Misère de misère, c’est de la pomme de terre… Il semble préférable d’être plus conciliant. Je n’ai aucun besoin de me montrer si dur.
Les images suffisent
Ça ne m’intéresse pas, de raconter ceci, de raconter cela, avec moult détails et force descriptions… Quant à citer des noms, il n’en est pas question. Les images suffisent — du moins quand elles consentent à se manifester.
Une sorte d'idéal
Après tout l’Italie ce n’est pas si joli… Et sans doute faut-il tout revoir à la baisse. Évidemment je m’en doutais, mais j’aurais préféré que cela soit conforme à ma vision d’enfant, aussi inconfortable qu’elle ait été. Parce que là en somme il ne me reste rien. Rien qu’une pauvre histoire, pittoresque peut-être mais aussi pitoyable. L’auréole de gloire que j’avais fabriquée était plus séduisante.
C’est marrant parce que cela m’était resté comme un point de repère, une sorte d’idéal. Rien de vraiment sentimental, car je ne pense pas avoir été amoureux d’elle — même si je me souviens avoir joué avec cette idée pendant quelques temps. C’était plutôt d’ordre idéologique, pas religieux mais presque. Une figure du bien, auprès de laquelle je faisais forcément figure de golem inachevé.
Autant dire que ma déception est quelque peu vertigineuse… Quoi, ce n’était que ça ? Et puis en même temps ça me fait de la peine, je me sens attendri.
Ce qui est arrivé
Je ne peux pas vous dire que cela va finir, puisque je ne vois pas ce qui est commencé. Je démonte et je compte, et je ne comprends pas ce qui est arrivé. Pourtant je suis certain que cette information me serait nécessaire. Mais qui pourrait me la donner ?
Tout supposer
C’est marrant parce que, on peut tout supposer. Des sottises grotesques aux drames carnassiers.
Des choses sans importance
« Fidèle, fidèle, je suis resté fidèle à des choses sans importance pour vous… »
Je scie ma branche et je m’envole dans le cosmique interstellaire, dans le comique involontaire. Mais je ne dois pas rire — du moins si bruyamment. Il est de mauvais goût de se moquer d’autrui. Après tout les rideaux ont bien le droit d’être tirés — au même titre que la plupart des écrans de fumée.
Ceci dit je suis bien content. J’ai aperçu des routes que je ne voyais pas.
Au sein d’un si profond chaos
En fin de compte rien ne pourrait justifier, donc il est inutile de se défigurer. Ça s’est passé ainsi, de dérives en colères, d’amours trahies en déceptions, de rêves de grandeur en tricheries mesquines. Je ne sais plus vraiment ce que j’ai désiré — la liberté peut-être, ou bien la vérité… Ou bien l’accomplissement de quelque rêve idiot, tellement décalé que chaque pas pour le rejoindre semblait m’en éloigner. Évidemment c’est insensé, ce n’est pas raisonnable. Mais cela fut conçu au sein d’un si profond chaos qu’on ne peut s’étonner du résultat catastrophique qui en est résulté. Cela fut trop brutal, trop sec et sans espoir, trop figé en des drames imposant la stupeur quand il aurait fallu de douces ouvertures, des caresses mentales installant la clémence, et des occasions de se parler d’amour et de se pardonner les violences passées.
Enfin bon c’est ainsi. On ne va pas pleurer mille ans sans s’arrêter. Mieux vaut se consacrer à tout ce qui pourrait permettre d’avancer.
Un peu gênant
« Les néons, les Léon, les noms de Dieu, sublime décadence… »
Ce n’est pas important, mais c’est un peu gênant. Légèrement ridicule. Sans espoir de savoir enfin la vérité.
« Te souviens-tu de ta Sophie, qui ne t’avait même pas reconnu… »
C’est surtout par rapport aux rêves inversés, aux montagnes sacrées et aux vaines attentes, que c’est un peu gênant. Pour le reste, bien sûr, cela n’existe pas.
Des images figées
Je ne vais pas te dire que j’ai laissé tomber après avoir tout essayé, car à la vérité je me suis absenté, ce qui fait que je suis tout à fait incapable de le raconter. Il me reste des bribes, des images figées qui semblent insensées… Et puis c’est mélangé avec d’autres histoires qui n’ont pas grand-chose à voir.
Jugé et condamné
En admettant qu’on veuille, en admettant qu’on puisse… En admettant que rien ne vienne plus se mettre en travers du chemin.
C’est sûr qu’il n’y a pas de quoi se pavaner. Le peu d’ivresse qu’on y trouve est de bien piètre qualité. Quant aux marches du ciel, à ce qu’on a trouvé ressemblant à l’espoir… C’est plutôt maladroit, et tout à fait évanescent. Ça ne se montre que pour pouvoir disparaître.
En somme que pourrait-il arriver d’assez beau pour tout remettre à plat ? A priori plus rien. Tout paraît obstrué, jugé et condamné. C’est le mal qui suggère que ça pourrait changer, que ça devrait changer.