Il semble que rien ne soit jamais ce que je crois. L’illusion est seule reine de ma dérision. Et je me fais du mal à force d’y songer. Je crois que j’ai envie de me laisser aller à la fatalité. Car à quoi bon se battre ? Il n’y a pas d’issue. Aucune porte de secours. J’ai désormais le temps de me briser le cœur en tout petits morceaux. Et rien ne viendra plus guérir le mal que je me fais. Mais que s’est-il passé ? Pourquoi n’ai-je pas pu rejoindre le courant ? Pourquoi suis-je si loin de ce que j’espérais ? Pourquoi n’ai-je pas pu trouver la délivrance ? Comment ai-je pu penser que ce n’était pas grave ? Pourquoi n’ai-je pas vu que ce que je voulais était mauvais pour moi ? Pourquoi ai-je choisi de tout gâcher ? Et comment vais-je faire pour reconstituer un peu de joie de vivre ?
J’ai été bombardé, vraiment anesthésié. J’ai été rejeté, meurtri, abandonné. Mais, bon. C’est trop facile, de refuser la responsabilité. J’aurais aussi bien pu réagir autrement. Ne pas me laisser faire, et tâcher d’appliquer ce que je connaissais. Être conforme à mes souhaits, au lieu de croire tous les mensonges qui me réconfortaient. Et maintenant, comment vais-je trouver la force de réagir ?
C’est vraiment dégoûtant, de ne pas se connaître, de toujours préférer ne pas se regarder. Et puis d’être accablé par ce paquet d’angoisse… Il va de soi que je n’aurai jamais ce que je veux si je persiste à refuser d’être plus présentable. Mais pourquoi ai-je toujours mille autres choses à faire, soi-disant importantes ? Pourquoi user mon énergie à des tâches inefficaces ? Pourquoi me lamenter, au lieu de réagir ? Pourquoi est-il si difficile de ne pas être aimé ?
Le passé est passé, mais n’est pas enterré. Il est juste caché, pour garder son secret.
Et celles qui sont belles, et qui ne me voient pas… Ce n’est pas tellement que j’aie envie de les séduire, mais parfois j’aimerais savoir que je leur plais… Pour le reste, je sais bien que ce n’est pas possible… Et d’ailleurs c’est dommage. Car vraiment, quelquefois… J’aimerais me nourrir de rêves plus futiles. Plonger dans la matière, retrouver la mémoire. Et sentir mon cœur battre, ma raison s’égarer.
Les femmes sont ainsi, trop belles, trop lointaines… Les années passent, et le constat reste toujours le même. Je suis un naufragé sur mon île déserte.
Je ne sais pas pourquoi j’ai envie de me plaindre. Peut-être pour savoir que je ne suis pas mort. La souffrance est encore une preuve d’existence. La vraie question serait plutôt de comprendre comment je fais pour toujours croire que tout va bien, pour nier l’évidence. Pourquoi je tiens toujours à faire soi-disant une bonne figure… Pourquoi je crois utile de garder le sourire. Alors qu’il est certain que ça ne sert à rien. Que je devrais plutôt comprendre que c’est grave, et me secouer, et décider de me tirer de là. Mais c’est si difficile ! si fatigant ! si compliqué ! J’ai toujours devant moi d’excellentes raisons de ne pas essayer. Le temps, l’argent qui manquent… Et puisque les issues semblent toutes fermées… À quoi bon essayer d’être plus présentable ? Pour plaire à qui ? Personne n’a envie de me tendre la main, de s’occuper de moi. Quant à faire l’amour… Je vois bien que je ne dois pas être très tentant. Déjà que je ne suis pas même très tenté… Que le désir est devenu une affaire de patience, et qu’il est toujours prêt à se volatiliser… Mais, bon sang ! Quel combat mérite-t-il d’être mené ? Je veux bien croire que ce n’est qu’une mauvaise passe, mais j’aimerais savoir combien de temps elle va durer ! Car ça dure depuis si longtemps que j’ai souvent la sensation que ça ne se terminera jamais. Alors pourquoi sourire ? De quoi pourrais-je me réjouir ?
Un naufragé sur mon île déserte
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