occuper, mais pas le laisser faire absolument n’importe quoi. Surtout quand il commence à être suicidaire !
« Les miroirs devraient réfléchir, avant de renvoyer l’image… » La question n’est pas là. L’ensemble du débat doit être déplacé. Mais alors quel chemin devra-t-on emprunter ?
C’est terrible, ce vide, là où on a besoin de se croire soutenu… C’est terrible, et pourtant cela semble normal. Comme si c’était exactement ce que l’on attendait. Il y a beaucoup trop de choses à ranger. On n’a plus le courage d’en faire l’inventaire.
Ce qui paraît certain, c’est que l’on a choisi de tout comprendre de travers. On a interprété suivant ce qu’on voulait. On a gommé ce qui gênait, ou on l’a transformé. Et le plus ridicule est qu’on a juste réussi à se tromper de cible. Ce qui paraît quand même un peu décourageant !
Cependant il faut bien aller au bout de soi et de ses illusions si on veut se connaître ! L’erreur est de s’y attarder, de s’y laisser piéger. Pas de les explorer ! Et puis le piège est agréable, du moins la plupart du temps… C’est même ainsi qu’on peut s’apercevoir que c’est un piège. Ce qui tend à prouver qu’il ne faudrait jamais chercher à se satisfaire ? Je n’ai pas l’impression que ce soit préférable. Il y aurait de quoi perdre tout enthousiasme.

Plus près de soi, plus près… Il y a tout de même quelque chose qui ressemble à de la lassitude. De l’exaspération. « Ça commence à bien faire, cette sourde bêtise ! » semble-t-on toujours dire… On sait qu’on n’a aucun moyen de répression, mais on en a assez de croire n’importe quoi. On ne va pas tarder à se fâcher tout rouge, ou du moins à cesser d’accepter de plier. N’a-t-on vraiment aucun moyen d’imposer notre loi ? Ce que l’on a appris n’est-il pas suffisant pour gagner la partie ? Ne serait-il pas temps de se faire respecter ?
Mais on a essayé, et ça n’a pas marché… On n’est pas convaincu. On hésite beaucoup. On veut bien essayer de faire encore mieux. On se soumet pour le plaisir de ne plus être soi. On irait jusqu’à en crever, si ça faisait moins mal ! On pense encore pouvoir embrouiller l’adversaire avec des compromis… On imagine avoir des ressources de ruse qui vont le stupéfier ! On juge que le temps n’est pas encore venu de montrer tout ce que l’on sait. D’autant qu’on n’est pas sûr que tout cela soit vrai… Qu’on se surprend souvent à rêver éveillé… À préférer mentir qu’accepter de penser que l’on s’est égaré… Où est la vérité ? Quelque part dans le sac, et tout est mélangé… On ne va pas tarder à se creuser un trou en espérant n’avoir jamais à en sortir. On y sera frustré, mais très bien protégé ! On pourra inventer toutes les vérités qui nous arrangeront. Et oublier tous les ingrats qui nous veulent du mal. Qui prétendent savoir ce qu’il faudrait qu’on fasse pour être satisfait.

Sans doute faudrait-il se décider à négocier. Tout semble démontrer que cela va finir par être nécessaire. Non pas se justifier, mais prouver qu’on est sûr de ne pas se tromper. Ou alors s’écrouler, si ce n’est que du bluff. Ce qui reste possible ! Au moins montrer comment on s’est déterminé. Ce que ça a coûté, ce qu’on y a gagné. Exposer le bilan. Montrer en quoi les conclusions que l’on en a tirées étaient inévitables. Qu’au moins on sache à quoi on joue, et avec quels atouts !
Deviendrait-on soudain beaucoup moins amical ? Aurait-on des secrets que l’on tient à cacher ? Des falsifications qu’il vaut mieux retirer de la circulation ? Ça devient excitant ! Et même très plaisant ! Nul doute qu’il s’agisse d’un très bon filon !
Mais tout cela demande à être encouragé… Il y a une sorte de timidité… Et puis des liens toujours sensibles, que l’on craint de trahir… On ne veut pas livrer son âme aussi facilement ! C’est bien compréhensible. Et puis il faut une méthode, une justification, un quelconque prétexte, une occasion de s’exprimer… Quelque chose qui n’ait pas l’air trop humiliant… Se sentir en confiance… Savoir qu’il n’y a pas de châtiment à craindre… Ça fait beaucoup de conditions ! Mais enfin, en cherchant, ça doit être possible… Il suffit d’accepter de se faire plaisir… Relâcher la pression… Être plus conciliant… Cesser de se méfier, de se barricader… En vérité on doit pouvoir même en faire un roman ! Ainsi on n’aurait pas trop l’impression de s’exposer… On pourrait raconter qu’on n’est pas concerné… On pourrait même se corriger au fur et à mesure, s’il advenait qu’on s’est trompé… Et ce ne serait pas comme si on mentait… Ce serait un moyen de faire passer la sauce… Un emballage cadeau… Quelque chose de doux, et de pas trop compromettant… N’a-t-on pas déjà constaté les nombreux avantages de ce procédé ? Il semblerait idiot de refuser d’en profiter !

Ne pas accepter les limites

Et vu ce qu’on en fait, ça pourrait aussi bien être la vérité. Ce qui reste certain, c’est que dans ces conditions il faut faire attention. Ce qui ne devrait pas sembler exceptionnel !

C’est l’idée qu’on se fait de la réalité qui est au centre du procès. Mais ça aussi, c’est habituel. On est sans cesse en train de tout redéfinir. Du moins, on s’y efforce.

Les effets sont plus importants que les causes. Quelles que soient celles-ci, elles n’impliquent jamais de néfastes effets. Tout dépend du terrain. La même cause peut produire des effets différents. Donc il est ridicule de chercher des coupables. Si on était moins vulnérable, on n’en souffrirait pas. Il faut plutôt traquer les dysfonctionnements. On ne devrait jamais être obligé de se défendre ni de se protéger. D’autant qu’on peut anticiper, deviner à l’avance ce qui va se passer. Aussi on ne devrait jamais être surpris.

