Le sujet

Des niaiseries sincères, on en a déjà vu, ce n’est pas le sujet, ce n’est pas le sujet… Il y a un moment où il faut arrêter de se plaire à pleurer.
Non mais bon pour autant il ne faut pas cesser de s’ausculter le cœur et le cerveau. Cela donne souvent des résultats intéressants. Quant au monde extérieur, nul besoin de s’apitoyer… Il est majeur et vacciné. Libre de s’exprimer.
Tout ça renifle trop la pollution mentale. On se pose des questions, puis on s’oppose des réponses… Pour le plus grand plaisir de ceux qui aimeraient que cela soit fini avant de commencer. Aucune de ces jolies phrases n’a réussi à faire avancer le projet. Au contraire, je crois. Ça sent la diversion, la tentative d’évasion.
Ce n’est pas une histoire que l’on peut raconter de façon linéaire ? Oui, après tout, c’est bien possible… Pour ce que j’y connais, je ne peux m’étonner de rien. Mais en tirer une ode interminable à la gloire perdue me paraît tout de même légèrement abusif… Ce n’est pas le sujet, ce n’est pas le sujet.
C’est gentil mais alors je n’ai aucune idée de ce qu’est le sujet. Car moi cela me parle d’un tas de choses de ce style, mais rien de plus précis. La dérive mystique me semble négligeable, et l’aspect consensuel légèrement malhonnête. J’aime mieux m’attarder sur le petit conflit que je crois deviner… J’ai l’impression qu’il y a là un moyen d’attraper un morceau de colère à faire fructifier. Du moins s’il est possible de le dégager du faisceau de contradictions où il est enfermé. Qu’importe que ce soit un costume emprunté ? L’essentiel est de découvrir un point où s’accrocher… Quelque chose qui ressemble à un nœud d’émotions.
Je ne sais pas pourquoi ça ne veut pas sortir. Pourquoi c’est enterré, oublié, piétiné. Ce dont je suis certain c’est que j’en ai assez d’être bloqué ainsi. Que si ça continue je vais être obligé de forcer le passage, obligé d’employer des méthodes plus dures, nettement moins « civilisées »…

Je sais, je suis en train de faire le fanfaron, et c’est plutôt risible… Mais il faut me comprendre. C’est vraiment agaçant, cette connerie-là !
Après tout ce n’est pas aussi charnu que ça. C’est même assez léger, quand on veut y songer. Assez pour essayer de le pulvériser ?
Sans doute le ferais-je si j’avais l’impression que ça en vaut la peine. Mais là ce n’est pas ça. C’est plus sournois que ça. Ça dit des phrases mélangées, des idioties entrecroisées. À l’évidence c’est conçu pour égarer.

Je ne veux pas jouer à me défigurer. Ni donner à penser que je devrais le faire. Ce que j’ai fabriqué était sophistiqué, mais c’était nécessaire. Le sujet appelait de la subtilité.
Tiens ça faisait longtemps qu’on n’avait pas parlé de ce fameux sujet qu’il n’y a pas moyen d’un peu mieux préciser… Peut-être faudrait-il tenter de le briser ? Ou bien imaginer qu’il n’a rien à cacher, que s’il ne peut rien dire c’est qu’il est vraiment creux ? Après tout rien ne dit qu’il faille absolument dévoiler son mystère… Rien n’oblige à en faire un roman policier.

Rien à dire, il vaut mieux en rire de bon cœur. Et puis en attendant d’essayer de m’y mettre éviter d’y penser. Parce qu’apparemment plus j’y songe et plus ça me paraît impossible… Or il est clair que cette idée n’a rien de raisonnable. C’est juste un jeu stupide auquel je me complais.
Et à part ça le monde continue à tourner… À droite à gauche on voit de charmantes querelles, et puis au creux du cœur de l’angoisse réelle. Une peur d’avoir peur qui devient à la longue obsédante et paralysante. Et puis des comédies censées faire joli qui finissent par sembler tout à fait insultantes.
Il ne faut pas pousser grand-mère dans les orties. Ça pique et ça fait mal. La pauvre n’a rien fait pour mériter ceci.

