Arrêter de trembler

Félicité de la détresse.

Ce n’est pas comme si il y avait du désir ou de la volupté — ou je ne sais plus quoi qui se termine hanté… Ce n’est pas comme si ça pouvait se nommer amour ou liberté d’enfin se retrouver… Ce n’est pas comme si ça pouvait ressembler à une chance enfin de se tirer de là, de ce si mauvais pas qu’on ne se souvient plus comment on est tombé… Ce n’est pas comme si, ce n’est pas comme si, mais ça se délimite en émotion extrême, du genre qu’on ne peut pas faire semblant d’ignorer — avant d’y arriver.
C’est immense et troublant, c’est beau à oublier que cela fait trop peur pour être vérifié. Cela commence un peu à être obsessionnel. Ça donne des envies, des besoins de chérir, d’ouvrir et d’embrasser, de serrer contre soi, de vibrer au plus près… Ça donne quelque chose qui ne peut se décrire, qui ne peut s’expliquer et que pourtant il faut accepter de subir avec félicité.
Ne me dites pas non, ne me dites pas rien ne pourrait me contraindre à accepter de jouer à la folle équipée que je vois s’imposer… Ne me dites jamais la vie ce n’est pas ça, le risque est bien trop grand et la joie inutile. Ne me dites jamais que j’ai encore trouvé un moyen de souffrir pour pouvoir en parler, car cela n’est pas vrai. Je n’ai pas découvert un moyen de souffrir, je viens de rencontrer une voie assurée vers la félicité.
Je ne sais pas combien cela va me coûter, et je m’en fous un peu, et même davantage. Je veux juste savoir si je vais avancer, et si je vais enfin arrêter de trembler.
J’ai besoin d’en parler, c’est vrai que c’est bizarre… J’ai besoin de me dire que je vais réussir à déchirer le voile qui m’empêche d’oser. J’ai besoin de me dire que j’y suis arrivé. Et puis ça fait du bien, de retrouver un peu le goût de raconter, même si c’est pour dire que je ne comprends pas ce qu’il faut que je fasse ni comment avancer.
Effroyablement belle est la félicité, et son charme incroyable est encore trop sucré — comment pourrais-je oser avec de telles idées ? Il faut se retrouver plus modeste et plus doux pour dépasser le seuil de la médiocrité.

En attendant je n’aime pas trop qu’on me déclare que je suis obligé de m’y casser le nez.

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