La charrue avant les bœufs

« Le vice et la vertu marchant main dans la main semblent réconciliés », disait-il, et puis l’os était plutôt usé.
On ne va pas en faire un conte de grand-mère. Et pourtant c’était là qu’était la vérité, celle qu’on avait trouvée. Hélas je ne sais plus quel était le rapport. Il est même surprenant que je l’aie oublié.
C’est assez amusant, et plutôt fascinant, cet incessant besoin de se reconstituer… Il est certain qu’on ne peut pas considérer les choses de la même manière maintenant qu’on se sent un peu plus sûr de soi. Et il est évident que ce n’est qu’un début, qu’on peut d’ores et déjà s’attendre à des métamorphoses assez considérables. Le sujet n’est pas là, mais il faudra aussi trouver moyen d’en rendre compte. Ne serait-ce que pour ne pas rester figé. Mais surtout il faut voir tout ce qui a changé, modifier l’inventaire, voir où sont les lacunes, les points forts, les promesses… Savoir utiliser ce que l’on a appris. D’ailleurs il est bizarre qu’il m’ait fallu autant de temps avant d’en prendre clairement conscience… Dieu sait pourtant que la fuite en avant ne m’est pas familière ! Comment imaginer aborder mon sujet avant d’inventorier les outils dont je peux désormais disposer ? Cela revient à mettre la charrue avant les bœufs. Surtout cela provoque une sorte d’inquiétude de mauvais aloi. Une certaine angoisse, et de l’incertitude.
J’ai juste été grisé par ce qui m’arrivait. Même si c’est habituel, c’est assez embêtant. Mais qu’y puis-je ? C’est ainsi que les choses semblent devoir se dérouler. Même en m’y attendant, je me laisse surprendre et entraîner, car ça ne prend jamais exactement la même forme. La suffisance a des ressources qu’on n’imagine pas ! Enfin, bon. Maintenant, je crois que c’est passé. Pas encore tout à fait, mais ça paraît en bonne voie. Juste le temps de me rejoindre, et d’enfin parvenir à me déterminer. C’est encore très mouvant, mais à force ça va se restabiliser. Et enfin je pourrai trouver l’audace nécessaire à l’élaboration d’un nouveau personnage, sans avoir l’impression de simplement refaire ce que j’ai déjà fait. Si les moyens ne sont pas les mêmes, le résultat sera forcément différent. Qui plus est le sujet me semble assez puissant pour que le résultat soit très intéressant. Sans doute est-ce assez casse-gueule, mais au moins ça promet. Je suis presque certain de ne pas piétiner. De grandes difficultés laissent au moins présager de grandes satisfactions. Disons des découvertes. Une fructueuse exploration. Abandonner serait la pire des erreurs. C’est pénible bien sûr, mais c’est ainsi que l’on progresse. Dans l’effort assidu, constant, déterminé. Poil au nez.

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