Un parfum de routine

Mais enfin tu vois bien que ce n’est pas possible… (Sans compter les grimaces qu’il aura fallu faire !)
Ou bien l’oubli sincère, la régénérescence… Cela forme un instinct, mais on n’est sûr de rien. Les grivoises menaces ne laissent pas de traces.
Quant aux espoirs énumérés par-dessus le chapeau… On vient de le savoir, mais on ne le sait plus. Que cela soit ou non une porte entrouverte n’a aucun intérêt. Car tout cela dégage un parfum de routine assez préoccupant. On veut ceci, on veut cela, que l’on n’aura jamais… Et pendant ce temps-là on ne voit pas plus loin que le bout de son nez.
Peut-on considérer le temps passé à y penser comme du temps perdu ? On n’a pas cru sincèrement à la réalité de ce qu’on a compris. Car tout cela exige vérification. À quoi bon s’égarer en des voyages instantanés si l’on ne peut en rapporter quelques annotations parfaitement documentées ?
Tout le premier étage était resté debout alors que la maison semblait s’être écroulée. Assurément il y avait une erreur quelque part. Et de toutes façons ça n’avait rien à voir avec le problème posé. Qui était ?

Certaines couches superflues devraient être enlevées avant de continuer. Des résidus d’espoir et des amours mort-nées. On n’a aucun besoin de sentiments entremêlés. Juger la volupté comme un principe démodé revient à y sombrer. Or on ne sait jamais ce que l’on va gagner.
Imaginons un peu ce que ça donnerait si tout se déroulait selon nos espérances… On est vite saisi par l’ampleur du désastre. Mais au moins on a fait un trou dans la barrière ? Il n’y a jamais eu de barrière à percer. Ce que l’on voit venir n’arrivera jamais.
C’est la capacité à être pris au dépourvu qui paraît disparue. Un rien, une rondelle, ou une peccadille… Quelque chose de neuf, de frais, d’inattendu. Un accident irrésistible. Une chance soudaine, ou une catastrophe. Un envol, un arrêt du manège enchanté. Enfin une occasion de tout redéfinir.
C’est vrai qu’on est prostré, accablé de misère… Et qu’on est prêt à faire quelques milliers de compromis pour que cela s’arrête. Pourtant, en théorie, ça devrait être simple… Hélas dans la pratique ça ne marche jamais. On a toujours de bonnes raisons de se soumettre à la fatalité.
Qu’enfin cela fonctionne ! Qu’enfin on puisse oser se dire satisfait ! Qu’enfin on puisse révéler quel est notre secret ! Qu’on apporte des preuves de la suprématie qu’on a imaginée !
Mais vraiment, pourquoi faire ? Ça semble si petit ! Et puis les mots n’existent pas. On sait bien que personne ne pourrait comprendre. En résumé on a une piètre opinion de cette humanité que l’on prétend aimer…
On ne fait qu’essayer de se prostituer. Mais personne ne veut de ce que l’on propose. En conséquence il faut un peu mieux s’adapter. Et ne rien négliger. Même pas les serments que l’on a oubliés.
Mais rien n’est oublié. Même pas les serments que l’on n’a jamais faits. Même pas les contrats qu’on n’a jamais signés. Même pas les espoirs que l’on a massacrés. Même pas les péchés que l’on n’a fait qu’imaginer.
Tant de pitié accumulée, et puis aucun moyen de s’en débarrasser ! Ça colle sur la peau, ça fait des bourrelets… La vertu n’est jamais, jamais récompensée. Tout ça mérite d’être un peu mieux étudié. Car pour l’instant cela paraît surtout désespérant. Voire un peu dégoûtant. De quoi abandonner les raisons de survivre qu’on avait inventées.
Heureusement la joie est de notre côté. Et on est décidé à ne plus la lâcher. Au moins ça fait du bien, même si pour le moment cela ne sert à rien. Ça permet de penser que bientôt tout s’arrangera.

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