À l’évidence il serait bon de dépasser le stade des explications. Le message est passé, et ce qui reste à dire n’est pas si important. Il serait inutile d’insister davantage. Ça ne ferait que rendre mon discours suspect. Quant à ce qu’il serait bon de raconter… Ça paraît déplacé. En vérité cela dépend du lecteur qu’on imagine avoir. Et cette image apparemment s’est beaucoup transformée. J’ai dit ce que j’avais à dire, et ne me sens pas responsable de la surdité de mes correspondants. Quant au texte suivant, il paraît inutile de le justifier. Mieux l’expliquer me conduirait à en atténuer l’effet. Quant à le mettre en doute, ça ne paraît pas nécessaire. En vérité je n’ai rien à lui reprocher. Il est très bien comme ça, et il me paraît clair. En tout cas efficace. De toutes façons, c’est une histoire, que je veux raconter, pas un traité philosophique.
Je crois qu’il faut encore évacuer certains sentiments déplacés. Tout ce qui semble me conduire à cette litanie de justifications. Tout cet apitoiement sur mon âme malade. Je n’ai pas à justifier ce que j’ai ressenti. Je dois juste le raconter, si cela semble intéressant. Il paraît préférable de me détacher du rôle à mettre en scène. Quant à l’interaction… C’est vrai que ce détail paraît plutôt gênant. Je n’ai pas d’autre personnage. Je n’ai que de l’introspection venue on ne sait d’où.
Je manque de recul, je manque de recul… Il est clair que je prends cette histoire beaucoup trop au sérieux ! C’est un sujet qui ne se prête guère à la plaisanterie. C’est un sujet trop important, et je ne voudrais pas donner le sentiment qu’il y a de quoi rire. Et pourtant… Il existe sans doute un point de vue d’où ça semblerait ridicule.
Ai-je vraiment tout fait pour me débarrasser de ce vernis glacé ? Ai-je vraiment tenté une lecture critique ? N’ai-je pas été saisi par l’apparente perfection que j’ai cru y trouver ? Si oui, comment franchir ce barrage formel ? Et ma difficulté est-elle vraiment due au texte lui-même ? Ne serait-elle pas d’ordre plus général ?
À force de construire des châteaux en Espagne, j’ai pensé qu’un terrier conviendrait beaucoup mieux… J’ai choisi d’éviter de prendre tant de risques. La dissimulation a fini par sembler la meilleure solution. À quoi bon espérer rejoindre un but inaccessible ?
Dans ce cas ça devient un constat de défaite habillé en révélation… C’est rusé, mais d’un goût qui me paraît douteux… Mais, d’un autre côté, il fallait réussir à devenir plus raisonnable… Sans pour autant se résigner. En conséquence la nuance était plutôt habile. Elle permettait de dédramatiser l’amère désillusion.
Mais enfin, l’amertume… Tout ça n’était pas si sérieux que ça s’en donnait l’air ! C’était une façon de boucher tous les trous pour éviter de se noyer. Une réparation temporaire, hâtive. Juste un moyen de mettre tous les problèmes de côté au lieu de les résoudre. Car ceux-ci n’ont pas disparu ! Loin de là ! Tout cela a causé du tort au dynamisme nécessaire !
Tout cela est intéressant, et nécessiterait une analyse plus profonde… Mais j’ai du mal à essayer d’y voir un peu plus clair. Ce n’est pas de la résistance, mais de l’obstination. En fin de compte c’est mignon.
Au fond je me demande si tout ça ne m’est pas tellement étranger que je suis incapable d’en rendre compte avec un minimum de lucidité. Ça ne m’attaque pas, ça ne se défend pas, mais ça paraît très éloigné. Et pas simplement dans le temps ! Il y a une tournure d’esprit qui m’échappe en partie. En grande partie, même ! Sylvie, probablement, mais ce n’est pas si sûr. Peut-être quelque chose de plus proche de moi, mais dont j’aimerais mieux ne pas me souvenir. Par simple respect, peut-être. Une partie de moi qui préfère rester cachée. L’endroit d’où je regarde tout ce qui m’arrive. Là où je suis le plus sincère.
Cependant cette explication me paraît hasardeuse. J’ai du mal à penser que c’est aussi sérieux que je me l’imagine. Ça serait trop exceptionnel ! Voire extraordinaire ! D’où me serait venue l’envie d’en faire une chanson ? Celles-ci ne sont en général que des clichés plus ou moins pertinents… Et tout d’un coup mon moi le plus profond aurait trouvé à s’exprimer ? Ça me paraît suspect ! Pour ne pas dire tout à fait farfelu !
Mais d’un autre côté cela expliquerait mon attachement particulier à ce texte, l’impression de puissance que je crois y trouver… Mais pour le coup cela serait vraiment mauvais pour les affaires ! Car je dois parvenir à définir le rôle, et ce n’est pas ainsi que j’y arriverai !
Quoique… Ce moi sérieux et consciencieux est plutôt amusant… Je ne sais pas encore par quel bout l’attraper, mais je devrais pouvoir réussir à l’analyser… Je n’ai pas de raisons de le trouver parfait. Surtout considérant sa faiblesse apparente ! Car on ne peut pas dire qu’il ait l’air très en forme ! Il a bien des malheurs ! Il a beau se la jouer sévère, il est clair qu’il est loin d’être aussi déterminé qu’il le croit ! Reste à trouver moyen de le laisser parler, pour voir à quel moment il s’est trompé de route…
Là où je suis le plus sincère
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