Il faudrait que ça dure des semaines entières, pour qu’on soit délivré. Mais délivré de quoi ?
Bien sûr, que ça fait mal. Mais, quand on aime… Et puis, autant le dire : on veut se faire du mal. Changer de peau.
Mais à quoi bon se justifier ? On est toujours suspect de ne penser qu’à soi. Ce qui hélas est vrai dans la plupart des cas. On cherche à s’accomplir, et à s’équilibrer. On veut jouer le rôle qui nous est imposé par la nécessité. Du moins, celle que l’on voit. Le choix n’existe pas.
On pourrait faire semblant, mais pour ça il faudrait un peu plus d’assurance, un peu plus de courage… Être absolument sûr de ne pas se faire prendre. Défier le contrôle sévère de l’autorité. Et pour ça il faudrait être plus motivé. Tout compte fait, il est plus simple de se laisser manipuler et diriger… Renoncer au contrôle semble plus confortable. D’autant qu’on n’est pas sûr que ce que l’on propose puisse être préférable… La liberté de se tromper n’est pas toujours tentante. Comment être certain de ce que l’on ignore ?
On n’aime pas se faire avoir, mais il faut reconnaître qu’on l’a bien cherché. On n’a pas réfléchi. On a cru que les conséquences étaient sans importance. On a fait du mauvais esprit. On a voulu se battre avec plus fort que soi. On a cru qu’on avait le pouvoir de transformer le monde en battant des paupières. On a cru qu’on n’était plus attaché à rien, ou du moins on a cru qu’on pouvait réussir à se le faire croire. Que ce que l’on savait était si important qu’on pouvait piétiner les fleurs de son voisin. Qu’il serait satisfait qu’on sème le désastre dans ses plates-bandes.
Mais non. En vérité, c’était plus droit que ça. On voulait tout donner, au lieu de le garder pour soi. On était dévoré par le démon du bien. On croyait qu’il fallait déborder de bonté. Donner sans s’arrêter, et quel que soit le prix. Conserver l’avantage en se montrant toujours plus généreux qu’autrui. Quitte à se sacrifier pour qu’il puisse être heureux.
Bien sûr, que ça fait mal. Mais, quand on aime… Et puis, autant le dire : on veut se faire du mal. Changer de peau.
Mais à quoi bon se justifier ? On est toujours suspect de ne penser qu’à soi. Ce qui hélas est vrai dans la plupart des cas. On cherche à s’accomplir, et à s’équilibrer. On veut jouer le rôle qui nous est imposé par la nécessité. Du moins, celle que l’on voit. Le choix n’existe pas.
On pourrait faire semblant, mais pour ça il faudrait un peu plus d’assurance, un peu plus de courage… Être absolument sûr de ne pas se faire prendre. Défier le contrôle sévère de l’autorité. Et pour ça il faudrait être plus motivé. Tout compte fait, il est plus simple de se laisser manipuler et diriger… Renoncer au contrôle semble plus confortable. D’autant qu’on n’est pas sûr que ce que l’on propose puisse être préférable… La liberté de se tromper n’est pas toujours tentante. Comment être certain de ce que l’on ignore ?
On n’aime pas se faire avoir, mais il faut reconnaître qu’on l’a bien cherché. On n’a pas réfléchi. On a cru que les conséquences étaient sans importance. On a fait du mauvais esprit. On a voulu se battre avec plus fort que soi. On a cru qu’on avait le pouvoir de transformer le monde en battant des paupières. On a cru qu’on n’était plus attaché à rien, ou du moins on a cru qu’on pouvait réussir à se le faire croire. Que ce que l’on savait était si important qu’on pouvait piétiner les fleurs de son voisin. Qu’il serait satisfait qu’on sème le désastre dans ses plates-bandes.
Mais non. En vérité, c’était plus droit que ça. On voulait tout donner, au lieu de le garder pour soi. On était dévoré par le démon du bien. On croyait qu’il fallait déborder de bonté. Donner sans s’arrêter, et quel que soit le prix. Conserver l’avantage en se montrant toujours plus généreux qu’autrui. Quitte à se sacrifier pour qu’il puisse être heureux.
Sans doute aurait-on dû tracer des arabesques, et surtout expliquer où était l’intérêt de ce que l’on faisait… Mais on avait besoin de se dissimuler. Sinon ça n’aurait pas marché ! Il n’y a pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures… Et, de toutes façons, le reste importait peu… Le but que l’on visait était si éloigné de ce que l’on vivait qu’on était obligé de tout laisser tomber. On l’avait aperçu, et on avait compris qu’on devait le rejoindre à n’importe quel prix. Quitte à mentir, quitte à trahir, à se défigurer… Quitte même à mourir, pour ce qu’on en savait ? Cela faisait partie des risques acceptés ?
C’était comme une ivresse. Une illumination. On voulait témoigner, prouver la vérité, mais ça semblait si vaste ! On pouvait juste le montrer, sans pouvoir l’expliquer. Les mots semblaient insuffisants à dire ce prodige. Il fallait en priorité apprendre à s’en servir. Et cette science-là faisait aussi partie de ce qu’on voulait dire. Et on était toujours en train de faire semblant de s’égarer ?