Néanmoins il faut bien de temps en temps tenter la chance, provoquer des situations que l’on sait dangereuses. Il n’est dit nulle part que nos capacités doivent éternellement rester les mêmes. Il faut aller vers l’impossible, ne pas accepter les limites.

Oui mais on voudrait bien que cela marche à tous les coups ! Ne pas être obligé de se creuser la tête pour comprendre pourquoi cela ne marche pas ! Simplement réussir ce que l’on entreprend en toutes circonstances… Ça doit être possible, aussi il faut que ça le soit !

Mais quelle est cette peur ? Il faudrait le savoir, pour en venir à bout ! Qu’est-ce qui l’a déclenchée ? De quoi se nourrit-elle ? De quoi protège-t-elle ? Tout ça est assez grand pour en faire un poème, avant de retenir qu’il n’y a rien à dire. C’est la fatalité, et il faut l’accepter, pour espérer y échapper.

Éléments aggravants

Évidemment c’est toujours pire que ce que l’on pensait… Il y a toujours un bon paquet d’éléments aggravants… Et ce que l’on ressent n’a plus aucune utilité… On est au beau milieu d’un procès incroyable, accusé principal… Au moins on est content d’avoir la meilleure place ! Celle d’où on peut voir les faces de cauchemar…

Il n’y a pas besoin d’en déposer une telle couche. Les gens n’ont plus le temps, tout le monde est pressé… Il y a des procédés beaucoup plus efficaces !

Oui mais, cette douleur, qu’est-ce qui l’a provoquée ? Serait-ce de la peur ?

À quoi bon le savoir ? L’important n’est pas là. Il faut juste trouver un moyen efficace de s’en débarrasser.

Je marchais solitaire, en regardant par terre, et je n’entendais pas ce que l’on me disait… Ce qu’il faudrait imaginer est hors de ma portée.

Puis-je me résigner à cette absurdité ? Puis-je faire comme si tout allait pour le mieux ? Si encore j’étais sûr que ça allait finir à force de mentir ! Si je pouvais traiter le phénomène à la légère !

C’est davantage qu’un obstacle. C’est une vraie souffrance. Ça donne l’impression qu’il y a un danger. Cela ressemble tout de même beaucoup à de la peur.

Néanmoins il faut bien tâcher de faire avec, en attendant de découvrir un moyen d’en sortir… On peut bien sûr se demander ce qui l’a provoqué, mais ça reste accessoire. On fait comme on a dit, et on souffre en silence, en attendant qu’une lueur transperce le brouillard. On oublie l’espérance pour ne se consacrer qu’à ce qui est certain. On tâche d’arrêter de jouer la comédie.

L’enchaînement des circonstances est assez alarmant, mais que peut-on y faire ? Sans doute n’est-on pas aussi honnête qu’on le pense. Sans doute ne fait-on pas ce qu’il faudrait faire pour trouver le succès. Peut-être a-t-on choisi la pire solution. Pour ce que l’on en sait, cela semble possible. Mais de là à penser qu’on a vraiment le choix ! On fait ce que l’on peut, et on est désolé que cela soit si peu. On est forcé de composer avec un certain nombre de contraintes. Et les moins évidentes sont les plus puissantes. Car on a essayé tout ce qu’on connaissait afin d’y échapper !

Heureusement tout ça donne le sentiment que l’on va découvrir quelque chose d’important. Quelque chose qu’on cherche sans doute depuis longtemps. Un moyen de sortir de ce cercle infernal. Mais ce n’est pas encore gagné ! Et la prise de conscience risque d’être pénible ! Sans doute à la mesure du pouvoir libéré. Ne pourrait-on immédiatement passer à la conclusion ? Est-on vraiment forcé d’en faire tout un drame ?

Si encore ce n’était que du travail mental ! Mais le côté physique est vraiment effrayant. Exténuant. Qui sait de quelle façon cela va se passer ? Qui sait à quel moment ça va se terminer ? À peine peut-on espérer que ça ne sera pas trop grave… Et encore !

Deux discours en même temps

Mais pourquoi voulez-vous que je parle de ça ? Je suis sûr que personne ne s’y intéresse. (Jolie contradiction !)
Ce ne sont pas des choses qu’on peut dire facilement. Il faudrait expliquer, raconter les détails… C’est assez fatigant. (Il faut savoir ce que l’on veut.)
Mais je suis occupé. Et puis plutôt malade. Il faudrait me laisser tranquille. Cesser de me poursuivre. Je voudrais bien tout dire, mais ce n’est pas possible. J’ai des problèmes à régler, mille difficultés. Je ne suis pas à l’aise, je ne me sens pas bien. Et ça n’a rien à voir avec la bonne volonté. Quand j’aurai terminé ce que j’ai commencé, je pourrai essayer de vous faire plaisir. Pour l’instant, il vaut mieux éviter d’insister. Ça me fait du chagrin. Ça me trouble la vue. Et puis je ne sais pas comment raconter ça. C’est bien trop compliqué. Ça ne peut pas se dire avec des mots français. Il faudrait inventer un langage spécial. Quelque chose d’un peu plus respectueux des apparences. Qui ne prétende pas savoir d’avance où est la vérité. Je ne fais pas ma mauvaise tête. Je tâche simplement de préciser ce que je sais. Ce n’est pas un costume, ni même un masque triste. Ça ressemble vraiment à ce que je ressens. Je suis quand même bien placé pour le savoir ! Je trouve tout à fait injuste qu’on me persécute. Je n’ai rien fait pour mériter d’être si mal traité. Sincèrement j’ai l’impression de faire ce que je peux pour que ça s’améliore. Ce n’est pas de ma faute si ça ne marche pas. Si c’était plus facile, je l’aurais déjà fait. Si vous croyez que c’est plaisant de se voir impuissant ! Je n’y arrive pas. J’ai beau y réfléchir, il ne se passe rien. Je creuse la question, mais elle demeure intacte, absolument inattaquable. Si je le fais exprès, je ne m’en aperçois pas. Et cette idée est loin de me faire plaisir ! J’aimerais mieux pouvoir tout dire sans hésiter !

