L’hameçon fatal

« De qui se moque-t-on ? » aimait-il répéter, pensant avoir déjà trouvé la liberté. (Toujours en train de s’impliquer dans des combines compliquées…)
« Que veux-tu qu’on en fasse ? On ne peut quand même pas simplement s’en débarrasser en le glissant sous le tapis ! » (Ah ! oui… Mais pour autant est-on forcé d’y croire ?)
C’est vrai que c’est complexe, et plutôt encombrant… Plein de recoins secrets où on pourrait se perdre… Mais enfin, il y a toujours moyen de se défendre. Tout du moins aussitôt qu’on sera décidé.
On s’est déjà assez trahi pour ne plus se gêner. Ce qui manque n’est pas du tout ce que l’on pense, mais on peut faire semblant, le temps d’apercevoir la source du malaise.
Ah ! oui. Mais, faire semblant, on avait décidé d’éviter de le faire… Il faut savoir ce que l’on veut !
On veut se dégager de cette absurdité, ne plus être tenté de se faire du mal. Et puis on veut savoir le procédé utilisé pour nous apprivoiser. Être certain que désormais le piège sera inoffensif.
Évidemment on a le nez plongé dedans, et de la boue collée un peu partout… Ça n’aide pas à y voir clair.

Si c’est un arrosoir, on ne sait pas comment il faudrait s’en servir. Et de toutes façons ça n’y ressemble pas. Ça ressemble plutôt à une variété puissante de poison. De ceux dont on se sert pour annuler tout ce qui gêne.
Ça veut se faire passer pour de la gentillesse, mais on a depuis très longtemps accumulé un bon paquet de preuves du contraire. Ça falsifie tout ce qui bouge, ça pollue l’amour-propre et l’abandonne congelé. C’est une sorte de méthode fabriquant de l’humilité de basse qualité.
C’est très déraisonnable. Sans aller jusqu’à dire que c’est pure folie, il est certain qu’on doit prendre des précautions avant de s’en servir. D’autant que cela semble protégé par une fausse courtoisie.
On a déjà mordu à l’hameçon fatal. On en est à compter les journées de sursis. Mais on n’a toujours pas envie de se débattre. On estime y trouver assez de volupté pour être pardonné. Et puis, n’a-t-on pas droit de faire ce que l’on veut ?
On voit qu’il est trop tard pour espérer gagner. On est trop engagé, on a déjà signé mille contrats définitifs. On tire à vue sur les benêts qui veulent nous sauver.
Il n’y a là-dedans aucune architecture. C’est un suicide collectif, un désaccord complet. On veut juste mourir le plus vite possible. S’éteindre, s’absenter, arrêter la machine. Trouver enfin moyen de quitter le navire. On semble toujours dire qu’on veut juste partir et ne plus revenir. Mais pourquoi ?
Parce qu’on en a assez que ça ne marche pas, que ce que l’on désire demeure hors de portée. Parce qu’on a essayé, et qu’on est humilié de toujours échouer. Parce qu’on veut rêver à un monde meilleur sans être dérangé.
Que ce soit illogique n’a aucune importance. Au point où on en est, on peut bien continuer à dire n’importe quoi. Vue l’attention qu’on nous accorde, il vaut mieux renoncer.

Et puis les conditions sont vraiment détestables. Ça ne ressemble pas à ce qu’on attendait. Il n’y a pas le moindre signe favorable. Il est clair qu’on essaie de nous décourager. Qu’on veut nous faire marcher au pas dans le sens opposé.
On a déjà bien du mérite à supporter la honte ! Le déshonneur est tel qu’on en est épuisé. Bien sûr on a fauté, on a fait trop d’erreurs, mais cette punition paraît exagérée. Est-on vraiment aussi mauvais qu’on veut nous le faire croire ?
Admettons que tout ça ne soit que la réponse à notre obstination. Après tout, on est mal placé pour en juger ! Mais pourquoi n’y a-t-il aucun moyen de négocier ? Ne peut-on discuter, tenter de s’arranger ? N’a-t-on pas d’autre choix que de creuser un trou pour s’enterrer ?
Capituler n’est pas un art que l’on cultive volontiers. On aime que l’espoir reste toujours vivant. On n’aime pas les interdits, les barrières glacées. On veut croire que le droit est de notre côté.
Après tout, on a fait ce qu’on nous demandait sans jamais rechigner. Quand bien même parfois cela semblait stupide ! Inutile, malsain. On ne voit pas pourquoi les règles changeraient. Pourquoi ce qu’on connaît ne fonctionnerait plus.
Car ce qu’on nous oppose n’a jamais fait partie des règles proposées ! Jamais on n’aurait joué dans de telles conditions !
Mais, bon. Il doit bien exister moyen de s’adapter… Tant qu’il y a des règles, on doit pouvoir les appliquer… Qu’elles changent en cours de route doit faire partie du jeu… C’est un peu compliqué, mais ce n’est pas non plus hors de notre portée… Il suffit de trouver l’occasion d’essayer… Il n’est pas encore dit que la partie est terminée.

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