Pas un raz-de-marée

Pourquoi tu t’endormais, pourquoi tu regardais, pourquoi tu ne disais pas ce que tu pensais… Pourquoi tu racontais ce qui n’était pas vrai.
Ce n’était pas abstrait. Ce n’était même pas tellement compliqué. C’était la corrida qui ne s’achève pas. L’envie de commencer, et de recommencer. De ne pas dépasser les prémices sacrés.
Plus loin c’était aussi le sein de la discorde. L’élément fondateur de la séparation et du malentendu. Cette impression d’avoir un miracle à construire, et de ne pas savoir par quel bout l’attraper. Car il fallait changer une réalité qui depuis quelques siècles se désagrégeait. On ne pouvait pas faire comme si le silence était la solution. Il fallait résister, s’arc-bouter sévère, renverser la vapeur, et enfin insuffler une puissante dynamique. Qu’à compter de ce jour le monde soit penché dans le bon sens du vent. Que les nôtres n’aient plus besoin de se coucher pour espérer survivre. Que l’on oublie enfin ces ivresses légères de négation de soi, ces folles soumissions…

Mais maintenant bien sûr tout ça est oublié. C’était un clapotis, pas un raz-de-marée. Et même, en y pensant, c’était une sottise. Mieux vaut que ça n’ait pas réellement marché. Car sinon nous serions encore plus éloignés de la réalité.
Enfin je ne sais pas. Au fond j’aurais aimé que cela soit ainsi que je l’avais prédit. Mais c’était plus coriace que je le pensais.

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