On ne peut pas nier qu’on ait fait des progrès en matière de misère… Celle que l’on pratique est plus argumentée ! Pour un peu, on aurait la sensation d’être parfait… Seule la prudence nous retient. Tout ça n’a rien de sympathique, mais c’est très amusant. On irait même jusqu’à pouvoir en rire des jours entiers !
C’était comme une ivresse. Une illumination. On voulait témoigner, prouver la vérité, mais ça semblait si vaste ! On pouvait juste le montrer, sans pouvoir l’expliquer. Les mots semblaient insuffisants à dire ce prodige. Il fallait en priorité apprendre à s’en servir. Et cette science-là faisait aussi partie de ce qu’on voulait dire. Et on était toujours en train de faire semblant de s’égarer ?
On ne peut pas nier qu’on ait fait des progrès en matière de misère… Celle que l’on pratique est plus argumentée ! Pour un peu, on aurait la sensation d’être parfait… Seule la prudence nous retient. Tout ça n’a rien de sympathique, mais c’est très amusant. On irait même jusqu’à pouvoir en rire des jours entiers !
Et puis je ne sais pas. Peut-être y avait-il un espoir à trouver à tout foutre par terre… Comme s’il ne s’agissait que de prendre la tête d’un convoi mortuaire. Peut-être pouvait-on espérer s’échapper… Mais s’échapper pour aller où ? Les sirènes chantaient… Et on les écoutait, charmé et envoûté. Pensant ne plus jamais avoir besoin de respirer. Mais avait-on le choix ? Qui aurait pu nous empêcher de plonger pour les suivre ? Qu’avait-on à nous proposer qui soit plus séduisant ?
Il y avait de l’enthousiasme. Un enthousiasme fol. Il a fallu longtemps avant qu’il se dissipe. Il a fallu apprendre à appliquer ce qu’on savait. Apprendre à s’exprimer, et à se faire entendre. Étudier le tourment sous toutes ses facettes. Apprendre qu’il fallait aussi le respecter.
Il y avait de l’enthousiasme. Un enthousiasme fol. Il a fallu longtemps avant qu’il se dissipe. Il a fallu apprendre à appliquer ce qu’on savait. Apprendre à s’exprimer, et à se faire entendre. Étudier le tourment sous toutes ses facettes. Apprendre qu’il fallait aussi le respecter.
Tout cela est vraiment très difficile à dire. C’est trop énorme, multiforme, changeant. On est vite saturé d’informations apparemment contradictoires. Néanmoins il faut bien tenter de le ranger. D’essayer d’en tirer un témoignage cohérent.
Évidemment c’est avant tout une question d’angle de vue. Si on se place bien, on peut envisager l’ensemble du problème. Ce n’est pas une question de style ni de vocabulaire. « Ce qui se conçoit bien… » Le style vient après, une fois qu’on sait ce qu’on veut dire. À moins que ?…
Il est certain que l’esthétisme permet de progresser rapidement. Il y a des fulgurances, des courts-circuits avantageux… Mais enfin, il faut bien maintenir l’équilibre. Et laisser la priorité à la compréhension. Interpréter trop vite conduit à se mentir. Il faut tout embrasser avant d’être capable d’en porter témoignage. En conséquence il faut ôter ce qui empêche d’accepter. La confusion n’est pas dans le langage. Elle se trouve en amont, et on ne fait que l’exprimer. Il y a des conflits, des visions refusées. On croit être incapable de se faire entendre. On croit qu’il faut absolument trouver des compromis. Et ainsi on altère ce qu’on a à transmettre. On fait face à de l’insistance, à de l’intolérance. On n’est pas toujours sûr de la nécessité de s’imposer.
Tout semble se réduire à une question d’honnêteté. On pense volontiers que la sincérité pourrait la remplacer… Ne peut-on pas plutôt les faire coïncider ? Ça semble bon à étudier… Avant de se noyer dans la futilité ? L’amour a des vertus que l’on ne connaît pas. Et il n’a pas besoin de se justifier.
Évidemment c’est avant tout une question d’angle de vue. Si on se place bien, on peut envisager l’ensemble du problème. Ce n’est pas une question de style ni de vocabulaire. « Ce qui se conçoit bien… » Le style vient après, une fois qu’on sait ce qu’on veut dire. À moins que ?…
Il est certain que l’esthétisme permet de progresser rapidement. Il y a des fulgurances, des courts-circuits avantageux… Mais enfin, il faut bien maintenir l’équilibre. Et laisser la priorité à la compréhension. Interpréter trop vite conduit à se mentir. Il faut tout embrasser avant d’être capable d’en porter témoignage. En conséquence il faut ôter ce qui empêche d’accepter. La confusion n’est pas dans le langage. Elle se trouve en amont, et on ne fait que l’exprimer. Il y a des conflits, des visions refusées. On croit être incapable de se faire entendre. On croit qu’il faut absolument trouver des compromis. Et ainsi on altère ce qu’on a à transmettre. On fait face à de l’insistance, à de l’intolérance. On n’est pas toujours sûr de la nécessité de s’imposer.
Tout semble se réduire à une question d’honnêteté. On pense volontiers que la sincérité pourrait la remplacer… Ne peut-on pas plutôt les faire coïncider ? Ça semble bon à étudier… Avant de se noyer dans la futilité ? L’amour a des vertus que l’on ne connaît pas. Et il n’a pas besoin de se justifier.
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