Parce que toi, tu trouves que ça semble plaisant ? On voit que ce n’est pas à toi que ça arrive !
C’est un machin bizarre, ambigu et sévère… Comme s’il y avait deux discours en même temps… Peut-être même davantage !
Il ne faut pas se fier à ce que cela dit. Le mensonge est épais. Il y en a plusieurs couches. Pourtant, en même temps, ça semble si sincère !
C’est un truc anonyme, venant directement de la vie parallèle… Celle qui ne veut pas qu’on la regarde de trop près. Qui se contente de chanter sans jamais se montrer. Qui offre des moyens qu’on n’imagine pas, qu’on ne peut pas répertorier. Des connaissances sous-marines. Des aperçus inoubliables sur ce qui est caché.
L’amour déploie ses larges ailes, et il faut bien avouer qu’on en est perturbé. Révolté, fasciné. On se sent si petit ! On voudrait tout donner, mais on l’a déjà fait. Il ne faut pas rêver de tout reconstituer. C’est trop éparpillé. Et on est humilié de voir qu’il n’y a pas moyen de retrouver ce qu’on a égaré. On fait des théories, mais on est incapable d’y accorder crédit. Et on se sent chuter dans l’abîme fatal. À force de tomber, on va toucher le fond ? On y a cru, et puis ça n’a pas fonctionné. Il n’y a pas de fond. Rien que des illusions. Ce n’est pas effrayant, ni même déprimant, mais on voudrait au moins pouvoir le raconter, et ça semble impossible… Comment pourrait-on rendre compte de l’éternité ? Les mots sont trop petits, l’esprit trop fugitif. Tout ce que l’on peut faire est d’en tirer profit à titre personnel…

Davantage de preuves

Enfin quoi c’est l’amour et pourtant ce n’est rien. Des siècles que ce genre de choses infiniment se reproduisent. Et le plus déprimant est de voir qu’il est bon d’être ainsi déprimé. Où es-tu ? dirait-on, si on savait parler…
L’avantage, c’est qu’on n’est pas forcé de participer… Et puisqu’on ne sait pas où est la vérité… On peut continuer à paraître blasé. D’autant qu’on est souvent très près de l’être !
Néanmoins on voudrait qu’il y ait du mystère. Pas seulement quelques secrets. Quelque chose justifiant l’état où on se trouve. Ainsi on se croirait un peu moins ridicule…
Pourtant, question mystère, on est déjà servi ! C’est tellement opaque que souvent on oublie de deviner ce qui se passe ! On se dit qu’il vaut mieux se laisser prendre aux apparences que supposer des stratégies inouïes et incompréhensibles !
Sait-on ce qu’on serait prêt à sacrifier pour quelques signes favorables ? Sait-on s’il y aurait moyen de retrouver un peu de la magie que l’on a égarée ? Sait-on si ce serait si bon qu’on l’imagine ? Sait-on si ça pourrait aller un peu plus loin qu’une simple parodie ?
En vérité on n’ose même plus imaginer combien ce serait bon. C’est pour ça qu’on préfère simuler l’inquiétude, et partir du principe que c’est impossible. Et exiger des preuves, davantage de preuves… Et bien évidemment ne jamais être convaincu.
Quoi qu’il en soit tout ça a au moins le mérite d’être fascinant. On n’avait pas osé en demander tant. Ce qui donne à penser que l’avenir pourrait réserver des surprises. Un tel événement vaut d’être salué avec reconnaissance.

Quelle est cette justice ?

Je ne sais pas pourquoi cela me fait cet effet-là… Ce n’est pas humiliant. C’est juste embarrassant. Ça donne l’impression qu’il y a quelque chose qui ne marche pas.
Néanmoins… Enfin, ça semble triste. Surtout quand on y pense. Ce même si ça part d’une bonne intention. Je ne vois pas comment cela pourrait soudain devenir agréable. Pour l’instant c’est plaisant, mais on connaît la suite. Et on n’a pas envie de tomber dans ce genre de plan.
Et puis c’est compliqué. Ça gâche le plaisir sans le moindre profit. Enfin bon, c’est ainsi. On ne va pas non plus se mettre à discuter. Les faux plis du destin ont leur utilité. On se doute qu’il y a une leçon à en tirer.
Alors on va se lamenter, se regarder penser, et puis imaginer toutes sortes de choses… Au point où on en est, ça ne peut rien changer. Au moins ça justifie le temps perdu à espérer.

On sait qu’on va se résigner, et c’est peut-être ça qui paraît déprimant… Comme s’il n’y avait jamais rien d’autre à faire. Comme si la vie ne pouvait être qu’une suite d’échecs. Évidemment, c’est malhonnête. On sait bien qu’au-delà il y a quelque chose de très satisfaisant. Mais pourquoi doit-on renoncer à tout ce qu’on aimait avant d’y arriver ? Pourquoi n’est-il jamais possible de s’aménager un coin de paradis ? Pourquoi faut-il toujours faire une croix sur le passé ? Qu’a-t-on à lui reprocher ?
Tout va trop lentement. On aimerait trouver un moyen d’obtenir tout ce que l’on désire avec facilité. On a une folle envie de se faire obéir. De faire des caprices et de taper du pied. Tout est trop embrouillé. Beaucoup trop compliqué. On voudrait que de temps en temps cela marche tout seul. Sans même avoir à faire l’effort de dire ce que l’on veut. Sans avoir à subir des controverses inutiles. Je veux ça, et puis marre. S’il faut le demander, mon plaisir est gâché. Cela coûte trop cher, et j’en suis dégoûté.
Évidemment tout ça paraît quelque peu prétentieux… Mais on pourrait se demander de quel côté se trouve la véritable prétention ! Pourquoi faut-il toujours se rabaisser pour obtenir satisfaction ?