Ceci dit je crois bien qu’il va falloir me décider à bientôt arrêter de m’en laisser conter. Ça n’a que trop duré, et ça m’empêche d’avancer.
Eh oui, c’est très joli. Et beaucoup plus gentil qu’on pourrait le penser.

Le monde cérébral

C’est à ce moment-là qu’on a cessé de rire. Quand le vent a claqué cette porte d’acier. Pourtant on avait dit que c’était impossible. Que le vent n’était pas, que la porte était trop… mais on s’était trompé.

Ce n’était pas un jeu. C’était plutôt sérieux.

Évidemment on se doutait qu’il y avait un moyen d’ouvrir cette porte… Mais lequel ?
Et puis il faut l’avouer, en ce temps-là il nous restait quelques chats à fouetter. Des espoirs, des calculs, des petites combines dont nous étions certains qu’elles allaient réussir… Pas vraiment ridicules, mais rien en vérité qui pût faire le poids face au courant dévastateur créé par l’événement.
D’ailleurs rien n’a changé. La vie ressemble encore au jeu des dominos. Tout juste si l’on ose lui dire des gros mots. Et encore, pas trop fort, de peur d’être entendu.

Qu’importe que l’on dise que cela prête à rire ? S’il suffisait d’en rire ce serait déjà fait. Car toutes les méthodes ont été essayées. Jamais auparavant les donneurs de conseils n’avaient eu un si bon accueil ! Tout était à tenter, mais pas se contenter d’accepter la défaite.
Et là on peut le dire : c’était assez comique.

La profondeur du temps m’inquiète davantage. Une telle endurance est inimaginable, cela fait un peu peur.
Mais bon. On sait déjà que l’inquiétude est vaine par nature et par style.

Ceci dit il y a des masques à ôter. Se dépouiller devient impérieuse nécessité. Ce qui est entrevu est tellement inhabituel qu’on peut en profiter pour tout remettre à neuf. Et puis c’est amusant. C’est plein de fantaisies inédites, jolies.

J’en connais qui diront qu’on ne pourra jamais tenir longtemps ainsi… J’en conviens, j’en conviens. Cela semble intenable. Le passé a prouvé que ça l’était vraiment. Mais si l’on va par là, l’impossible est partout, à chaque coin de rêve, inaltérable et triomphant.

Ce n’est pas comme si c’était de la colère. Il y en a bien sûr, mais c’est passé au second plan. D’ailleurs c’était surtout de l’indignation et de la lassitude. La vraie colère c’est autre chose. Ça ne se traduit pas en actes cohérents.

En même temps ce n’est pas encore terminé, il ne faut pas rêver. Je vois bien que je n’ai pas le courage nécessaire. Que j’aperçois encore des moyens de tomber, et de tout oublier.
Je me traîne, j’essaie de ne pas m’endormir, mais c’est très difficile. Ce démon-là n’est pas du style qui effraie. Il est doux, accueillant, tendre et chaud, comestible… Il propose un refuge qui ressemble à une aventure. Lors pourquoi résister ? C’est le reste qui semble un conte pour enfant. Si on n’avait pas pris d’autres engagements on n’aurait même pas l’idée de refuser ce qui est proposé.

Le monde cérébral est un charmant mirage qui sait très bien se faire passer pour la réalité. D’ailleurs il l’est peut-être, pour autant que je sache. On n’a pas réussi à prouver le contraire.

Pour le reste, vraiment, vous m’en voyez navré. J’aurais bien essayé, mais je suis épuisé. J’essaie de me lever, mais ça me fait comme un énorme poids à soulever. Et puis le désespoir, vous savez ce que c’est… Quand on a fait l’erreur de le laisser entrer, il ne veut plus sortir. Il est bien installé, prétend que lui au moins ne se trompe jamais… Qu’en prévoyant le pire on est toujours certain de le voir arriver.
Alors quoi ? Protester ? Mieux vaut n’y pas songer. Ça pourrait s’aggraver.

