Une question de méthode

Si ce n’était qu’un sentiment, j’en aurais fait le tour avec facilité. Si ce n’était qu’une attitude, j’aurais pu en sourire. Mais c’est trop concentré. Ça se déclare absent, et puis ça fait des vagues. De très profondes vagues. C’est une enclume maladroite. C’est une merde aphteuse, en forme de bouillotte. Ça fait partie des choses qu’on ne devrait pas voir traîner sur les boulevards. Un tourbillon bizarre.
C’est comme s’il n’y avait plus rien où s’accrocher. Comme si on lui avait donné la liberté afin de lui prouver qu’il n’en était pas digne. Ce n’était pas un drame. Ça ressemblait plutôt à une petite ronde, amicale, énervante. Sa vie entière n’avait été qu’une suite d’erreurs. Et maintenant il était temps de la recommencer.

Sans doute s’agit-il d’une question de méthode. Mais, bon. C’est quand même agaçant de ne rien pouvoir faire ! Pas de vision précise, pas de plaisir à dire… Juste une obstination plutôt découragée. Avec quelques élans de colère et de vice. Comme s’il fallait d’abord obéir et servir avant d’avoir le droit de faire ce que je veux.
Ça ne m’amuse plus. Je ne vois pas comment je pourrais en sourire. Tout ça est trop sincère, beaucoup trop salissant. Même l’ivresse est fatiguée. Je suis trop dégoûté par la fatalité qui s’acharne sur moi. À quoi bon s’acharner ? Ça ne veut pas venir. Ça ne viendra jamais. Mais je n’ai pas envie de voir les choses ainsi.
J’ai besoin d’un message, d’une preuve d’amour. Besoin d’apercevoir une petite lueur à travers ce brouillard. Besoin de m’arracher à la routine abrutissante. Besoin d’imaginer que tout va s’arranger.
Oh ! non. Pas de l’amour. On en a fait le tour. On en est dégoûté. Mais une chance d’exister. De me tirer de ce bourbier. Quitte à tout falsifier, à tout recommencer. Ne plus tourner en rond sans un espoir à l’horizon.
J’ai essayé pourtant d’appliquer le programme. Mais j’ai dû déconner. Me tromper de chemin. Je ne suis pas vidé. Je suis juste bloqué.

Je vois bien que personne n’accepte de m’aider, que je ne dois compter que sur moi. Mais, retrouver l’instant où ça s’est mis à déconner ? Je n’en ai pas le droit. Et ça devrait m’aider à me déterminer. À lutter contre l’injustice. Mais tout se dilapide en tentatives maladroites… Il y a toujours trop de désordres cachés. Trop d’interdits à respecter. Trop de méthodes illusoires.
Ça ne vaut pas le coup, de se briser le crâne sur des problèmes insolubles… On devrait pouvoir rire de la situation, au lieu de la juger tellement importante ! On devrait s’amuser à tout laisser tomber, pour voir ce qui se passe.
L’heure de la délivrance n’a pas encore sonné. En attendant il faut tâcher de ramasser tout ce qu’on a laissé traîner. Se préparer soigneusement, et ne rien oublier. Être prêt à bondir quand ça va s’entrouvrir. Et à tout bousculer. Pas besoin d’essayer de croire à des mystères. Ceux qui sont installés sont bien assez puissants.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire