La misère du monde

Et puis c’était bizarre. Chaque pas que je faisais semblait me ramener à mon point de départ… La seule différence étant que je me retrouvais plus dégoûté qu’avant. Tout ce que je tentais pour m’occuper de son cas douloureux semblait voué à l’échec… Comme si un bon génie avait juré de me convaincre de renoncer à ce projet. Ce qui restait possible, mais semblait disproportionné.
Au fond c’était son attitude, qui me décourageait. Rien ne lui convenait. Quoi qu’on puisse lui proposer, il trouvait à redire. Et avec ça boudait à longueur de journée, prétendait désirer qu’on le laisse tranquille. En résumé était doté d’un esprit de contradiction aussi tenace que stupide.
Mais comment faisait-il pour ne pas voir qu’autour de lui le monde l’attendait ? Comment s’y prenait-il pour ne pas ressentir tout cet amour qu’on lui donnait ? Sa souffrance était-elle aussi entreprenante qu’il le prétendait ? Ou était-il plus simplement tombé en amour fou avec son cher nombril ?
Le peu qu’il en disait était incohérent. Selon lui il s’était tout à coup aperçu que la misère du monde se déversait en lui sans qu’il puisse rien faire pour endiguer ce flot tragique ou au moins essayer de le canaliser. Un genre de délire messianique sans aucun intérêt. Ce n’était pas nouveau, mais jusque là cela n’avait jamais pris de telles proportions !

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