Rien de bon à tirer de toute cette histoire. Il paraît évident que ça se désagrège aussitôt qu’on y touche. Il vaut mieux éviter de faire trop de bruit. On ne peut plus compter sur ce que l’on aimait, et ce qu’on aimera sera toujours proscrit. C’est pire qu’un échec : c’est un assassinat. Et ça fait si longtemps que ça dure qu’on ne peut même plus espérer y échapper un jour. Il faut se résigner, cesser de raisonner, d’imaginer qu’on a d’inaliénables droits. On a juste le droit de tout laisser tomber. Tout ce qu’on espérait, tout ce que l’on aimait. Ce qui pouvait donner un sens à l’existence. Le sens est imposé, et on doit s’y soumettre. Et avec le sourire ! Sans jamais rechigner ! De quoi abandonner toute félicité… Tout espoir de se faire une vie exemplaire.
Un mot gentil, un geste, est-ce trop demander ? Que faut-il encore faire avant de l’obtenir ? Cela ne devrait pas être si difficile. On a dû se tromper dans la distribution. J’ai l’impression qu’aucune chance ne m’a été donnée. Et j’ai du mal à croire que cela soit normal. Tout pour les autres et rien pour moi : quelle est cette justice ?

Tout ça en forme de comptine

C’est vrai que c’est intéressant. Même très séduisant. Et qu’il en faudrait peu pour que l’on soit tenté. Mais justement ce peu fait toute la différence ? C’est l’environnement, qui ne fonctionne pas. Les circonstances. La façon dont ça se présente. Mais sans doute est-ce lié à l’excessive protection… Il faudrait un miracle, ou un soudain élan, comme un coup de folie… Une série d’imprudences… Une suspension du jugement… Ça fait beaucoup de conditions pour que l’on puisse y croire ! Il est déjà plaisant de pouvoir en rêver. De constater qu’on a encore le cœur tendre. Qu’on demeure sensible.
Imaginer la suite est encore impossible, quoi qu’on puisse en penser. Ce qui en soi n’a rien de grave, mais est un peu frustrant. Mille délicatesses sont à envisager, et des raffinements dont on n’a pas idée. À peine peut-on dire qu’on demeure attentif à l’éventualité. Ce qui donne à rêver, mais pas à espérer. On peut guetter la chance, mais celle-ci est improbable. On sait qu’on n’est pas prêt, et que peut-être hélas on ne le sera jamais. Ou alors bien trop tard. Si ce n’est pas déjà le cas. Car cela fait longtemps que cette affaire dure et qu’elle n’avance pas. On voit trop bien que tout est trouble, et qu’il n’y a rien à quoi on puisse se fier. D’autant que l’on ignore ce que l’on veut exactement. De l’inédit bien sûr, mais aussi quelque chose de beaucoup plus confus. Sans doute l’occasion de corriger quelques erreurs. De se redéfinir d’une façon plus efficace. Et puis une influence qui paraît manquer. Tout ça en forme de comptine à la limite de l’absurde. Sans doute nécessaire, mais peut-être prématurée. Ou un peu excessive. Comme une confirmation d’anciennes déraisons, avant la guérison. De quoi se reconnaître, et se voir égaré. Et pourtant, quelle classe ! Quelle volupté envisagée ! À se faire dévisser tous les boulons du crâne ! Ce qui serait sans doute le remède parfait à l’excessive pesanteur dont on souffre aujourd’hui. « Si maman, si… Mais mon avenir reste gris. »

Quant au reste, on voit bien que c’était inutile, mais il fallait le faire pour en prendre conscience. C’est dommage, bien sûr, mais que peut-on y faire ? Au moins on a tenté. On a encore une fois fait preuve de bonne volonté. En pure perte, mais ça vaut mieux que de se croire coupable. En attendant que ça revienne… Car il ne faut pas compter s’en tirer aussi facilement. On voit bien que le pli est mauvais, que l’interprétation est inutile et malfaisante. Comme si on prenait plaisir à s’humilier… Mais c’est bien pire, hélas. Beaucoup plus compliqué. Ça plonge ses racines très profondément. Ça prend l’âme et le cœur, ça cause une fatigue incessante et tenace. On aimerait tellement se racheter une conscience pure, effacer le passé, enfin tourner la page ! Mais le mythe est vivace, il est alimenté par le déséquilibre chronique. Ou alors le contraire, pour ce que l’on en sait… On mélange volontiers les causes et les effets. On rêve simplement de se croire innocent, et on ne comprend pas pourquoi cela paraît tellement difficile. On voudrait une explication, un début de remède. Enfin cesser de se laisser couler ainsi… Car on a l’impression qu’il faudrait remonter, pour retrouver la grâce. L’innocence perdue. On refuse de croire que cette plaie au cœur ne fermera jamais. Que l’on continuera infiniment à patauger dans les mêmes regrets. Et puis on a aussi besoin d’un accord de principe, d’une autorisation pour dévoiler ce que l’on sait. On n’a aucune envie d’être obligé de trahir pour enfin réussir à le faire. Il y a nécessité, mais on préférerait le faire avec douceur, sans conflits, sans heurts. En toute bonne conscience. Pour le reste, on sait bien qu’il ne faut pas rêver. De peur d’être déçu par la réalité. Au moins les souvenirs demeurent intouchables. Et on peut les idéaliser sans jamais s’inquiéter de leur véracité. N’est-on pas libre de faire ce que l’on veut de ce trésor accumulé ?

Être moins consciencieux

Et à partir de là on va faire autre chose ? La crise de boutons est enfin terminée ?
Je crains qu’en vérité elle ne fasse que commencer ! On ne peut pas changer la donne en falsifiant les résultats.
Il n’y a toujours pas de véritable espoir. Tout se passe trop loin pour que l’on puisse y accéder. Et on n’a pas encore trouvé l’audace nécessaire. Ou plutôt on n’est pas encore déterminé à changer de métier. On garde l’impression que ce serait trop compliqué. À tout prendre, on préfère s’imaginer victime d’influences néfastes, de circonstances écrasantes. La couche courageuse demeure hors de portée. On préfère patauger dans des conflits sordides que sortir de son trou.
On a accumulé beaucoup de connaissances, mais il semble qu’aucune ne soit vraiment utile. Car on a quelque chose à faire que l’on ne sait pas faire… On manque d’un miroir où l’on pourrait se regarder. On aimerait savoir ce qui va se passer avant de se risquer à avancer le pied. Et surtout on voudrait savoir à quel endroit il faut poser le pied.

