Graves incohérences

Ce n’est pas si méchant que cela semble l’être ? Je n’en suis pas si sûr. Car pourquoi l’affirmer ? Y aurait-il à cet endroit une brèche à combler ?
Je ne sais pas. Ce n’est pas ça. C’est plutôt par rapport à l’environnement. Comme s’il fallait se dépêcher pour ne pas arriver au point où on sera forcé de se cacher. Mais pourquoi se cacher ? Quelle est la liberté que l’on croit y trouver ?
Ça m’a tout l’air d’un gros mensonge. Il y a là-dessous de curieuses faiblesses. Comme si on redoutait d’avoir à renoncer à quelque chose qu’à tort on pense nécessaire.
C’est l’outil, qu’on protège ? Serait-il si fragile ? Ne serait-ce pas plutôt d’absurdes privilèges dont on ne parvient pas à se débarrasser ? Des exagérations qui n’osent pas dire leur nom ? Des prises de possession inefficaces, maladroites ? Des manques de confiance en ce que l’on connaît ? Car pourquoi s’accrocher à la définition ? Est-elle si incertaine ? Les arguments de l’adversaire sont-ils si redoutables ? Craint-on d’être obligé de s’y rallier pour pouvoir avancer ?
Évidemment il y a ce gros bouchon sentimental, ce conflit insensé… On exige des droits qu’on ne possède pas… Et on ignore ce qui nous oblige à le faire… On craint d’avoir à tolérer ce qu’on estime intolérable… Mais ne peut-on tenter de transformer ce champ de tir en parcours de santé ? L’idée est-elle aussi inadmissible qu’on s’obstine à le croire ?
Il faudrait faire l’inventaire de tous les avantages que l’on pense y trouver. Il va de soi que la plupart sont plutôt illusoires. Et là on s’aperçoit que c’est cette évidence qui semble inacceptable ! Disons qu’on est tenté de répliquer que ce serait trop simple… Autant dire qu’on préfère que ce soit compliqué ? Pas vraiment compliqué, mais un peu plus subtil ? N’a-t-on pas l’impression de se moquer du monde ?
Hélas, non. C’est certain. On se contente d’affirmer qu’il y a des détails dont il faut tenir compte. Des choses qui se voient, qu’on ne peut ignorer. De très fortes pressions. Déplaisantes peut-être, mais tout à fait réelles. Qu’on doit prendre le temps de bien considérer. Voire d’appréhender. Car on est obligé de témoigner de la totalité de la réalité. On n’est pas là pour falsifier ce qui pourrait nous déranger. On doit prendre la peine de s’y adapter. Et au fond on est sûr que c’est la seule façon correcte d’avancer. C’est une question de cohérence et d’efficacité.
Il y a là un pouvoir dont on doit profiter. Refuser de le faire serait trop lourd de conséquences. Ça ne ferait que démontrer notre fragilité. À quoi bon se défendre ? Serait-on sûr d’avoir déjà trouvé la vérité ? Celle-ci est-elle si belle qu’on doive y sacrifier jusqu’à la liberté de tout appréhender ? Craindrait-on de s’apercevoir qu’on n’a pas le pouvoir qu’on imagine avoir ?
À l’évidence il y a là de graves incohérences. Et au fond on sait bien comment les corriger. Reste à savoir pourquoi on ne se donne pas le pouvoir de le faire… Pourquoi on se croit obligé de maintenir une illusion aussi compromettante… Et déjà compromise ? Probablement, oui. Sinon on n’aurait pas à se poser tant de questions. Car il ne s’agit pas de simple gymnastique. Il y a réellement une difficulté à obtenir satisfaction. Inutile d’insister. On est très loin de l’idéal auquel on a songé. Celui pour lequel on croit bon d’exiger tous ces privilèges.
Le nœud est bien serré. Il est clair qu’il vaut mieux éviter d’y penser. La solution est en-dehors de ce que l’on connaît. Donc il faut avancer. Quel que soit le chemin, on est au moins certain d’obtenir quelque chose. Ensuite on pourra voir quel est le résultat.

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