Être moins consciencieux

Et à partir de là on va faire autre chose ? La crise de boutons est enfin terminée ?
Je crains qu’en vérité elle ne fasse que commencer ! On ne peut pas changer la donne en falsifiant les résultats.
Il n’y a toujours pas de véritable espoir. Tout se passe trop loin pour que l’on puisse y accéder. Et on n’a pas encore trouvé l’audace nécessaire. Ou plutôt on n’est pas encore déterminé à changer de métier. On garde l’impression que ce serait trop compliqué. À tout prendre, on préfère s’imaginer victime d’influences néfastes, de circonstances écrasantes. La couche courageuse demeure hors de portée. On préfère patauger dans des conflits sordides que sortir de son trou.
On a accumulé beaucoup de connaissances, mais il semble qu’aucune ne soit vraiment utile. Car on a quelque chose à faire que l’on ne sait pas faire… On manque d’un miroir où l’on pourrait se regarder. On aimerait savoir ce qui va se passer avant de se risquer à avancer le pied. Et surtout on voudrait savoir à quel endroit il faut poser le pied.

Et les bons sentiments sont payés de silence. On tend la main, et on est plutôt étonné qu’il ne se passe rien. Qu’a-t-elle, cette main ? Une mauvaise odeur ? Un aspect répugnant ? Ça ressemble à un mauvais rêve… Toutes les portes fermées… Sans doute ne fait-on pas ce qu’il faudrait faire. Mais que faudrait-il faire ? De quelle manière peut-on espérer le comprendre ? Faut-il se résigner, renoncer tout à fait ? Ou simplement changer de style, être moins consciencieux ?
Je ne crois pas que la vertu soit de baisser les bras. Ce que l’on doit abandonner n’est pas ce que l’on croit. Ça ne tient pas debout. Ce n’est qu’une défense, et plutôt malhabile. Et il est inutile de changer de métier. À moins évidemment d’être très fatigué, de juger celui-ci dénué d’intérêt.
Il est sûr qu’il y a d’importants déficits. Qu’on a besoin de quelque chose que l’on ne trouve pas. Quelque chose dont on est absolument certain de ne pas pouvoir se passer. Mais quels efforts fait-on pour essayer de l’obtenir ? On prétend qu’on ne sait, qu’on ne peut, qu’on n’en a pas le droit… Mais ce n’est qu’un moyen de justifier l’échec. Il faut se décider à rejeter ce drame lamentable. On ne peut rien faire de bien en boudant dans son coin. Les moyens qu’on se donne sont insuffisants. En conséquence il faut s’en donner davantage.
Certes, il y a de quoi rêver. On aperçoit parfois de délicieuses perspectives… Mais il faudrait se dégager de sévères contraintes, contraintes auxquelles malgré tout on se sent attaché. En bref il y a trop de choses à changer. Et on ignore comment on pourrait les changer. Car tout paraît si compliqué, si lourd à soulever !

Ça ne justifie pas de préférer bouder. On sait très bien qu’ainsi on n’obtient jamais rien. Qu’il vaut mieux essayer de changer de costume, de méthode, de style. Qu’au moins cela permet de faire des découvertes, même si celles-ci ne sont jamais ce que l’on attendait. De toutes façons, ce que l’on cherche, on ne le connaît pas. C’est l’évidence même. Sinon on n’aurait pas besoin de le chercher ! On s’en fait une idée, mais celle-ci est fausse.
En attendant il faut quand même trouver moyen de faire ce qu’on a décidé. Enfin cesser de croire que c’est impossible. Même si on nage dans le flou, même si on part à l’aventure, même si on est certain de ne pas faire ce qu’il faut faire. Il sera toujours temps de corriger le tir quand on se trouvera en face de l’erreur. Il faut oser être sincère si on cherche à se corriger. La dissimulation n’apporte rien de bon. Ça protège l’erreur au lieu de l’effacer. On sait bien qu’il n’y a aucun risque à montrer ce qu’on croit être vrai. Qui sait ? Ça l’est peut-être pour de bon ! Et au moins on saura pourquoi on en doutait… C’est sûrement intéressant, et nettement plus constructif que la coquille d’huître.
Ne reste qu’à s’y mettre…Ça ne saurait tarder, et ça tarde pourtant… Il est largement temps de clore ce délire.

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