Et les bons sentiments sont payés de silence. On tend la main, et on est plutôt étonné qu’il ne se passe rien. Qu’a-t-elle, cette main ? Une mauvaise odeur ? Un aspect répugnant ? Ça ressemble à un mauvais rêve… Toutes les portes fermées… Sans doute ne fait-on pas ce qu’il faudrait faire. Mais que faudrait-il faire ? De quelle manière peut-on espérer le comprendre ? Faut-il se résigner, renoncer tout à fait ? Ou simplement changer de style, être moins consciencieux ?
Je ne crois pas que la vertu soit de baisser les bras. Ce que l’on doit abandonner n’est pas ce que l’on croit. Ça ne tient pas debout. Ce n’est qu’une défense, et plutôt malhabile. Et il est inutile de changer de métier. À moins évidemment d’être très fatigué, de juger celui-ci dénué d’intérêt.
Il est sûr qu’il y a d’importants déficits. Qu’on a besoin de quelque chose que l’on ne trouve pas. Quelque chose dont on est absolument certain de ne pas pouvoir se passer. Mais quels efforts fait-on pour essayer de l’obtenir ? On prétend qu’on ne sait, qu’on ne peut, qu’on n’en a pas le droit… Mais ce n’est qu’un moyen de justifier l’échec. Il faut se décider à rejeter ce drame lamentable. On ne peut rien faire de bien en boudant dans son coin. Les moyens qu’on se donne sont insuffisants. En conséquence il faut s’en donner davantage.
Certes, il y a de quoi rêver. On aperçoit parfois de délicieuses perspectives… Mais il faudrait se dégager de sévères contraintes, contraintes auxquelles malgré tout on se sent attaché. En bref il y a trop de choses à changer. Et on ignore comment on pourrait les changer. Car tout paraît si compliqué, si lourd à soulever !

Ça ne justifie pas de préférer bouder. On sait très bien qu’ainsi on n’obtient jamais rien. Qu’il vaut mieux essayer de changer de costume, de méthode, de style. Qu’au moins cela permet de faire des découvertes, même si celles-ci ne sont jamais ce que l’on attendait. De toutes façons, ce que l’on cherche, on ne le connaît pas. C’est l’évidence même. Sinon on n’aurait pas besoin de le chercher ! On s’en fait une idée, mais celle-ci est fausse.
En attendant il faut quand même trouver moyen de faire ce qu’on a décidé. Enfin cesser de croire que c’est impossible. Même si on nage dans le flou, même si on part à l’aventure, même si on est certain de ne pas faire ce qu’il faut faire. Il sera toujours temps de corriger le tir quand on se trouvera en face de l’erreur. Il faut oser être sincère si on cherche à se corriger. La dissimulation n’apporte rien de bon. Ça protège l’erreur au lieu de l’effacer. On sait bien qu’il n’y a aucun risque à montrer ce qu’on croit être vrai. Qui sait ? Ça l’est peut-être pour de bon ! Et au moins on saura pourquoi on en doutait… C’est sûrement intéressant, et nettement plus constructif que la coquille d’huître.
Ne reste qu’à s’y mettre…Ça ne saurait tarder, et ça tarde pourtant… Il est largement temps de clore ce délire.

Un parfum de routine

Mais enfin tu vois bien que ce n’est pas possible… (Sans compter les grimaces qu’il aura fallu faire !)
Ou bien l’oubli sincère, la régénérescence… Cela forme un instinct, mais on n’est sûr de rien. Les grivoises menaces ne laissent pas de traces.
Quant aux espoirs énumérés par-dessus le chapeau… On vient de le savoir, mais on ne le sait plus. Que cela soit ou non une porte entrouverte n’a aucun intérêt. Car tout cela dégage un parfum de routine assez préoccupant. On veut ceci, on veut cela, que l’on n’aura jamais… Et pendant ce temps-là on ne voit pas plus loin que le bout de son nez.
Peut-on considérer le temps passé à y penser comme du temps perdu ? On n’a pas cru sincèrement à la réalité de ce qu’on a compris. Car tout cela exige vérification. À quoi bon s’égarer en des voyages instantanés si l’on ne peut en rapporter quelques annotations parfaitement documentées ?
Tout le premier étage était resté debout alors que la maison semblait s’être écroulée. Assurément il y avait une erreur quelque part. Et de toutes façons ça n’avait rien à voir avec le problème posé. Qui était ?

Certaines couches superflues devraient être enlevées avant de continuer. Des résidus d’espoir et des amours mort-nées. On n’a aucun besoin de sentiments entremêlés. Juger la volupté comme un principe démodé revient à y sombrer. Or on ne sait jamais ce que l’on va gagner.
Imaginons un peu ce que ça donnerait si tout se déroulait selon nos espérances… On est vite saisi par l’ampleur du désastre. Mais au moins on a fait un trou dans la barrière ? Il n’y a jamais eu de barrière à percer. Ce que l’on voit venir n’arrivera jamais.
C’est la capacité à être pris au dépourvu qui paraît disparue. Un rien, une rondelle, ou une peccadille… Quelque chose de neuf, de frais, d’inattendu. Un accident irrésistible. Une chance soudaine, ou une catastrophe. Un envol, un arrêt du manège enchanté. Enfin une occasion de tout redéfinir.
C’est vrai qu’on est prostré, accablé de misère… Et qu’on est prêt à faire quelques milliers de compromis pour que cela s’arrête. Pourtant, en théorie, ça devrait être simple… Hélas dans la pratique ça ne marche jamais. On a toujours de bonnes raisons de se soumettre à la fatalité.
Qu’enfin cela fonctionne ! Qu’enfin on puisse oser se dire satisfait ! Qu’enfin on puisse révéler quel est notre secret ! Qu’on apporte des preuves de la suprématie qu’on a imaginée !
Mais vraiment, pourquoi faire ? Ça semble si petit ! Et puis les mots n’existent pas. On sait bien que personne ne pourrait comprendre. En résumé on a une piètre opinion de cette humanité que l’on prétend aimer…
On ne fait qu’essayer de se prostituer. Mais personne ne veut de ce que l’on propose. En conséquence il faut un peu mieux s’adapter. Et ne rien négliger. Même pas les serments que l’on a oubliés.
Mais rien n’est oublié. Même pas les serments que l’on n’a jamais faits. Même pas les contrats qu’on n’a jamais signés. Même pas les espoirs que l’on a massacrés. Même pas les péchés que l’on n’a fait qu’imaginer.
Tant de pitié accumulée, et puis aucun moyen de s’en débarrasser ! Ça colle sur la peau, ça fait des bourrelets… La vertu n’est jamais, jamais récompensée. Tout ça mérite d’être un peu mieux étudié. Car pour l’instant cela paraît surtout désespérant. Voire un peu dégoûtant. De quoi abandonner les raisons de survivre qu’on avait inventées.
Heureusement la joie est de notre côté. Et on est décidé à ne plus la lâcher. Au moins ça fait du bien, même si pour le moment cela ne sert à rien. Ça permet de penser que bientôt tout s’arrangera.

