Cela faisait des nœuds

En vérité ça ne vaut pas la peine d’en parler. C’est quelque peu chétif. Plutôt inconsistant.
Il y a quelque chose de purement ludique qui paraît faire obstacle. Il faut que cela soit très léger et très doux. Pas de drame cosmique.
La première partie de sa vie venait de s’achever. Une suite de défaites, de désillusions. Et il était plutôt content que ce soit terminé.
Mais il s’était bien amusé. Il avait profité sans discontinuer. Elles avaient été nombreuses, à lui courir après ! Et son petit baigneur avait pu faire trempette autant qu’il le voulait…
Évidemment il y avait eu quelques aspects pénibles… Il avait eu du mal à se dépatouiller de certaines histoires… Et puis il avait cru à ses propres mensonges, ce qui est souvent fatigant.
Néanmoins il voyait que quelque chose lui manquait. Une certaine aisance, le confort assuré. Il n’était pas inquiet, mais ça semblait dommage.

Cela faisait des nœuds, cela s’entremêlait. Il était impossible d’aller plus loin que ça. Ça se perdait dans la marée, dans le courant du temps. Ça se donnait des airs prétentieux, insolites… Il n’y avait apparemment rien d’autre à en tirer. C’était peut-être plus léger que ce que l’on savait. On n’avait pas encore fini de retourner les étiquettes. On n’avait pas encore trouvé la discipline nécessaire. Et c’était embêtant. Même plutôt gênant.
Tout cela méritait d’être considéré. À croire qu’il suffisait d’un léger coup de pouce pour être à la hauteur de la tâche entreprise. Pas vraiment de l’espoir, mais de la vanité. Le pouvoir de rêver, et puis d’imaginer que tout serait possible. L’obstacle n’était pas là où on le voyait. Il était là, à l’intérieur, dans la façon de regarder. On pouvait tout imaginer, et refuser d’y croire. C’était un exercice dépourvu d’intérêt. Le plaisir de se dire que l’on n’était pas dupe. Alors qu’on savait bien qu’il aurait fallu l’être ! Mais c’était fatigant, peut-être dangereux. Du moins était-ce ainsi que l’on voyait la chose. Un genre de bêtise, d’entêtement livide. Comme si l’on craignait d’avoir à exposer une faiblesse singulière, peut-être imaginaire mais bien argumentée.
C’était un petit homme qui pour la première fois mettait un pantalon. Et il pensait que celui-ci était un peu trop long. Néanmoins il faisait comme s’il était content. Il se donnait des airs et faisait l’important. Heureusement sa mère est venue le chercher pour l’emmener dîner. Il commençait vraiment à nous casser les pieds.

Évidemment il y aurait beaucoup de choses à avouer. Et j’ignore par où il serait bon de commencer. Un peu « la longue nuit du cœur itinérant »… Il est sûr qu’en vidant le sac je serais au courant de ce qu’il y a dedans… Et que j’aurais moins peur de le montrer sans le vouloir… Et de toutes façons cela me permettrait de mieux cerner le rôle… De le considérer en tant que phénomène pouvant être étudié…
Il avait beaucoup lu. Beaucoup trop lu, peut-être. Et surtout il avait écouté des chansons… Il y avait de quoi avoir l’esprit faussé !
Il se donnait un genre, alcoolique anonyme, mais il ne savait pas vraiment qui il était. Rien qu’une « marionnette un peu trop indiscrète » ? Pour un peu, il aurait aimé pouvoir le croire… En tout cas il savait qu’il n’avait « pas ce qu’il fallait pour réussir dans les affaires »… Mais jusque là jamais il n’en avait été gêné.
Il aimait qu’on lui dise qu’il était nul à chier. Ça lui donnait l’occasion de penser le contraire. Son esprit de contradiction lui causait du souci ! Il n’était pas toujours facile de ne jamais être d’accord. Surtout quand on lui proposait la réussite clé en main.
Il avait tant souffert de ce petit travers qu’il en était venu à chercher un moyen de s’en débarrasser… Mais pour ça il était forcé de se ruser. De se faire croire qu’il y avait de quoi se révolter.
On lui avait tant reproché de toujours se tromper ! Mais il faisait ce qu’il pouvait, et était désolé que cela soit si peu… Comment aurait-il pu se détacher de ce penchant à la révolte perpétuelle ? Il crachait dans ses mains, il retroussait ses manches, mais finissait par refuser tous les cadeaux qu’on lui faisait.
Il avait épuisé tous ses rêves d’enfance. Il préférait penser que ce qu’il désirait était incompatible avec la vérité. Il fallait bien qu’il trouve un semblant d’équilibre ! Quoi qu’il puisse tenter, il ne faisait jamais ce qu’il aurait dû faire. Il cassait tous ses jouets de peur de les aimer. Il préférait tout refuser qu’avoir à remercier. Il n’était pas malade, mais il était certainement quelque peu perturbé !

Il est certain qu’ainsi on pourrait faire le bonheur des petites grands-mères… Mais, bon. On voit très bien où ça pourrait mener, et on n’a jamais dit qu’on voulait y aller. On a la méchanceté très fermement ancrée ! On préfère crever que dire la vérité. D’autant que celle-ci est plutôt tendancieuse… Cela revient toujours à se défigurer. On aime mieux être sincère que s’appliquer à ressembler au modèle imposé. Et on se contrefout de l’efficacité ! S’il faut perdre l’acquit, autant ne rien gagner. On préfère donner plutôt que recevoir. C’est plus satisfaisant, et moins compromettant. Et puis on ne voit pas à quel titre on devrait se montrer agréable ! On n’a pas obtenu ce que l’on désirait. Et pourtant on estime avoir fait tout ce qu’il fallait afin de l’obtenir ! On s’est couché par terre et on a fait le beau ! On a léché la main qui nous assassinait ! Enfin, un gros paquet de rancunes stériles, d’émotions malhonnêtes et surtout très exagérées… Ce n’est pas avec ça que l’on va réussir à être présentable.

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