Flatteries et insultes

Si c’était une blague, elle ne serait pas drôle. Mais, en tant que pas drôle, je trouve ça rigolo !
Ça ne fait rien. C’est bien. Continue comme ça.
À force, on a fini par comprendre où était la source du désordre ?
Si c’était du désordre, on s’en apercevrait ! En vérité, c’est même un peu trop bien rangé.
En tout cas, ça permet de comprendre pourquoi ça semble a priori si difficile à raconter.
Tout ça n’est que le fruit de la mauvaise conscience ?
Le pont est déjà là, mais il n’est pas encore ouvert à la circulation. Ça ne fait rien, dit-on, mais on aimerait bien pouvoir le traverser !
Si c’était une blague, on s’en apercevrait. On pourrait s’arracher un sourire complice.
C’est de la vanité. Il y a quelque chose de plus large derrière. À force d’insister, on pourra le montrer. On n’en est pour l’instant qu’à chercher une motivation. Et puis évidemment une attitude juste.
On est accaparé par les problèmes matériels ? Cela n’est pas si sûr. On ne sait pas vraiment de quoi on a besoin. À force ça produit une perte d’intérêt. On ne peut espérer obtenir quelque chose si on n’est pas de ceux qui savent ce qu’ils veulent. On a beau essayer d’obtenir des faveurs, on sait bien qu’on n’est pas suffisamment déterminé. Ce quel que soit ce que l’on ose demander.

Je ne crois pas qu’il faille désirer mentir. On le fait malgré soi, lorsqu’il y a nécessité. Le but n’est pas de se cacher, mais de se faire entendre. Il ne faut pas confondre les moyens employés avec le but visé. Chercher à travestir la vérité n’est que pure arrogance. On l’habille du mieux qu’on peut, on la rend acceptable, mais on ne cherche pas à la dissimuler.
De toutes façons, la vérité, on ne la connaît pas. On est en train de la construire et de l’améliorer. Il y a manipulation, sinon cela n’aurait pas le moindre intérêt, ce ne serait qu’un étalage vaniteux. Pour qu’il se passe quelque chose, il faut qu’il y ait transformation.
Il connaissait ses peurs, et les avait numérotées. Il était incroyablement satisfait de lui-même. Il se voyait minable, mais il n’y croyait pas. Il était sûr d’avoir un bijou merveilleux caché dans sa besace. Se réservait le droit d’en faire un large usage. Il n’avait pas envie de raconter comment ce pouvoir insolite lui était venu. Cela ne regardait que celle qu’il aimait. Il attendait d’avoir son autorisation avant de le montrer.

Il n’avait pas fini de se moquer de lui. Il trimballait des opinions et des contradictions qu’il savait malséantes. Il désirait se faire une opinion sincère, efficace et solide à propos de lui-même. Ceci afin de ne plus être obligé de douter. Il désirait surtout faire le tri parmi ce qu’on lui avait dit. Flatteries et insultes se disputaient en lui. Et malgré tout il était sûr d’avoir le dernier mot. Il était sûr d’avoir en lui assez d’autorité pour pardonner tous les péchés. L’heure du bilan avait sonné, et il pensait que dans l’ensemble celui-ci était plutôt positif. Du moins compte tenu de ses capacités, du jeu vraiment pourri qu’on lui avait donné. Il estimait s’en être plutôt bien tiré. Il avait dû céder sur presque tous les fronts, mais le noyau était solide, et l’essentiel avait été sauvegardé. Il estimait venir de loin, et ne pas trop avoir à rougir de lui-même. Ce n’était pas parfait, mais il avait vu pire. Il avait mérité le plus beau des trophées. Il n’avait même plus besoin de prouver sa valeur. Celle-ci était si grande qu’elle lui faisait de l’ombre. Autant dire qu’il était dans un état critique, plus très loin de sombrer dans la folie furieuse. Mais ça aussi faisait partie de ses projets. Aucune contrariété ne pourrait l’arrêter. Il était décidé à tout recommencer sans jamais se tromper.

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