Peut-être auraient-ils dû se séparer quelques semaines, le temps d’y voir un peu plus clair… Mais ça semblait exagéré, et difficile à mettre en œuvre. Quant à se séparer définitivement, c’était hors de question. Ils n’avaient quand même pas fait tout ce chemin pour rien ! Heureusement il y avait encore moyen d’éviter d’y penser… La crise allait passer, et l’avenir serait ce qu’ils voudraient qu’il soit. Tous deux étaient assez intelligents pour savoir qu’il est toujours possible de négocier avec la fatalité.
En attendant ils s’arrangeaient pour ne pas être trop souvent en tête à tête… Ils sortaient presque tous les soirs, ou bien ils recevaient familles ou amis… Quant aux week-ends, ils étaient surchargés ! Ainsi ils étaient épuisés à l’heure de se coucher, l’esprit préoccupé d’autrui… Ils étaient appréciés partout où ils allaient, et nombreux étaient ceux qui les considéraient comme un couple idéal. Au point qu’on commençait à s’étonner qu’ils ne soient pas encore mariés. Et eux-mêmes se mirent à en envisager la possibilité pour le printemps suivant… Cela semblait logique, et après tout rien ne prouvait qu’il ne s’agissait pas de la parfaite solution à leur malaise passager… Jean-François n’était pas très chaud, mais il pensait que c’était peut-être là ce qui manquait à Laurence pour être heureuse. Quant à elle, elle voulait espérer que ça le contraindrait à se montrer plus responsable, à revenir plus près de la réalité.
En fait il avait maintenant carrément décroché. Il était devenu quasiment silencieux, se sentait entre parenthèses, embarqué dans une illusion dont il ne savait rien, cherchant à deviner le fin mot de l’histoire. C’était intéressant, il était sûr que tout cela devait avoir un sens, que cela le menait irrésistiblement vers un destin hors du commun. Car il était confiant, et avait maintenant réellement renoncé à se diriger seul. Il ignorait qui le guidait, apparemment ce n’était pas Laurence, mais il était certain qu’il allait y trouver son compte. Il ne comprenait rien à ce qui se passait, mais il avait le sentiment de progresser, d’aller vers le mieux. De jour en jour il avait l’impression de devenir plus performant. Son manque d’assurance semblait l’avoir abandonné. Ce n’était plus qu’un souvenir à la limite de l’inconcevable. Il avait peine à croire avoir un jour été si faible, si inconsistant. N’était-ce pas quelque chose qu’il avait vu la télé ? ou bien au cinéma ? Ça ne pouvait pas être lui. Il devait se tromper. Bien sûr il avait fait ceci ou bien cela qui n’avait rien de très glorieux, mais c’était une ruse, une fine stratégie… Il n’avait fait que s’amuser.
Un couple idéal
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