Insolence maudite

Évidemment cela ferait un dîner magnifique, mais ce n’est pas de ça dont je voulais parler… (Veuillez remettre ce couteau où vous l’avez trouvé.)

Le comble de la haine est de ne plus savoir ce qu’on avait aimé. Et de faire comme si on s’en préoccupait… Insolence maudite !

Des désordres planqués dans des sacs en papier ? Comme vous y allez ! Cela n’a rien à voir avec ce que vous dites ! (Quoique…)

C’est le fonctionnement de la protubérance, qui me paraît intéressant… Ce qui en soi n’a rien de vraiment courageux.

Je ne me moque point. Je tâche simplement de faire de mon mieux. Mais il y a beaucoup de raisons de douter de ma sincérité ? S’il vous plaît ! Évitons de mélanger les sources !

De larges bandes de peinture… Des falsifications chaussées de hauts talons… Le rôle de l’idiot crachotant des gros mots… Le tableau présenté devient décourageant. Comme si on pouvait espérer retrouver les sentiments perdus. Ce qui est enterré restera enterré. C’est bien trop compliqué pour essayer de l’étudier. Le temps passé est dépassé. Les braves sont couchés. Il semblerait stupide de les réveiller.

Mais ce n’est pas de la colère. Ni rancune, ni peur. Simplement, il ne faut pas réveiller les morts. Mais pas par peur qu’ils nous dévorent ! Par amical respect. Par douceur et tendresse…

Pourtant, ce qu’on entend, c’est une sorte de chagrin dont on ne connaît rien… Une sourde détresse… Mais ne s’agit-il pas d’un simple désarroi ? Un sentiment d’inaptitude et d’incompréhension ?

Mais de là à penser que c’est une prison, il ne faut pas exagérer ! Cela reste léger. De la contrariété. Un certain agacement. Une réprobation pour les mauvaises manières. Car tout cela paraît tellement excessif !

C’est la couche inférieure, qu’il faudrait étudier. Les charmantes fredaines. Les rêves désossés. Les plaines asiatiques. Le trouble vénérable, que l’on sent véridique. Il y a de la vertu, sous toutes ces bassesses ! Mais on aimerait mieux ne pas avoir à se salir…

En substance, ça dit qu’on ne peut pas s’y fier. C’est tellement puissant que c’est sans doute dangereux. On voit bien qu’il y a partout des tentacules… On serait incapable de se protéger. Alors autant continuer à simuler l’indifférence. Voire la cruauté. Ça semble plus prudent.

Le tour de la prison

En allant du côté où la vie est meilleure… En regrettant souvent de ne pas avoir vu le mal que l’on faisait… On en vient à savoir ce qu’il y a à espérer ? Cela semble trop beau. Mais pourquoi désirer que les choses soient laides ?
On ne vient pas à bout de la conscience morte en se reconnaissant des droits que l’on n’a pas. La douceur est extrême. Le lien, toujours visible. On n’a pas essayé de s’en débarrasser. On a juste fait mine d’en être dégoûté. Les portes du réel restent grandes ouvertes. On se fatiguerait à essayer de les fermer. A priori on ne voit pas où serait l’intérêt. Il y a tant à dire ! Et tant à espérer !

Les règles de ce jeu ne seront parfaitement assimilées que quand on aura fait le tour de la prison ? Cela paraît trop long ! Il y a encore trop de phrases endormies. On doit pouvoir trouver à se justifier.
La question n’est pas là, et n’y sera jamais. Il y a un message important à transmettre. Quelque chose qui mérite que l’on fasse l’effort de se faire comprendre. Que l’on sache insister avec délicatesse. Il y a encore trop d’incohérences manifestes. On sait qu’il y aura toujours trop de désordre. Qu’il faut continuer à tout organiser et à tout simplifier.
Oui mais, la vérité ? Pourquoi s’obstine-t-elle encore à se cacher ? Pourquoi ne peut-on pas tout simplement la raconter ? Où trouve-t-elle le courage de se dissimuler ? D’où viennent ses ressources ? Comment justifie-t-elle cette nécessité ? Quel discours nous tient-elle ? Pourquoi ne parvient-on pas à la contraindre à se montrer ? Combien de faux-semblants a-t-elle encore à nous donner ? Pendant combien de temps va-t-elle continuer à se cacher ? C’est lassant, cette histoire ! Ça use la santé !
Il n’y a pas besoin d’exprimer une rage que l’on ne ressent pas. Autant admettre tout de suite qu’on ne l’écoute pas. Qu’on n’a aucune envie d’en prendre connaissance, d’en être dérangé. C’est étrange, bien sûr, mais néanmoins certain. En tout cas cela colle avec ce que l’on sait. On n’a que le pouvoir qu’on s’imagine avoir. On croit savoir depuis longtemps ce qu’il y a à savoir. Et le reste : foutaises ! La belle vérité qui ne se montre pas doit être mensongère. Au moins ainsi cela paraît beaucoup plus confortable. On ne va pas s’humilier devant une évidente mauvaise volonté ! On peut difficilement nommer ça autrement.

