L’ombre n’est pas propice

Le style importe plus que les raisonnements. C’est beaucoup plus subtil. J’ai eu tort de chercher à davantage m’expliquer. Celui qui peut comprendre n’a pas besoin qu’on lui explique ce qu’il devrait penser. Quant à celui qui ne peut pas… Est-il juste de l’accabler ? Est-ce vraiment si généreux ? L’essentiel est de réussir à lui ouvrir l’esprit… Mais est-ce mon travail ? Qu’on puisse me flatter démontre mon erreur. Je crois être rusé, mais je suis juste vaniteux. Là est la source de mes peines.
Sylvie me manque encore. Je voudrais lui parler, et qu’elle accepte de m’aider. Mais, bon. Même si l’espoir demeure, il est encore lointain. Mieux vaut me consacrer à la littérature que m’occuper de sentiments. D’autant qu’il serait temps que je connaisse le succès ! L’ombre n’est pas propice. Elle ne me convient pas. Elle ne ressemble pas à ce que je rêvais. Ma crédibilité n’y trouve pas son compte.
Oui mais les conditions sont tellement malsaines que je me crois forcé de m’en préoccuper… Le succès, s’il venait, causerait un désordre que j’ose à peine imaginer. Même si je me sens prêt d’un point de vue professionnel, ma vie privée est un désastre que je ne peux pas assumer. J’ai honte, terriblement honte. Et j’ignore quoi faire pour que ça s’améliore. J’ai l’impression d’être coincé dans une impasse. Je rue dans les brancards, mais ça n’arrange rien, au contraire. Ça ne fait qu’aggraver les circonstances accablantes. Je ne sais où chercher la solution dont j’ai besoin. Et le piège continue à lentement se refermer. Et les quelques espoirs que j’aperçois néanmoins quelquefois me paraissent factices. J’ai plutôt l’impression qu’ils font partie du piège, qu’ils sont là pour me divertir ou me décourager.

Avec tout ça je n’ai plus rien à raconter… Ou plutôt je suis sûr que je me suis trompé sur toute la longueur, ce qui provoque en moi une prudence extravagante… À quoi bon faire le savant, frimer et parader ? Je n’ai pas de raisons de me sentir si fier. Au contraire, je devrais me remettre en question. Enfin prendre conscience que mes choix sont mauvais. Du moins aux yeux de ceux que j’aime… Et qu’ai-je à faire des autres ? Quand bien même ils seraient des millions derrière moi, ils ne suffiraient pas à me donner ce que j’attends. L’accord et le soutien de ceux que j’aime est bien plus important que tout le reste. Je continue à me sentir puni pour une faute dont je n’ai pas clairement conscience. Et tout me donne à croire que c’est moi qui refuse d’en prendre conscience. Je suis bien obligé de supporter ma peine, mais ça ne la rend pas moins difficile à vivre. Et je n’ai plus la force de protester. Et personne n’est là pour me laisser penser que je suis innocent. Hélas la culpabilité n’est pas la solution… Elle ne me donne aucune chance de me corriger. Je suis découragé, miné de l’intérieur, et je ne trouve plus comment me rassurer. Mes mensonges ne me trompent plus. Je vois bien que j’ai tort, et que rien ne pourra jamais me racheter. Je suis si isolé que j’en viens à penser que le monde extérieur a cessé d’exister. Ce que j’en aperçois n’est plus que le reflet de mon incohérence. À quoi bon essayer de me manifester ? Plus personne n’est là pour écouter ce que je dis. Je ne pourrai jamais me tirer de ce piège. Je ne peux même plus croire qu’il suffit de sourire pour cesser de souffrir. Apparemment la mort a gagné du terrain. Et je vois que je ne suis pas prêt à l’accueillir. Je ferais mieux je crois de commencer à mettre mes affaires en ordre.

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