Non mais bon, je déconne. Il y a des millions de choses à ranger avant de commencer. D’où le retard accumulé, et la nécessité de ne pas se lancer tête baissée sans réfléchir…
Enfin quoi, des excuses, on en trouve des tonnes. Ce n’est pas ce qui manque ! À ce niveau c’est presque un rituel sacré.

Ce n’est pas que ce soit réellement fatigant, mais c’est prise de tête, il faut se concentrer, et ne pas dévier. Même le droit de s’attarder aux charmes du chemin est souvent contesté. Et puis quoi, cette idée d’arracher au néant ce qui à l’évidence refuse d’en sortir finit par me sembler à la longue immorale. Je préfère écouter, observer, retranscrire ce qui est proposé avec simplicité, sans qu’il y ait à lutter pour aller le chercher. Je veux bien raconter ce qui est oublié, mais pas risquer de le détruire en l’exposant à la lumière.
(Je crois que j’ai trouvé une excuse blindée.)

Perversité

Ça ne m’intéresse pas de souffrir en silence. Je ne vois pas pourquoi je suis censé le faire.
Ceci dit il n’y a pas moyen d’échapper à cette cruauté. Je suis là pour servir et ne jamais gémir, là pour dire les mensonges qu’on attend que je dise. Dire que la bonté est sans doute un péché. Que le mépris est légitime et l’égoïsme une vertu. Et que la vérité doit être piétinée. Car il paraît n’est-ce pas que chacun a la sienne… Ce qui est bien pratique pour justifier toutes les saloperies. Il suffit de fermer, de ne plus discuter, et le tour est joué. Pas besoin de chercher où est la vérité. La faire taire quand elle ose se manifester est suffisant, en somme. Ça évite d’avoir trop de questions à se poser. Et le témoin n’a plus qu’à aller s’enterrer. On ne l’a pas sonné.

Tant de perversité et de médiocrité vont bien finir par m’achever. À la longue n’est-ce pas, la résistance s’use… Je n’ai plus la santé pour ces stupidités. Ma colère s’épuise et ma bonté s’enfuit. Après tout il paraît que je suis le méchant de cette fable malhonnête, lors pourquoi contester ? Inutile d’essayer de prouver le contraire. Il est clair que tout ça est prédéterminé. Quoi que je dise, quoi que je fasse, il est clair que je n’aurai jamais le dernier mot, que le droit ne sera jamais de mon côté, que l’issue ne sera jamais en ma faveur. Croire que je peux m’en tirer sans être totalement déshonoré est pure folie. Puisqu’il est décidé que je suis le mauvais, je ne pourrai pas m’en tirer avant que cette « évidence » soit démontrée. J’aurai beau m’efforcer d’échapper à ce rôle je n’y arriverai pas.

C’est marrant je n’ai plus du tout envie d’en rire. Je commence à penser que je vais en pleurer sans pouvoir m’arrêter. Qu’après tout si je n’ai aucun moyen d’y échapper autant ne plus tenter de cacher ma douleur. Qu’au moins cela me soit une dernière résistance, que l’honneur ne soit pas totalement perdu.

