De la magie blanche

C’est fou, ce qu’on peut faire, avec des mots en phrases juste pour faire danser !
C’était un imbécile qui se croyait intelligent. Et l’inverse également.
Ça évoque plutôt un jardinier parlant à sa mauvaise graine. Ça fabrique la certitude au lieu de la décrire. Et puis cela ressemble à quelque chose d’importé, de traduit de l’anglais… Ce n’est pas si sévère qu’on aimerait que ça le soit. On se doute qu’après on sera endetté. C’est de la magie blanche. Une expérience intéressante, mais qui n’a rien donné. C’est un genre de délire d’envergure cosmique. Comique aussi, bien sûr.
Ce n’est pas une chose facile à raconter. On ne sort pas de là, de ce constat embarrassé. Car c’est trop éloigné de la réalité. Il faut parler de la magie, des pouvoirs de l’esprit. De tous les procédés de manipulation que l’on a découverts. Ce sont des choses que l’on sait, mais qu’il est impossible de raconter. Même en ne les montrant qu’en tant qu’éventualités. Ce sont les mots qui manquent, ou plutôt les concepts. Il n’y a pas de crainte, ni de goût du secret. Il y a juste un décalage. Le rôle de l’apprenti sorcier est difficile à mettre en scène de manière crédible, sans patauger dans les clichés. Et pourtant j’ai la sensation que c’est bien de ça qu’il s’agit. Ce n’est pas tant le personnage qui me pose problème, que celui qui en parle. Car comment justifier une conversation aussi étrange ? Comment en arriver à décrire des phénomènes aussi inhabituels ? Comment l’enraciner dans la vie ordinaire ? De quelle manière suis-je arrivé à comprendre cela ? D’autant que je suis obligé de partir d’une totale négation. La façon dont c’est présenté suppose l’incrédulité. Même s’il m’est possible de supposer chez le lecteur une certaine bienveillance, son adhésion est loin de me paraître acquise. J’ai encore à faire face à un mur de condescendance teintée d’indifférence. Ou alors le contraire. En tout cas je sais bien qu’il ne faut pas rêver être pris au sérieux. Même si je parviens à expliquer ce que je sais avec force détails.
Ça n’a rien de gênant, mais on ne peut pas dire que cela soit encourageant. Ça donne l’impression d’avoir encore une fois à tout recommencer. D’autant que je m’en fous, que l’on me croie ou non. C’est juste qu’il s’agit du sujet imposé. Un sujet exigeant une désinvolture que je n’ai pas encore. Dont je n’ai pas encore analysé l’exacte composition. Un côté insolent, mais pas vraiment méchant. Une certaine lassitude. « Puisqu’il faut tout vous expliquer, je veux bien essayer… » Sous-entendu ne venez pas vous plaindre ensuite que ça paraît trop compliqué. Avec aussi une légère dose d’ébahissement devant tant d’ignorance. Pas vraiment du mépris, mais l’impression d’avoir à débiter des évidences. Comme si on essayait de me faire marcher. « Mais vous savez bien sûr de quoi je veux parler… » En conséquence on se demande pourquoi il faut le dire. Comme s’il s’agissait d’un genre d’amnésie. « Est-il possible que je sois le seul à voir ce que je vois ? »

Ah ! c’est intéressant, mais ce n’est pas encore vraiment satisfaisant. Ça réduit le problème à son aspect technique, et j’ai du mal à croire que ce ne soit que ça. Évidemment, je sais que c’est très important, mais… Enfin, je ne sais pas. Ce n’est pas encore ça. Il est sûr qu’il convient de trouver le ton juste, mais il me faut aussi une situation, et des images à décrire… Et puis ai-je vraiment déterminé le bon sujet ? S’agit-il réellement de ce que j’imagine ? Car on ne peut pas dire que ce soit évident ! C’est séduisant, bien sûr, même sans doute passionnant, mais… Enfin, je ne vois pas comment je vais pouvoir aborder la question. Même en la présentant comme une vieille évidence que tous les gens sensés connaissent parfaitement. « Mais si, voyons, vous savez bien… » Bon, d’accord. Et puis, quoi ? Il faut bien trouver un moyen d’introduire le sujet ! Même en étant très méprisant, il faut au moins trouver un prétexte à le faire ! Le tout sous forme d’anecdote ! En évitant d’avoir à trop me dévoiler ! Même si je peux imaginer à qui je veux parler, je ne vois pas pourquoi je lui montrerait ça ! Non que j’aie l’intention de le garder pour moi, mais… Enfin, cela paraît tout à fait déplacé ! Je ne vois pas en quoi cela pourrait l’intéresser ! Je ne suis pas du tout certain qu’il ait envie de le savoir ! Même si j’estime que tout le monde devrait être au courant !
Apparemment, je suis encore très loin d’être tiré d’affaire… Quelle prise de tête ! C’est là qu’il me faudrait une formule magique pour arranger tout ça ! Comment parler de quelque chose que moi-même je suis loin de concevoir clairement ? Sans parler du désordre que cela risque de causer ! Non pas chez le lecteur (car pour lui cela ne sera qu’une supposition, une invention plus ou moins originale ou agréable), mais chez moi ! Il va falloir que j’examine la question d’une façon beaucoup plus précise ! Que je sache exactement ce qu’il en est ! J’ai besoin de clarté, et de lucidité ! Que je sache où se trouve la réalité, et l’efficacité ! Que je sache si tout ça n’est pas pure invention dépourvue de fondement ! Et, dans ce cas, pourquoi j’ai cru bon de l’imaginer ! Cela me fait beaucoup de rangement à faire ! Assez pour hésiter avant de m’y plonger ! N’y a-t-il pas moyen d’aborder le problème de façon plus légère ? Sans me voir obligé de faire un tel remue-ménage ? C’est que je l’aime bien, moi, cette histoire-là ! Je n’ai aucune envie d’être forcé de me rendre compte que ce n’est qu’un mensonge ! Je n’ai aucune envie d’abandonner cette illusion ! Même s’il ne s’agit que d’une consolation, je la trouve agréable ! Je préfère ça à la « réalité » sordide et compliquée ! Est-il vraiment si nécessaire de s’exposer ainsi ? N’y a-t-il pas moyen de se faire respecter sans en arriver là ? Pourquoi faut-il absolument être toujours sincère ? C’est plutôt fatigant ! Même plutôt désespérant ! Ne serait-il pas plus simple et plus économique de tricher ? De ne pas dévoiler tous mes petits secrets ? Que va-t-il me rester si je les laisse tous s’échapper ? Ne vais-je pas y perdre le peu de liberté que j’aie pu préserver ? Faut-il vraiment se dépouiller ?

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