Ce n’est pas une blague, mais il y a des chances que cela ne soit pas ce que cela semble être. On peut imaginer d’autres combinaisons.
Cependant il paraît quelque peu méprisant d’exiger des démonstrations. On préfère louvoyer que se soumettre au tribunal.
C’est vrai que j’en ai marre, mais je ne cherche pas à faire bonne figure. Je n’ai pas d’autre prétention que d’être respecté.
Je reconnais ce sentiment, et pourtant je ne peux pas le mettre en valeur… Ma monnaie n’a pas cours ici. Je n’aperçois aucun esprit cherchant à me comprendre. Tout ce qu’on me propose me semble déplacé. Dépourvu de confiance et de subtilité. Mais c’est peut-être moi qui ne veut pas le voir. Je n’ai aucune peine à admettre que dans l’ensemble je me sens plutôt réticent. Simplement parce que je sais déjà qu’on cherche à m’obliger à tout quitter. Mes confortables certitudes sont tout ce qui me reste : je n’ai aucune envie de les trahir. Je ne ferai le premier pas que quand je serai sûr qu’on me respectera. Car je garde l’espoir de retrouver un jour tout ce que j’ai perdu. Qu’on prenne au moins la peine de me prouver que je suis dans l’erreur avant de me forcer à tout abandonner. J’exige qu’on me prenne par les sentiments, et garder le pouvoir de rendre hommage à ce que j’aime. Si je dois me trahir, je ne veux pas que ça se voie. Je veux garder pouvoir de me justifier en toute honnêteté. Avoir des arguments. Être capable de prouver que je suis dans le vrai. Sans mentir, sans tricher. Je veux voir l’évidence avant de m’y soumettre. Et puis je veux savoir exactement comment je me suis égaré. C’est beaucoup d’exigences, mais ça me semble préférable. En tout cas plus prudent. J’admets que mon chemin semble parfois obscur, mais jusqu’ici on ne m’a pas donné moyen de l’éclairer. Dans le doute je suis forcé de me fier à ce que je connais. Même si pour ce faire je suis forcé de maintenir certaines incohérences. Au moins la certitude me permet de garder l’équilibre. Et puis certains détails nourrissent ma méfiance… Jusqu’ici tous les rôles qu’on m’a proposés m’ont parus humiliants. Je ne vois pas pourquoi on cherche à m’humilier. Je ne vois pas quelle « bonne cause » peut justifier cela. Je suis peut-être susceptible, mais pourquoi tient-on tant à m’imposer un rôle aussi désagréable ? Je ne négocierai que lorsque je croirai y trouver avantage. N’ayant plus rien à perdre, il ne me reste plus qu’à jouer mon va-tout. On ne m’a pas encore prouvé que j’avais intérêt à renoncer à ce que je désire. On m’a juste prouvé que je devais me battre. Et c’est ce que je fais. Ce n’est pas moi qui ai voulu qu’on se mette en travers de ma route. Je suis peut-être ridicule, mais j’ai au moins l’honneur de ne pas me trahir. On m’a fait trop de mal pour que j’accepte encore d’être plus conciliant. On n’était pas forcé de venir me chercher dans mes retranchements. Si je dois échouer, au moins je serai sûr d’avoir tout essayé. Il ne saurait être question que je brade mon âme.
Tout ça est pitoyable. Mais comment puis-je faire pour sortir de ce trou ? Pour me convaincre que les menaces que je vois sont illusoires ? Je connais mes faiblesses, et je sais que je n’ai aucun moyen de les combler. Je n’ai pas le courage d’abandonner mes certitudes. Même si celles-ci sont très détériorées. Même si je vois qu’en fait c’est contre moi que je me bats.
Dépourvu de confiance et de subtilité
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