« Merci, tu es gentil, répondit-elle en souriant, et puis elle se figea.
— C’est tout l’effet que ça te fait ? demanda-t-il, surpris.
— Que veux-tu que je dise ? Je t’aime moi aussi. Je pensais que tu le savais. Ça n’a rien de nouveau.
— Tu sembles être blasée… Je n’ai pas l’habitude que tu sois comme ça.
— Excuse-moi. C’est la fatigue. Il ne faut pas t’inquiéter pour ça.
— Je ne m’inquiète pas. Je suis juste étonné. Tu es sûre d’être heureuse ? Tu le dirais, n’est-ce pas, si tu ne m’aimais plus ?
— Pourquoi ne t’aimerais-je plus ? Tu as fait quelque chose que je devrais savoir ?
— Je ne sais pas. J’ai parfois l’impression que tu es malheureuse. Je te trouve distante. On ne se parle plus.
— Cela ne tient qu’à toi. Tu as beaucoup changé. Tu n’es pas très bavard.
— Et j’ai changé en pire, c’est ça ? Je te déçois ?
— Comment veux-tu que je le sache ? Si tu ne me dis rien, je ne peux pas savoir à quoi tu penses !
— Je ne pense pas beaucoup, tu sais. En tout cas ce n’est pas ce que j’appelle penser. J’observe, surtout. Je fais des découvertes. Et je me pose des questions.
— Quelle que soit la façon dont tu appelles ça, tu le gardes pour toi. Ça ne me gêne pas, mais on ne peut pas dire que cela facilite le dialogue ! J’ai parfois l’impression que tu ne me vois pas.
— Ce n’est pas vrai. Je ne fais attention qu’à toi. Tu ne t’en rends pas compte ?
— Si, bien sûr. Mais admets que tu as une étrange manière de le faire !
— Je me laisse envahir. J’essaie de t’absorber, peut-être. C’est quelque chose dans ce goût-là. Et ce que je découvre est très intéressant !
— Comment peux-tu être certain de ne pas tout imaginer ? L’idée que tu te fais de moi ne me ressemble pas !
— Je n’ai pas l’impression de me faire une idée. C’est ta vision, qui m’intéresse. Ou plutôt la façon dont tu perçois les choses. Mais sur moi cela fait forcément un effet différent ! Je ne suis pas habitué ! Ça m’ouvre des perspectives, ça m’amène à remettre en question mes interprétations…
— Tout ça m’a l’air bien compliqué ! Comment peux-tu être certain que cela vient de moi ? C’était peut-être en toi, un potentiel que tu n’avais pas encore exploité…
— Je ne sais pas. Peut-être as-tu raison. En tout cas c’est à ton contact que ça m’est venu. Et je te sens toujours très proche, comme si tu m’accompagnais… D’ailleurs ça doit être pour ça que je n’en parle pas. J’ai déjà l’impression que tu es au courant.
— Tu devrais faire plus attention. Ça pourrait être dangereux.
— Tu trouves que j’ai l’air de perdre pied ?
Une étrange manière
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