— Ça n’a rien d’un mystère. Cela se fait tout seul.
— Pas chez moi, en tout cas.
— C’est parce que tu as peur. Ton sens du ridicule est trop développé. C’est plutôt une chance. Au moins, tu ne prends pas de risques inutiles.
— Je n’ai pas l’impression d’avoir peur. Ni même de trouver ça ridicule. Je n’y crois pas, c’est tout. Si je sais que c’est faux, que j’ai tout inventé, je ne peux pas y croire.
— C’est bien ce que je dis. Tu refuses d’y croire. C’est une sécurité. Chez moi, elle est moins contraignante. Elle est même trop faible, je pense. Ça me demande un gros effort.
— Tu veux dire que tu crois à la première idée qui te passe par la tête ? Même si tu sais que ce n’est pas vrai ?
— Oh ! non. Je peux choisir. Je ne prends que celles qui me plaisent. C’est même là qu’est le danger. Si la réalité ne me plaît pas, je vais avoir tendance à refuser d’y croire.
— C’est délirant ! Ça doit être génial ! Au moins, tu n’es pas obligée de t’adapter !
— Ça le serait si je n’étais qu’un pur esprit. Hélas, comme tu le vois, j’ai aussi un corps. Et il faut bien s’en occuper, sinon il dépérit ! Sans compter que je m’y sens bien, qu’il a de nombreux avantages, et que je n’ai aucune envie de m’en séparer !
— Tu crois que c’est possible ?
— Je n’en sais rien. Peut-être. Je n’ai jamais poussé jusque là l’expérience… Certains prétendent que ça l’est. À mon avis, il faut d’abord en être détaché. Je m’aime trop pour ça. J’ai envie de me faire plaisir. S’il faut que je renonce à tout, ça ne m’amuse pas.
Une sécurité
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