Costume de douleur

On ne peut accepter que ça fasse si mal… C’est tellement exagéré ! Et la déformation est d’une taille à peine imaginable.
En revanche j’ignore en quoi c’est en rapport avec l’évolution sentimentale… Les habits sont trop grands, et pourtant la carcasse est surdimensionnée…
J’aimerais pouvoir dire que je comprends ce qui se passe. Je vois juste que c’est un large mouvement. Ce n’est pas que j’aie peur, mais par moments je ne suis pas vraiment rassuré. Disons que j’aimerais bien me débarrasser de ce costume de douleur. Car vraiment ça fait mal, et je n’ai pas l’audace de m’en affranchir. Je crains d’avoir encore à traverser des tourments bien plus grands.
En attendant on fait comme si tout allait pour le mieux, car on a sa fierté… Il semblerait factice d’agir autrement. Et puis on sait très bien ce que ça coûterait. On a déjà donné, et en échange on a reçu de terribles humiliations. Autant garder la tête haute, et souffrir en silence. La méfiance paraît être la moindre des prudences.
Que va-t-il se passer quand on va réussir à se débarrasser de cette dépendance ? Et pourquoi a-t-on cru y trouver avantage ? C’est si loin, maintenant… Et pourtant, et pourtant… Ça semble revenir ?
Je n’ose croire possible que cette liberté me revienne soudain. Ça ne peut se produire que dans le drame et dans les larmes. De la même façon que ça a commencé. Il y a là-dessous un chagrin enterré. Une impatience carnivore, une envie de se déchirer. Le plus étrange étant que le problème ait pu durer aussi longtemps… Il fallait qu’il y ait du bon à en tirer ! Une sorte de pouvoir, ou une protection.
Sans doute est-il trop tôt pour tenter l’analyse. Il y a encore ce champ de mines à traverser, et les désordres accumulés qui vont se révéler. La victoire est en marche, mais elle paraît encore lointaine.
Quant aux contraintes imposées… Je crois que pour l’instant je ne suis pas à même de m’en soucier. Advienne que pourra… Et Gloire à Dieu si c’est sérieux. Mais on n’est pas sérieux quand on est amoureux ? Il serait malhonnête de prétendre l’être. C’est autre chose qui se passe, et qui à première vue semble miraculeux. Hélas tout ça paraît tellement compliqué qu’on est souvent tenté d’en être dégoûté. On voudrait que tout soit plus simple, plus facile. Que la route soit droite, le succès assuré. Qu’on n’ait pas à détruire les plus chers souvenirs. Qu’on ne soit plus jamais obligé de tricher.
Mais, bon. La vie est faite ainsi, et on est trop petit pour pouvoir la changer. La chance passera, et on regrettera de ne pas avoir su l’attraper. À moins qu’on se trouve entraîné par une force irrésistible ? Sans doute est-ce trop demander. Il est temps de construire la vie que l’on désire. Mais il semble bizarre que cela soit si difficile. Que cela soit si improbable. Comme si l’espoir ne pouvait être qu’extraordinaire. Comme si le fruit de l’expérience ne pouvait être qu’avarié. Comme si ce que l’on sait était à oublier. Pourtant c’est arrivé. Et on n’a pas envie que cela recommence. On veut bien confesser quelques petits péchés, mais pas tout effacer.

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