Oui, bon. C’est plutôt mal barré, mais ce n’est pas une raison pour déjà renoncer. Tout semble contre moi, mais je peux réfléchir sans cesser de mourir. Et pourquoi pas détruire qui cherche à me détruire.
Non ce n’est pas de bonne guerre. D’ailleurs la guerre ce n’est pas fait pour être bon. C’est là pour déchirer, tuer, assassiner. Pour empêcher le mal de briser la barrière. Pour l’obliger à reculer, à renoncer, à oublier ses ambitions savamment calculées.
Eh oui, c’est comme ça qu’on se laisse entraîner, et pour tout dire manipuler. On devient le bourreau, celui que tout condamne… Et alors là, pour en sortir, il ne faut pas rêver ! Quoi qu’on puisse tenter ça ne sera jamais assez.
Maudits rapports de force. Si aisés à prévoir, si difficiles à arrêter. Puisqu’en somme il n’y a pas moyen de prouver qu’on est du bon côté. Ce même en s’efforçant de ne rien demander, de ne rien imposer, et d’accepter le maximum et même davantage… Le bon sera toujours jugé faible, lâche, suspect, pas assez égoïste, et sans doute rusé. Et si malgré tout il réussit à dire ses valeurs, le pourquoi du comment il se comporte ainsi, pourquoi il est certain de ne pas se tromper, alors il lui sera reproché de chercher à les imposer, et puis sera piqué de tous côtés, jusqu’à ce que soit prouvée sa fondamentale intolérance… Et que pourra-t-il faire ? Renoncer à la vérité est une chose impossible, tout un chacun le sait. Au mieux on peut mentir, et ne surtout pas dire ce qu’on sait être vrai.
La foire aux vanités n’est jamais terminée. Qui croit y échapper sera très vite rattrapé. Car le fait de savoir, d’être sûr de son fait, revient à se tirer une balle dans le pied. Même les petits malins disant qu’il faut douter ne sont pas épargnés. Toujours la même histoire. Ce qu’on dit de la vérité n’est pas la vérité. Ce n’est qu’une estimation, timide tentative de reconstitution.

Avec tout ça je n’ai toujours pas résolu mon épineux problème… Et je vois bien qu’aussi longtemps que je serai le jouet d’aussi violentes émotions je ne pourrai rien faire pour essayer de le résoudre. D’où mon besoin de paix, et de me protéger de la stupidité, de l’agressivité…
Tout cela tourne en rond. L’énergie dépensée à tenter de me protéger est gaspillée en pure perte. Mais si je ne fais rien je suis vite envahi et n’ai plus le loisir de faire ce que je dois…
En résumé je n’ai plus qu’à me laisser faire sans jamais protester ? Tu vois qu’il n’était pas aussi exagéré de parler de perversité, ou même de cruauté. Je ne crois pas qu’il y ait de mots plus justes que ceux-là pour décrire ce que j’ai à subir.

L'ouverture

Un peu de volonté, de courage, d’amour. Enfin de la misère on en a tous et puis on ne l’étale pas. Qu’importe qu’on soit dupe ou pas ? ce n’est vraiment pas le sujet. Oui mais, oui mais, oui mais… On en fait des oui mais, et ça n’avance pas. Est-ce bien raisonnable ?

Pas à dire, ça fait un très joli discours.

« Si j’avais le pouvoir, je pourrais te vouloir et t’obtenir de même… » Oui mais bon, les obstacles se sont multipliés. On ne dit pas ceci, on ne dit pas cela, surtout on ne fait pas ce que le cœur espère ! Et puis quoi il faut bien être un petit peu lucide, il y a des écarts qui ne pardonnent pas. D’énormes différences, et pas dans le bon sens. Plutôt vers le déchu, l’épuisé, l’innommable. Et des compromissions comme autant de wagons, l’interminable train…
Et à côté de ce désespoir insensé, quelques intuitions jamais développées, car trop audacieuses, impossibles à croire et donc à vérifier. Et c’est dommage je crois bien.

Oui bon alors le désespoir de la littérature… Cela semble léger, sans grande utilité, dénué de gravité… Se battre pour jeter des mots sur le papier, remplis de joie de peine, de passions insensées ? Tout de suite il est clair que l’entreprise est ridicule. Mieux vaut se consacrer à d’autres vanités. Que la sienne ? Ah mon Dieu, pourquoi pas ? Tout mais ne pas savoir que l’on est épuisé avant de commencer.
D’autant que justement c’est le sujet du livre. Et là le piège se referme. Et il n’est pas question de désirer l’ouvrir. Ce serait je le sais comme une trahison.
Car il ne s’agit pas de changer la réalité mais de la révéler ? Il est vrai que déjà ce serait un progrès. Oui mais bon justement ce serait un progrès, et le mieux c’est connu est l’ennemi du bien. Si c’est parfait ça n’a pas besoin d’avancer, ni d’être modifié. Cela semble insensé, mais je n’ai pas d’opinion contraire à ma portée.
Ceci posé sans doute est-il possible d’explorer ce chatoiement divin… (Si c’est de l’ironie vous m’en voyez surpris.)
C’est vrai qu’en y allant avec délicatesse il y a un chemin qui semble s’amorcer… Et c’est assez troublant car c’est très différent de ce que j’y croyais trouver ? C’est un peu tôt pour en juger. Je suis assis ici, inspectant l’ouverture, n’ayant pas décidé si je vais la franchir, et je fais comme si j’en savais déjà tout… C’en est presque hilarant ! (Oui je sais c’est divin, il y a là matière à faire un jeu de mots subtil et raffiné…)

