Prétendue sagesse

Cependant subsistait une impression de manque assez désagréable. C’était trop simple, trop concret, les limites étaient trop visibles. Il fallait déchirer la toile du décor, permettre à la réalité de se manifester dans toute sa splendeur. Il n’avait pas le droit de se laisser aller à la facilité, de croire que ce qu’il possédait déjà lui suffisait. Son trésor paraissait dépourvu de valeur s’il était incapable de le faire fructifier. La joie qu’il en tirait risquait de se changer en crainte de le perdre. Mais pouvait-il encore se laisser entraîner ? Rien de ce qu’il voyait ne l’attirait suffisamment pour le faire bouger. Il avait l’impression qu’aucun secret n’était à même de lui échapper. Ça paraissait stupide, certainement factice, mais comment s’en convaincre ? N’y avait-il pas là un mystère insondable ? Sa trop grande assurance ne lui cachait-elle pas la simple vérité ? Sa prétendue sagesse n’était-elle qu’un des masques de l’ignorance ? N’était-il qu’ébloui par une lumière artificielle ?
Laurence avait raison. Ce qu’il avait trouvé était très ordinaire. Il fallait relativiser. Il n’était pas soudain devenu omniscient. Il était juste un peu moins débile qu’avant. Avait-il seulement acquis de nouvelles connaissances ? Ce qu’il croyait apprendre n’était-il pas déjà inscrit en lui depuis longtemps ? Il avait juste pris conscience de la beauté de son trésor, de sa grande valeur, et malgré lui était tombé en extase devant. Sans qu’il s’en rende compte celui-ci avait pris la place de la réalité. Mais était-ce nouveau ? Ce sentiment n’avait-il pas toujours été présent ? Ce qu’il croyait savoir n’avait-il pas toujours été plus important pour lui que ce qu’il ignorait ?

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