Le tour de la prison

En allant du côté où la vie est meilleure… En regrettant souvent de ne pas avoir vu le mal que l’on faisait… On en vient à savoir ce qu’il y a à espérer ? Cela semble trop beau. Mais pourquoi désirer que les choses soient laides ?
On ne vient pas à bout de la conscience morte en se reconnaissant des droits que l’on n’a pas. La douceur est extrême. Le lien, toujours visible. On n’a pas essayé de s’en débarrasser. On a juste fait mine d’en être dégoûté. Les portes du réel restent grandes ouvertes. On se fatiguerait à essayer de les fermer. A priori on ne voit pas où serait l’intérêt. Il y a tant à dire ! Et tant à espérer !

Les règles de ce jeu ne seront parfaitement assimilées que quand on aura fait le tour de la prison ? Cela paraît trop long ! Il y a encore trop de phrases endormies. On doit pouvoir trouver à se justifier.
La question n’est pas là, et n’y sera jamais. Il y a un message important à transmettre. Quelque chose qui mérite que l’on fasse l’effort de se faire comprendre. Que l’on sache insister avec délicatesse. Il y a encore trop d’incohérences manifestes. On sait qu’il y aura toujours trop de désordre. Qu’il faut continuer à tout organiser et à tout simplifier.
Oui mais, la vérité ? Pourquoi s’obstine-t-elle encore à se cacher ? Pourquoi ne peut-on pas tout simplement la raconter ? Où trouve-t-elle le courage de se dissimuler ? D’où viennent ses ressources ? Comment justifie-t-elle cette nécessité ? Quel discours nous tient-elle ? Pourquoi ne parvient-on pas à la contraindre à se montrer ? Combien de faux-semblants a-t-elle encore à nous donner ? Pendant combien de temps va-t-elle continuer à se cacher ? C’est lassant, cette histoire ! Ça use la santé !
Il n’y a pas besoin d’exprimer une rage que l’on ne ressent pas. Autant admettre tout de suite qu’on ne l’écoute pas. Qu’on n’a aucune envie d’en prendre connaissance, d’en être dérangé. C’est étrange, bien sûr, mais néanmoins certain. En tout cas cela colle avec ce que l’on sait. On n’a que le pouvoir qu’on s’imagine avoir. On croit savoir depuis longtemps ce qu’il y a à savoir. Et le reste : foutaises ! La belle vérité qui ne se montre pas doit être mensongère. Au moins ainsi cela paraît beaucoup plus confortable. On ne va pas s’humilier devant une évidente mauvaise volonté ! On peut difficilement nommer ça autrement.

Et en-dehors de ça il y a tout un drame qu’on ne fait qu’entrevoir et qui certainement frise le ridicule… Une course malsaine au-delà des frontières qui nous sont proposées… Du moins est-on forcé de le penser. Même si par ailleurs on imagine volontiers y trouver du plaisir. Ce ne sont que des tentatives, dit-on pour s’excuser, mais au fond on voudrait que ce soit davantage… Et puis on a envie de casser ce système, d’échapper pour de bon à ce cadre imposé. On finirait par croire qu’on préfère le risque à la sécurité ! Ça ne fait rien, on continue, on cherche la lumière… Qu’on a déjà trouvée ? L’incohérence est manifeste, mais on refuse de s’y attarder. Le procès est inepte. Les faits sont mélangés. Ce n’est qu’une provocation.
Bon d’accord, on veut bien tenter de s’entrouvrir… Tenter de dévoiler le dessous du mystère… Du moins dans la mesure où mystère il y a ! Car tout semble si simple… On ne voit pas où est le prétendu problème. Et de toutes façons ce n’est pas le moment… On n’a aucune envie d’imposer quelque chose dont personne ne veut… Et le tour est joué ? Allons, voyons. Cessons. Cette défiance organisée est de très mauvais goût.

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