Apporter sa lumière

Au fond ça deviendrait tellement prétentieux qu’il vaut mieux le cacher. Et puis cela créerait de multiples désordres. Il est aisé d’imaginer quelle animosité cela déclencherait.
Je n’ai pas l’impression que l’imagination ait le droit de servir à ça. C’est triste, ça provoque des fantasmes maussades. On préfère penser que le monde est peuplé de lutins enjoués.
Quant à dire qu’on se moque, ce n’est pas si certain. On s’adapte, c’est tout. On accepte la règle. Celle pour laquelle on a voulu nous piétiner le cœur. Celle qu’on nous a forcés à adopter. Pour laquelle on a dû renoncer à tout ce qu’on aimait.
Enfin. C’est du passé. Inutile d’insister. Il faut trouver son avantage conformément aux circonstances. Et au moins c’est plus simple. Le monde est plus petit, beaucoup moins compliqué. Ça permet de se repérer. L’essentiel n’est-il pas de demeurer vivant ?
Ce qui semble si triste, c’est qu’au fond on n’a pas tout à fait renoncé. Les sentiments sont toujours là, essayant de ruser, manifestant leurs espérances. On garde l’impression que les suivre serait la meilleure solution. Quitte à être déçu. Quitte à s’apercevoir qu’on a été dupé. Que nos rêves sont moins beaux que la réalité.
Évidemment on peut tenter de transformer le monde. À tout le moins on peut dire ce que l’on en voit. Relever les incohérences, essayer de le pacifier. Chercher comment ne plus souffrir de ses contradictions. Apporter sa lumière, montrer que ce n’est pas si grave qu’il paraît. Mais il faudrait déjà être plus sûr de soi, ne pas avoir la sensation de ne rien y comprendre. Ne plus être obligé de lutter pour survivre.
Cependant ne peut-on utiliser l’outil que l’on croit posséder ? Ne peut-on s’en servir pour démontrer qu’on sait où est la vérité ? Ne peut-on faire un sort à ceux qui nous oppressent, et leur donner ce qu’ils méritent ? Pourquoi préfère-t-on se laisser humilier ? Parce qu’ils ont des pouvoirs qu’on n’imagine pas ? Est-on sûr de ne pas avoir tout inventé ? Et, si oui, pourquoi faire ? Dans le futile espoir de paraître sincère ? Par crainte de déplaire ?
Ce n’est pas si vertigineux que cela semble l’être. On se laisse piéger à force de penser. On croit pouvoir ruser, et puis on s’aperçoit que ça ne marche pas… On se défend à tout hasard, parce qu’on croit utile de préserver le peu qu’on a. Il faut prendre des risques, ruer dans les brancards, déplacer des barrières. Essayer de savoir si ce qu’on croit est vrai, au lieu de le cacher. Il y a sûrement quelque chose à gagner. Ne serait-ce qu’une meilleure connaissance de l’environnement.

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