Les sentiments et les manières

Certes, on pourrait en dire, à propos du secret… Cela nous rendrait-il l’existence plus belle ? Et pourrait-on prétendre à l’exemplarité ?
C’est un aspect que l’on oublie souvent de vérifier, et qui pourtant devrait être prioritaire… Il y a le public. Les joyeux assoiffés. C’est pour eux qu’on travaille. On peut les malmener, mais pas les ignorer. Tout du moins pas encore — en admettant qu’un jour il semble utile de le faire.
Donc on doit leur offrir de quoi les satisfaire. Quelque chose qui puisse les rendre plus heureux. Et ce sous une forme qui saura les séduire. Et là il semble utile de s’interroger : dévoiler nos conflits secrets est-il réellement la meilleure solution ? D’autant que pour l’instant les curieux ne paraissent guère intéressés… Un débutant n’est pas traité de la même manière qu’un pontife installé. Et au fond c’est sans doute nettement préférable. Ainsi on peut tenter de construire un système un peu plus confortable, où on ne serait pas forcé de tout montrer. On n’est pas dérangé par les furieux inquisiteurs.
Cependant il convient de s’arracher la vérité que l’on tient à montrer, et d’être assez sincère pour déranger l’ordre établi, dont on est pour l’instant inévitablement exclu… Un compromis est à trouver. Bien sûr il faut se vendre, mais pas se prostituer. Il faut donner le sentiment qu’on a de la valeur, qu’il y a de la réserve. Que ce que l’on produit n’est qu’une infime partie de ce que l’on peut faire.
Cependant c’est troublant, cette duplicité. Cela semble mesquin, et presque pitoyable. Et surtout cela nuit à la sincérité, que l’on sait essentielle. Mieux vaut se contenter de chercher à donner ce qu’on a de meilleur. Pour le reste, il sera toujours temps d’y songer.
De toutes façons ce que l’on est n’a que peu d’importance. Les sentiments et les manières sont la matière première de la littérature. Il vaut mieux essayer d’en prendre le contrôle que chercher à les dissimuler. Ainsi on peut choisir ce que l’on veut montrer. Et le tour est joué ! Le résultat reste le même, mais on est justifié.

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