Mine de rien la porte est déjà refermée… Comme quoi il n’y a pas de raison de s’exciter. C’est comme une promesse, bien sûr, mais des promesses non tenues on en a déjà vu.

Je crois que ce n’est pas vraiment de la détresse. Je crois qu’il y a là de vastes horizons. Mais qu’à le dire on court le risque de l’oublier. Car la reconnaissance modifie la conscience. Ce qui est reconnu n’est plus exactement ce qu’il était, l’image qu’on en a fait comme un voile protecteur, l’expérience à présent fait partie du décor, le plaisir qu’on y trouve en est un peu gâché.
Oui mais bon, peu importe. Ce n’est pas la question. Mieux vaudrait éviter de s’en préoccuper.

Cette fois l’ouverture est tout à fait fermée. On ne sait même plus à quel endroit elle se trouvait. Et malgré moi j’avoue que j’y trouve plaisir, que j’ai la sensation d’avoir bien manœuvré, que j’en suis amusé.
Et là vraiment ce n’est pas bien, c’est beaucoup trop léger. (Qui a dit poil au nez ?!)

Allons mieux vaut se faire une raison, et puis attendre encore un peu avant de se lancer… Car au point où j’en suis cela ne fera pas très grande différence. Tourner autour du pot c’est mieux que d’essayer de le casser.

Ceci dit il y a bien sûr moyen de négocier. Déplacer le bouchon, contourner le fossé. Recouvrer l’acuité que l’on a égarée.
Vu comme ça ce n’est pas si vilain que ça. Ça pourrait même faire un beau cache-théière. Ou bien un édredon pour étouffer grand-mère.

Un point est sûr : il va falloir franchir cette barrière. Ce même si ce qu’il y a au-delà nous fait peur. Ce même si l’on croit qu’elle n’existe pas.
Mais là cela devient trop compliqué pour moi. Ce qui n’existe pas ne peut pas se dresser en travers du chemin, on n’a pas à y croire. On fait bouh ! et voilà un fantôme évanoui.

Mais bon examinons autrement la question. Il n’y a pas encore motif à se réjouir. Car somme toute il n’y a rien encore d’accompli. Juste des perspectives un peu intéressantes. Des visions effacées avant d’être nommées.
Et puis il y a encore des problèmes physiques. L’équilibre attendu n’est jamais arrivé. Au contraire on dirait que ça s’est aggravé. L’exploit était superbe, mais franchement le résultat est assez lamentable. Le désordre paraît vraiment bien installé. Ses longues tentacules ont presque réussi à se glisser partout. Ce qui faisait hier l’admiration des dieux n’est plus qu’un festival de cocottes en papier.

Certes il y a de quoi en être un peu fâché. C’était un beau travail, et il est massacré. Et il n’est pas question de le reconstituer. Jamais il ne pourrait être aussi beau qu’avant.

Pas bien loin

Histoire de ne pas renoncer à la première difficulté…
La caresse du vent n’est pas ce que j’attends. Enfin non, c’est selon. Il ne faut pas se fier à ce que je raconte. Souvent je prends mes rêves pour la réalité.

Ah mais si je m’endors ça ne peut pas marcher, je n’irai pas bien loin.

Je n’ai pas de chagrin, je n’ai pas de chagrin… juste du plomb durci qui m’écrase le cœur.

