Comme un cocon capitonné

J’aime cracher par terre, et regarder la mer. J’aime me souvenir des longues chevauchées. J’aime quand le désir se faire encore sentir, et puis quand le besoin sait se faire oublier. J’aime me découvrir dans le regard de l’autre, même si quelquefois je ne suis pas d’accord avec ce que j’y vois. J’aime l’instant précis où l’ivresse s’avance, et donne l’impression qu’elle va durer toujours. Je n’aime pas du tout les histoires qui finissent sur un malentendu. Je n’aime pas du tout les portes refermées, verrouillées, condamnées. Celles et ceux qui mettent un point d’honneur à ne jamais se laisser attendrir par le chagrin d’autrui.
Je suis le vénérable, le téméraire, et le maudit. J’aime me raconter des contes insensés. Imaginer l’inouï et réussir à le sentir, à le vivre, à le démontrer. Je suis d’une prétention qui m’effraie quelquefois.
J’aime me réveiller à la suite d’un rêve un peu trop agréable. Hélas je ne parviens jamais à le rejoindre. J’aime à croire que demain sera mieux qu’aujourd’hui, et qu’un jour j’obtiendrai ce que j’ai demandé, une opportunité entraînante et irrésistible. J’aime à dire que l’épreuve a bien assez duré, mais j’ai des doutes à ce sujet.
J’aime comme un damné avoir le cœur en cendres et puis m’apercevoir que ce n’était pas vrai. J’aimerais bien refaire le chemin à l’envers, pour corriger ce qui a vraiment trop merdé. Ou alors inventer un moyen d’oublier ? Non, ça ne me dit rien.
Enfin quoi, c’est certain, je pourrais aussi bien cesser de me mentir et commencer à me creuser un trou pour m’enterrer… Mais, bon. J’aimerais mieux trouver un moyen plus courtois pour me tirer de là.
Au fond je suis tout prêt à me laisser dompter. Cela fait très longtemps que j’ai cessé de me défendre. Je fais parfois semblant, mais ça ne compte pas. Ça rassure ceux qui veulent avoir l’air offensif. Par la même occasion ça leur montre à quel point l’idée est ridicule.
Évidemment il y a des comptes à régler. C’est là ce qui me prend le plus clair de mon temps. Tout ce qui m’est resté en travers du gosier. Mais d’un autre côté je sais que c’est stupide, puisque les solutions ne sont que rarement où on voudrait qu’elles soient…
En somme j’aime bien être un peu égaré. Ce n’est guère valorisant, mais ça donne une chance à des sensations neuves de se manifester. Au fond c’est même là que l’assurance est la plus grande, quand on se sait assez fort pour admettre qu’on n’y comprend rien et que c’est ça qui rend le jeu si passionnant. Le reste du temps on juge, on se révolte, on pleure… En somme on cherche à s’échapper du monde trop parfait que l’on s’est fabriqué, où tout est déjà su, prévu, inévitable, fatidique ! Comme un cocon capitonné… Même si souvent c’est sur des clous que l’on s’est installé, espérant que cela suffira à déjouer le piège de l’autosatisfaction, et refusant de constater que ça produit l’effet inverse.

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