Et en-dehors de ça il y a tout un drame qu’on ne fait qu’entrevoir et qui certainement frise le ridicule… Une course malsaine au-delà des frontières qui nous sont proposées… Du moins est-on forcé de le penser. Même si par ailleurs on imagine volontiers y trouver du plaisir. Ce ne sont que des tentatives, dit-on pour s’excuser, mais au fond on voudrait que ce soit davantage… Et puis on a envie de casser ce système, d’échapper pour de bon à ce cadre imposé. On finirait par croire qu’on préfère le risque à la sécurité ! Ça ne fait rien, on continue, on cherche la lumière… Qu’on a déjà trouvée ? L’incohérence est manifeste, mais on refuse de s’y attarder. Le procès est inepte. Les faits sont mélangés. Ce n’est qu’une provocation.
Bon d’accord, on veut bien tenter de s’entrouvrir… Tenter de dévoiler le dessous du mystère… Du moins dans la mesure où mystère il y a ! Car tout semble si simple… On ne voit pas où est le prétendu problème. Et de toutes façons ce n’est pas le moment… On n’a aucune envie d’imposer quelque chose dont personne ne veut… Et le tour est joué ? Allons, voyons. Cessons. Cette défiance organisée est de très mauvais goût.

Flatteries et insultes

Si c’était une blague, elle ne serait pas drôle. Mais, en tant que pas drôle, je trouve ça rigolo !
Ça ne fait rien. C’est bien. Continue comme ça.
À force, on a fini par comprendre où était la source du désordre ?
Si c’était du désordre, on s’en apercevrait ! En vérité, c’est même un peu trop bien rangé.
En tout cas, ça permet de comprendre pourquoi ça semble a priori si difficile à raconter.
Tout ça n’est que le fruit de la mauvaise conscience ?
Le pont est déjà là, mais il n’est pas encore ouvert à la circulation. Ça ne fait rien, dit-on, mais on aimerait bien pouvoir le traverser !
Si c’était une blague, on s’en apercevrait. On pourrait s’arracher un sourire complice.
C’est de la vanité. Il y a quelque chose de plus large derrière. À force d’insister, on pourra le montrer. On n’en est pour l’instant qu’à chercher une motivation. Et puis évidemment une attitude juste.
On est accaparé par les problèmes matériels ? Cela n’est pas si sûr. On ne sait pas vraiment de quoi on a besoin. À force ça produit une perte d’intérêt. On ne peut espérer obtenir quelque chose si on n’est pas de ceux qui savent ce qu’ils veulent. On a beau essayer d’obtenir des faveurs, on sait bien qu’on n’est pas suffisamment déterminé. Ce quel que soit ce que l’on ose demander.

Je ne crois pas qu’il faille désirer mentir. On le fait malgré soi, lorsqu’il y a nécessité. Le but n’est pas de se cacher, mais de se faire entendre. Il ne faut pas confondre les moyens employés avec le but visé. Chercher à travestir la vérité n’est que pure arrogance. On l’habille du mieux qu’on peut, on la rend acceptable, mais on ne cherche pas à la dissimuler.
De toutes façons, la vérité, on ne la connaît pas. On est en train de la construire et de l’améliorer. Il y a manipulation, sinon cela n’aurait pas le moindre intérêt, ce ne serait qu’un étalage vaniteux. Pour qu’il se passe quelque chose, il faut qu’il y ait transformation.
Il connaissait ses peurs, et les avait numérotées. Il était incroyablement satisfait de lui-même. Il se voyait minable, mais il n’y croyait pas. Il était sûr d’avoir un bijou merveilleux caché dans sa besace. Se réservait le droit d’en faire un large usage. Il n’avait pas envie de raconter comment ce pouvoir insolite lui était venu. Cela ne regardait que celle qu’il aimait. Il attendait d’avoir son autorisation avant de le montrer.

Il n’avait pas fini de se moquer de lui. Il trimballait des opinions et des contradictions qu’il savait malséantes. Il désirait se faire une opinion sincère, efficace et solide à propos de lui-même. Ceci afin de ne plus être obligé de douter. Il désirait surtout faire le tri parmi ce qu’on lui avait dit. Flatteries et insultes se disputaient en lui. Et malgré tout il était sûr d’avoir le dernier mot. Il était sûr d’avoir en lui assez d’autorité pour pardonner tous les péchés. L’heure du bilan avait sonné, et il pensait que dans l’ensemble celui-ci était plutôt positif. Du moins compte tenu de ses capacités, du jeu vraiment pourri qu’on lui avait donné. Il estimait s’en être plutôt bien tiré. Il avait dû céder sur presque tous les fronts, mais le noyau était solide, et l’essentiel avait été sauvegardé. Il estimait venir de loin, et ne pas trop avoir à rougir de lui-même. Ce n’était pas parfait, mais il avait vu pire. Il avait mérité le plus beau des trophées. Il n’avait même plus besoin de prouver sa valeur. Celle-ci était si grande qu’elle lui faisait de l’ombre. Autant dire qu’il était dans un état critique, plus très loin de sombrer dans la folie furieuse. Mais ça aussi faisait partie de ses projets. Aucune contrariété ne pourrait l’arrêter. Il était décidé à tout recommencer sans jamais se tromper.

Ivresse sous-marine

« C’est nul », disait-il, et pourtant souvent il en rêvait…

Les phrases matinales sont les plus ambiguës.

Dans le silence il s’endormait. Dans le silence il se voyait en marge du destin qu’on lui avait confié.

Je veux dire je n’ai pas vraiment envie de dire où était l’avenir. C’était de la cohue que sortait la vertu.

Il avait beau tenter de cacher son costume, son masque, cela se remarquait. On ne comprenait pas pourquoi il simulait, mais c’était évident.

C’est l’extrême tension qui rend le rôle si difficile à saisir… Ce nœud de controverses, cette absolue passion… Ça donne l’impression que ça va exploser si on le décapsule.

En forme de misère, et pourtant il y a cette espérance folle… Pas moyen d’attraper un bout de fil à tirer.

Se remettre en question, comprendre qu’on n’a pas envie de se nourrir d’ivresses passagères… Et soudain découvrir la nature du problème, avant de l’oublier.

Donnez-moi la lumière, que je puisse éclairer ce morceau de silence !

Il n’avait pas du tout la sensation de se moquer. Cela sortait de lui sans qu’il en ait conscience. Pourtant il préférait dire n’importe quoi que raconter ce qu’il savait. La responsabilité de ses méfaits passés le tenait à la gorge. Il préférait penser qu’il avait combiné un fabuleux prodige.

