Un malentendu

— Plus je t’écoute, et plus j’ai la sensation qu’il y a un malentendu. Je ne fuis pas la réalité. Au contraire. Je suis en plein dedans.
— Que tu crois ! Ce que tu imagines paraît peut-être vrai, mais c’est une illusion ! C’est ici, la réalité. Pas dans tes rêves.
— Mais c’est à ce qui m’entoure, que je m’intéresse ! Je ne suis pas ailleurs ! Tu as dû mal comprendre !
— Je connais ça ! Bientôt, tu vas me raconter que c’est ce qui t’entoure qui est une illusion…
— Pourquoi ? C’en est une ?
— Jusqu’à preuve du contraire, non. Mais c’est facile à croire. Et de là à créer un monde imaginaire où tout sera plus agréable… Le pas est vite franchi ! Et après, on n’a plus du tout envie de revenir !
— Tu dis n’importe quoi. Je ne suis pas du genre à croire à mes mensonges. Si j’invente quelque chose, je suis quand même bien placé pour m’en apercevoir !
— Tu crois déjà à tes mensonges. Tu ne fais même que ça ! Sinon comment t’y prendrais-tu pour imiter les autres sans en avoir conscience ?
— Ce n’est pas la même chose ! C’est de l’adaptation, du mimétisme. Ce n’est pas un mensonge !
— Tu ne m’ôteras pas de l’esprit que c’est ton imagination qui fait tout le travail. Si c’est le mot mensonge qui te gêne, je veux bien en trouver un autre, mais ça revient au même ! Ce n’est pas vraiment toi. C’est une simulation.
— De toutes façons ça n’a aucun rapport avec ce qu’on disait. Tu avais l’air certaine que j’allais inventer un autre monde !
— La distance n’est pas bien grande entre se croire quelqu’un d’autre et croire que l’on est ailleurs…
— Je ne vois pas pourquoi j’irais chercher ailleurs ce que je trouve ici. Ce monde me suffit. Je suis encore très loin d’en avoir fait le tour !
— Tu n’es jamais tenté d’imaginer un monde plus facile et plus agréable ?
— Si, bien sûr. Mais je sais que ce n’est pas vrai. Ce n’est qu’un songe, rien de plus.
— Et selon toi que se passerait-il si tu trouvais moyen d’y être ?
— Tu veux dire, pour de bon ? Comme si je dormais ?
— Exactement. Mais en pleine conscience. Et aussi souvent que tu le veux.
— Ce n’est pas possible.
— Qu’en sais-tu ? Ce n’est pas vraiment difficile, crois-moi ! La vraie difficulté serait plutôt d’y renoncer !
— Je ne peux pas te croire. Ça a l’air d’une blague.
— Si c’était une blague, elle ne serait pas drôle. Si on y réfléchit, c’est même plutôt effrayant !

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