C’est tellement puissant ! Tellement surpuissant ! Comme si j’avais fait quelque chose de franchement horrible ! Une faute terrible ! La crème des péchés !
À mon avis, c’est au-delà de l’exagération. C’est de la cruauté. Il n’y a pas de mot qui paraisse plus juste.
Enfin, bon. Peu importe. Ça ne mérite pas qu’on y fasse attention. Nous n’avons plus que des chemins où il ne pousse rien, mais il faudra s’en contenter.
Ce n’est pas tellement que j’aie envie de me cacher, c’est que je trouve ça vraiment très dégoûtant. Et puisque ça ne semble intéresser personne…
Le niveau inférieur était rempli de rêves, mais on ne les voyait pas. Il y avait trop de fumée, trop de gravats, trop de poussière.
On ne peut même plus dire qu’on s’est trompé. Cela paraît plus grave. Comme s’il n’y avait aucun espoir de progresser, de corriger le tir. Et dans ces conditions il paraît sûr qu’il vaudrait mieux s’occuper d’autre chose. Il y a tant à faire qu’on devrait se réjouir d’avoir un peu de temps !
Cependant on croit bon de creuser pour trouver la lumière oubliée… Alors que rien ne paraît vrai, qu’on se sent patauger en pleine dérision. Ce n’est pas important, mais c’est très embêtant ! Pourquoi n’y a-t-il pas moyen de s’amuser ?
En sortant de chez lui, il avait rencontré un ami de jeunesse… Ils avaient discuté, et avaient comparé leurs routes respectives. Il regrettait souvent d’avoir perdu la clé qui lui aurait permis de retourner chez lui.
Il est tout de même bizarre que cela soit si fluctuant… Que je ne trouve pas quelque détail où m’accrocher. Un bout de rêve, ou un cliché… En vérité je n’ai pas besoin de grand-chose. Une situation, ou un simple profil… Une séquence passagère. Je crois que j’ai du mal à me faire confiance. Je me sens dépouillé d’une part essentielle de mon amour-propre, peut-être. L’impression illusoire d’avoir de la valeur. D’avoir en ma possession quelque chose qui mérite d’être raconté. Quelque chose qui pourrait apporter de la joie à celui qui le recevrait. S’il s’en trouve ! Il est clair que je suis humilié. Mais ça devrait me rendre encore plus combatif !
Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Une situation qui sans répit me mine. Mon moral est si bas que je ne parviens plus à rester cohérent, à faire des projets, à essayer d’imaginer ce que sera demain. À chaque fois je m’aperçois que ce que j’imagine n’arrivera jamais. Que je ne fais que m’enfermer en croyant avancer. Que l’obstacle paraît de plus en plus solide. Et que la mort s’approche, croyant que je l’appelle… Ce qui est peut-être le cas. Car trop souvent je pense que ce serait le seul moyen de mettre fin à mon tourment. Que le piège où je suis tombé est si profond que je n’ai pas la moindre chance de m’en sortir vivant. Et qu’au fond je sais bien que je l’ai mérité.
Si ce n’était que la fatigue, il y aurait sans doute moyen de s’arranger. Mais c’est la dépression, qui est si fatigante. La sensation de ne servir à rien, d’agir en pure perte de temps, d’énergie, d’argent. L’impression de tout sacrifier pour un rêve impossible. Et puis d’accumuler des compromis sordides… Enfin, c’est une mauvaise passe. Il est certain qu’il y a plus malheureux que moi.
Et puis, bon. Le tabac. C’est lui qui me tuera. Et je n’ai pas envie de m’en débarrasser. Et puis en même temps j’aimerais en avoir envie…
C’est l’amour, qui me manque. La secousse cardiaque. La griserie. L’aventure. L’inattendu. L’ouverture. Et l’ivresse sensuelle. Mais là, il n’y a pas le moindre espoir à l’horizon. Au contraire, même. Et c’est vraiment décourageant. Je n’aime pas l’idée que ça ne reviendra jamais. Que désormais pour moi tout ça est terminé. Que désormais je resterai privé de ce que je préfère. Car le reste, vraiment… Pour moi, ça n’a jamais eu beaucoup d’importance. Tandis que l’amour ! Tenir une femme entre mes bras, et connaître son corps… Jouir en elle et m’en nourrir… Ah ! la vie est injuste. Je sais que j’ai fauté, mais je ne parviens pas à croire que je mérite ce destin. Cela ne devrait pas être si difficile. Personne ne devrait se croire le droit de m’empêcher d’aimer. Déjà que j’ai toujours eu du mal à parvenir à mes fins, mais si en plus il faut se battre… Se justifier sans cesse… Prendre des risques inouïs… Mais comment ai-je pu être assez bête pour en arriver là ? Et puis, à quoi bon discuter ? Il faut bien faire avec, en attendant de faire mieux… D’enfin trouver moyen d’avoir la vie qui me convient. Oh ! j’aperçois parfois des femmes qui me plaisent… Mais il faudrait les aborder, et je me décourage. J’ai toujours l’impression que ça ne devrait pas se passer comme ça. Que ça devrait être facile. Que le courant devrait être assez fort pour m’entraîner. Tout ça est lamentable, et je suis mal barré pour m’en sortir un jour.
Le niveau inférieur
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