J’ai besoin d’explorer mon horizon sentimental. Besoin de patauger dans la mélasse infâme et d’y trouver plaisir. Besoin de me penser le héros de la fable. Tragique et fatidique appétit nécrophile ? Mais non, voyons. Plutôt ivresse sous-marine.

Une vie exemplaire

Car on peut supposer des centaines de choses, dont aucune n’est vraie. Ce qui en soi ne présente pas de grands inconvénients.

Les modifications de l’interprétation sont à l’ordre du jour ? Mais non, voyons. Cessons. C’est du pipi de chat.

Je ne crois pas du tout aux techniques antiques. Et sans doute est-ce un tort. Reste à savoir pourquoi je refuse d’y croire ?

Quant aux attachements… Mieux vaut en vérité les fabriquer que les subir.

Il n’avait pas encore le courage d’oser sortir de sa réserve ? Disons qu’il se sentait un peu trop fatigué, qu’il remettait toujours cette tâche à plus tard…

Il était accablé par la multiplicité de ses occupations… Il prétendait ne plus savoir où donner de la tête. Pourtant, en le voyant, on était fasciné par une nonchalance caractéristique…

Mais il avait encore des pulsions érotiques, de charmantes pulsions plongeant au cœur de la matière… Courber la tête et se lever, accrocher la femelle et ne plus la lâcher… Sourire carnassier.

La courbure du réel l’absorbait en entier.

Évidemment je n’aurais jamais dû chercher à deviner ce que ça signifiait.

Ce n’est pas une question d’ordre métaphysique. C’est vénérable et prosaïque.

C’était fou, cette absence. Le poids de l’existence ! Ce n’est pas quelque chose que l’on peut expliquer avec facilité. Il faudrait revenir sur les années gâchées à courir en tous sens sans aucun résultat.

Besoin d’un coup de pouce, ou bien d’un coup de fouet ? Besoin surtout de se rêver beaucoup plus largement…

Il avait tôt tranché dans le vif du sujet. Il avait absorbé tout ce qui l’entourait. C’était un souvenir, une sensation trouble… De quoi se refuser le droit de se lancer à la conquête de la gloire.

Ça faisait beaucoup trop. Jamais il ne pourrait manger une aussi grosse part.

Il s’était efforcé de faire exactement ce qu’on lui demandait. Il avait admiré, aimé et désiré… Mais lui, où était-il ?

C’était un vilain drôle. À croire qu’il s’appliquait à tout comprendre de travers. Elle aurait bien aimé lui montrer le chemin, mais il ne voyait rien.

Il s’était fabriqué une vie exemplaire. Du moins le croyait-il. Les autres prétendaient qu’il avait échoué, mais il était heureux. Jusqu’à en être vieux.

Ça lui était tombé dessus comme une certitude. Il allait voir enfin le bout de son tunnel. Il allait écarter tous les mauvais plaisants, les donneurs de conseils toujours intéressés. Il allait prendre en main son fabuleux destin et ne plus le lâcher. Il n’allait plus jamais prétendre que l’errance était une vertu.

Protégez-nous de nous

D’où vient la sensation d’avoir à déplacer quelque chose de lourd ?

Il semble qu’il n’y ait plus moyen de répondre aux multiples questions qu’on aime se poser ?

Le plaisir de souffrir ne peut rien expliquer. Il y a forcément autre chose derrière.

Va-t-on devoir se consacrer à cette maladie avant de continuer ?

Ça déchire le cœur et le laisse en morceaux. Pour autant ce n’est pas un outil d’analyse absolument fiable ?

La sophistication aime à se faire passer pour de la répression, mais ses cris de détresse peuvent être entendus à mille lieues à la ronde… On a tant fait de drames qu’on ne sait plus lequel disait la vérité !

Ça fait mal, ça fait tellement mal ! Et pourtant on prétend y trouver de la joie ? Quelle folie est-ce donc là ?

On aimerait penser que ce n’est qu’un effet pervers de la lumière… Mais on ne voit jamais au-delà de l’obstacle. On est même incapable de l’imaginer !

Sans doute s’agit-il d’un genre de créature… Un esprit vénéneux. Qui par nécessité provoque des ruptures.

J’ai l’impression fâcheuse que tout le mal accumulé va un jour se montrer ? Mais non. Au pire, on va soudain prendre conscience du désordre, et en être effrayé. Ce qui évidemment peut paraître terrible, mais serait une chance.

Quoi qu’il en soit il y a lieu de se réjouir de ce regain d’espoir… Cela compense un peu les à-côtés pénibles de la prise de conscience. Et puis tout le paquet de misères sordides dans lequel on patauge.

Néanmoins on tremble debout des risques encourus… On sait qu’on a choisi, et on craint d’avoir pris trop hâtivement sa décision. On craint de réveiller des puissances obscures… On croit qu’il faut se préparer à affronter l’assaut des démons assoiffés et vengeurs.

Tout cela fait de la matière, si l’on savait qu’en faire… Mais on n’a pas encore saisi l’aspect sentimental de la définition ?

On est presque certain qu’on va se faire du mal. Ça ne saurait tarder. Et un mal qu’on ignore, dont on n’a pas idée. Que pèsent à côté nos petites misères ? Au moins, on les connaît. On y est habitué. On a appris à vivre avec, et à les supporter. On a fini par y trouver une sorte de plaisir ! Alors c’est dire !

Oui mais en même temps il y a de l’espoir. Quelque chose de grand, qu’on ne fait qu’entrevoir… Qui donne un sentiment de puissance infinie. C’est peut-être factice, mais pour l’instant c’est beaucoup mieux que ce que l’on connaît. C’est juste qu’on en est gravement perturbé… Ça fait des vagues, des menaces… On n’ose pas penser à ce qui risque d’arriver ! « Ô Seigneur notre Dieu, pavot de nos jardins… » Protégez-nous de nous !

Cela forme un ensemble du dernier comique… Cela montre surtout qu’il va falloir se dispenser de se perdre en agitation puérile et malfaisante !

Allons, soyons sérieux : on sait déjà comment retrouver l’équilibre. Sans doute même trop ! On connaît la routine jusqu’au bout de nos doigts ! Et on a décidé d’y échapper coûte que coûte !