Les frontières sont floues

Il y a encore trop d’éléments illogiques. Ça ne me convient pas. J’ai envie de changer le décor où je vais devoir évoluer. Quant au plaisir austère de tout assimiler… Ce n’est pas aujourd’hui que je vais être libre de ne plus choisir.
On ramasse en chemin d’étranges perspectives, mais ce n’est pas pour ça qu’on est content de soi. Il y a beaucoup trop de désordres cachés. Sans compter qu’il faudrait décider de sortir de ce cercle vicié.
Les frontières sont floues, et sans cesse on essaie de les redéfinir. On veut juste obtenir un accord de principe. Quant au reste, on n’a pas vraiment le cran d’y croire. Cela exigerait trop de complexité.
Mais alors il n’y a plus rien à espérer ? On recommencera ce qu’on a déjà fait jusqu’à être épuisé ?
C’est curieux. On espère une issue favorable, et pourtant on sait bien qu’on la refusera. Car on a fabriqué une telle méfiance que tout semble suspect. On passe tant de temps à se croire piégé !
La question n’est pas là. On attend quelque chose qui ne viendra jamais, tout en étant certain que cela doit venir. Ce n’est pas inutile, mais on ignore à quoi cela pourrait servir.
Le plus désagréable est l’impression qu’il va falloir encore accumuler les compromis pour pouvoir avancer. On voudrait être pur, tracer une frontière là où on est passé, mais on est le jouet de forces adversaires. On est toujours en train de négocier à perte. On n’a aucune chance de s’en tirer vivant. Nul doute qu’il y ait une erreur quelque part, et on a peur d’avoir à en mesurer la gravité. Pourquoi ne peut-on pas simplement imposer une vision du monde un peu plus séduisante ? Qui nous a empêchés de dire ce que l’on aime et de le protéger ?
Bien sûr ils sont méchants. On ne peut pas le nier. Ils n’hésitent jamais à nous punir de nos audaces. Mais enfin ce n’est pas une raison pour se soumettre ! Il faut continuer à défier l’ordre établi jusqu’à ce qu’il consente à nous laisser le droit d’agir à notre guise.
Cette situation est assez ridicule pour qu’on ne puisse même plus se croire respectable. On imagine avoir besoin d’une autorisation pour tout ce que l’on fait. On a honte de soi au point de ne plus même oser se regarder. On a été détruit, labouré, piétiné. Rien de ce qu’on aimait n’a eu le droit de s’exprimer. On a beau essayer de se manifester, on ne parvient jamais à se prendre au sérieux, à faire ce qu’il faudrait pour être respecté. Alors quoi, bon, l’amour… Il paraît décidé qu’on en sera toujours exclu.
Et dans ces conditions on peut se contenter de mettre de côté ce qui nous reste de courage ? Mais du courage pour quoi faire ? Si tout est interdit, autant rester au lit !
C’est épuisant, ce vide, ce manque de substance… Et pourtant c’est tout proche. De temps en temps on a l’impression de le voir. C’est simplement qu’on imagine ne pas avoir le droit ni le goût d’y toucher… Et puis qu’on aimerait pouvoir se retirer sans être remarqué.
Revenir en arrière, au temps des parenthèses et du papier mâché… Plonger sans s’arrêter, et ne jamais être jugé… Pouvoir tout se permettre, sans plus jamais avoir besoin de montrer patte blanche… Ne plus craindre d’aimer, et de parfois passer entre les mailles du filet.

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