Une vie exemplaire

Car on peut supposer des centaines de choses, dont aucune n’est vraie. Ce qui en soi ne présente pas de grands inconvénients.

Les modifications de l’interprétation sont à l’ordre du jour ? Mais non, voyons. Cessons. C’est du pipi de chat.

Je ne crois pas du tout aux techniques antiques. Et sans doute est-ce un tort. Reste à savoir pourquoi je refuse d’y croire ?

Quant aux attachements… Mieux vaut en vérité les fabriquer que les subir.

Il n’avait pas encore le courage d’oser sortir de sa réserve ? Disons qu’il se sentait un peu trop fatigué, qu’il remettait toujours cette tâche à plus tard…

Il était accablé par la multiplicité de ses occupations… Il prétendait ne plus savoir où donner de la tête. Pourtant, en le voyant, on était fasciné par une nonchalance caractéristique…

Mais il avait encore des pulsions érotiques, de charmantes pulsions plongeant au cœur de la matière… Courber la tête et se lever, accrocher la femelle et ne plus la lâcher… Sourire carnassier.

La courbure du réel l’absorbait en entier.

Évidemment je n’aurais jamais dû chercher à deviner ce que ça signifiait.

Ce n’est pas une question d’ordre métaphysique. C’est vénérable et prosaïque.

C’était fou, cette absence. Le poids de l’existence ! Ce n’est pas quelque chose que l’on peut expliquer avec facilité. Il faudrait revenir sur les années gâchées à courir en tous sens sans aucun résultat.

Besoin d’un coup de pouce, ou bien d’un coup de fouet ? Besoin surtout de se rêver beaucoup plus largement…

Il avait tôt tranché dans le vif du sujet. Il avait absorbé tout ce qui l’entourait. C’était un souvenir, une sensation trouble… De quoi se refuser le droit de se lancer à la conquête de la gloire.

Ça faisait beaucoup trop. Jamais il ne pourrait manger une aussi grosse part.

Il s’était efforcé de faire exactement ce qu’on lui demandait. Il avait admiré, aimé et désiré… Mais lui, où était-il ?

C’était un vilain drôle. À croire qu’il s’appliquait à tout comprendre de travers. Elle aurait bien aimé lui montrer le chemin, mais il ne voyait rien.

Il s’était fabriqué une vie exemplaire. Du moins le croyait-il. Les autres prétendaient qu’il avait échoué, mais il était heureux. Jusqu’à en être vieux.

Ça lui était tombé dessus comme une certitude. Il allait voir enfin le bout de son tunnel. Il allait écarter tous les mauvais plaisants, les donneurs de conseils toujours intéressés. Il allait prendre en main son fabuleux destin et ne plus le lâcher. Il n’allait plus jamais prétendre que l’errance était une vertu.

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