Anesthésié

Si tu veux c’est tellement, tellement stupide et creux, qu’on aurait bien du mal à le prendre au sérieux. Ça coince la migraine, ça attrape la fièvre… pour un peu on croirait que ça a commencé à se représenter sous un masque de cire.
Et puis cette fontaine, cet océan de pleurs… Que veux-tu que j’y fasse, si ça ne convient pas ? Après tout tu as eu ce que tu désirais.

Cette chaude amitié, cet intérêt sincère… Il est sûr que souvent j’aimerais bien que ça revienne. Au moins je pourrais croire qu’il y a quelque chose au-delà de la peur, que ce vide sans but n’est qu’erreur de parcours, qu’on peut y croire encore si on l’a décidé… Parce que bon, vraiment, ce n’est pas amusant de ne rien espérer.

Je sais, ce n’est pas bien, de songer au passé. Même et surtout si le présent est une catastrophe. Même et surtout si le futur n’a rien à proposer. Je suis certainement le premier à le dire.

Il faudrait découvrir un moyen d’exprimer cette détresse intime, cette peine sauvage. Mais même si je pouvais décrire la violence je ne le ferais pas ?

C’est un peu comme si plus rien ne me tentait… Et pourtant, et pourtant, je ne m’inquiète pas. Je n’imagine pas des obstacles, des ruines m’empêchant d’avancer. Je suis anesthésié, privé de volonté. J’ai été dépouillé, jeté, mis de côté. Ce que j’imaginais ne s’est jamais réalisé. Et comme j’ai insisté, rien n’est venu le remplacer.

Je ne dérive pas en émotions insanes, je ne raconte pas ce que je ne sais pas… Je fais le point du rien, j’ôte de ma mémoire ce qui ne me plaît pas.

J’aimais bien quand j’avais un mirage à poursuivre. Pourquoi est-il parti si loin que je ne peux même plus l’entrevoir ?

Ce qui est arrivé n’est pas de mon ressort. Jamais je n’aurais pu changer le cours des choses. Même si j’avais su où cela me menait ? (Mais non je ne veux pas te culpabiliser, cesse de te défendre, tout est déjà perdu.)

Pour le reste, vraiment… On peut toujours rêver que cela ait du sens, mais cela n’en a pas. C’est de la poudre aux yeux, « divertissements pour passer le temps ».

Et le désir d’écrire m’est enfin revenu ? Je le saurai demain, et puis après-demain, et encore au-delà… Pour le moment j’avoue je n’y crois pas beaucoup. Tout me semble embrumé, enrhumé, embourbé… Les choses restent là, endormies, illusoires, dénuées de passions, comme si le décor n’était d’aucune utilité. Quant aux gens, parlons-en ! J’ai juste envie de dire que je vais en mourir, et que ça ne fera pas grande différence.

Pourtant en même temps je pressens la puissance, je sais qu’il ne faudrait que bien peu pour qu’enfin je me mette à l’aimer ? Mais ce bien peu vois-tu, je ne sais le trouver. Ce n’est pas que j’aie peur (enfin, je ne crois pas), mais j’en suis dégoûté. C’est le genre de combine qui ne me séduit guère. Je ne suis pas guerrier, ni même chaudronnier. « Je serais plutôt de ceux qui parlent en baissant les yeux, et qui disent encore madame aux dames… »
Pourquoi ne pas rêver que ce soit compatible ? Après tout il n’y a pas de loi contre ça.

Car il est fort possible que ce soit l’esthétique guerrière qui m’ait découragé ? Ça reste à étudier. Ça mérite de l’être.

Plus comme avant ?

Simplement parce que je voudrais repartir sur de meilleures bases. Ne pas me contenter de la sécurité que j'avais inventée. Enfin quoi des raisons on en trouve des tonnes...

C'est vrai qu'au fond en y songeant rien n'est plus comme avant ? Bof. Je ne vois pas vraiment ce qui a pu changer. C'est toujours le désir qui ne veut pas sortir...