Elle avait toujours su qu’elle était différente, qu’elle possédait un don qui la mettait à part. Mais elle avait également toujours su qu’il fallait que ça reste secret. Allait-il réussir à l’obliger à en parler, à tout lui révéler ? N’était-ce pas à elle de lui faire confiance, de consentir à partager tout ce qu’elle connaissait ? Mais pouvait-on vraiment parler de connaissance ? N’était-ce pas plutôt une fatalité, une charge trop lourde ? Elle comprenait sans peine qu’il soit intéressé, mais avait-elle le droit de lui imposer ça ? Ne valait-il pas mieux qu’il continue à l’ignorer ? Était-il préférable de le protéger, ou de tout partager ? Ce n’était pas par goût, qu’elle voulait se cacher, mais par nécessité. Elle n’avait pas envie qu’il se fasse du mal. Elle désirait pour lui une vie confortable. À ses yeux il était encore beaucoup trop faible pour supporter une pareille charge. Elle avait l’impression d’agir dans son intérêt. Ce qu’il voulait savoir était trop gros pour lui. Il fallait qu’il soit prêt avant de satisfaire sa curiosité. Que celle-ci soit légitime ne faisait pas le moindre doute, mais il s’y prenait mal, il était trop pressé. Au minimum elle devait réussir à le faire patienter. Au moins le temps qu’il soit plus fort, et plus déterminé. Et de toutes façons il n’avait pas le choix : même en voulant sincèrement le satisfaire, elle ne le pouvait pas. Tout cela était trop confus. Elle devait d’abord essayer d’y mettre de l’ordre, de le délimiter et de l’examiner afin de partager le vrai du faux. Elle avait trop longtemps refusé d’y penser. Sans doute était-il temps qu’elle affronte ses peurs, qu’elle comprenne enfin ce qui s’était passé.
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